dimanche 3 décembre 2006

Médiocre et fier de l'être

Le ministre de l'Inculture a nommé Nicolas Joël directeur délégué de l'Opéra de Paris, c'est-à-dire, concrètement, futur directeur de la maison à partir de 2009. C'est là la marque d'un grand professionnel de la politique dans un domaine où son ignorance est notoire: ah, l'actuel est trop moderne*? Bon, on va vous nommer un ringard.
Nicolas Joël est aussi metteur en scène, et la seule bonne nouvelle est que ses nouvelles fonctions vont sans doute l'écarter de la mise en scène (le contraire serait inadmissible). Ennemi juré du baroque qu'il a programmé le moins possible, se présentant volontiers en sauveur du vrai bon opéra, qui a de l'expérience (lui), qui connaît les chanteurs (lui), qui défend le bon répertoire français (lui), il était depuis plusieurs années le porte drapeaux de tout ce que le monde lyrique comporte de rance en France. Heureusement, comme toujours, ceux qui le portent aux nues aujourd'hui viendront lui cracher au visage deux ans après sa nomination et pleureront le bon temps de Monsieur Mortier. Ainsi va le monde...

*Ce qui reste à démontrer, du reste, mais on fera le bilan de Mortier (qui est à mon avis plus moderne en parole qu'en réalité) une autre fois merci.

vendredi 1 décembre 2006

Retour au Ring (1)

L'épisode précédent avait eu lieu à Paris, au théâtre du Châtelet. Les deux maîtres d'oeuvre en avaient été le directeur musical de l'Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach, et l'Artiste Universel Autoproclamé* Robert Wilson. Comme chacun sait ou presque, l'aventure s'était terminée par une triple catastrophe scénique, vocale et orchestrale, sans compter celles racontées par Wagner dans l'oeuvre elle-même. De ce monument d'ennui pour les yeux et de laideur pour les oreilles, je n'ai pas gardé beaucoup d'impressions positives: les excellents Stephen Milling (Hunding) et Peter Seiffert (Sigmund) ne pèsent guère face à l'indigne Wotan de Jukka Rasilainen, qui à lui seul aurait suffi à ce qu'on puisse qualifier l'entreprise d'échec, le piteux Alberich de Sergei Leiferkus, la pataude Erda d'une Chinoise dont j'ai oublié le nom et la stridente Brünnhilde de Linda Watson. Sans parler de la direction incohérente d'Eschenbach.

Le mot plaisir a été quasiment absent de ces quatre interminables soirées: même des scènes que j'adore (Wotan/Erda dans Siegfried...) m'ont totalement laissé froid...

Le paradoxe de cette apocalypse, c'est qu'elle n'a fait que renforcer mon amour pour ce cycle, que je crois comprendre mieux qu'il y a un an: comme si mon esprit s'était révolté devant ce qu'on lui faisait subir et avait voulu justifier cet amour en en interrogeant les racines...

C'est donc frémissant d'espoir et d'impatience que je me suis rendu au cycle donné à Munich en novembre dernier, dans ce haut lieu wagnérien qu'est l'Opéra de Bavière. Créé en 2002, l'Or du Rhin mis en scène par Herbert Wernicke aurait dû se prolonger par un cycle complet - mais Wernicke, hélas, est mort, et c'est David Alden, après quelques péripéties, qui a signé la suite. Cette production bicéphale, dont c'était la dernière représentation, a suscité dans le public bavarois des haines tenaces de pseudo-wagnériens qui croient détenir la vérité mais en restent aux aspects les plus superficiels de l'oeuvre, et heureusement aussi quelques soutiens tenaces.

Ayant eu la chance de voir les 3 premiers volets du cycle en 2003-2004, c'est avec un grand plaisir que je retrouvais pour ma part ces productions stimulantes, souvent drôles (oui, parce que Siegfried, en particulier, EST drôle - ce que Wilson, évidemment, n'a pas plus compris que les psedu-wagnériens rancis), toujours riches en idées. Mais avant d'aller plus loin, débarrassons-nous d'un pensum: voici donc quelles étaient les distributions... (chaque rôle n'étant pas répété quand il réapparaît ultérieurement, à une exception près...)


[Photo: décor de l'Or du Rhin]

DAS RHEINGOLD
Wotan John Tomlinson
Donner Hans-Joachim Ketelsen
Froh Nikolai Schukoff
Loge Philip Langridge
Alberich Franz-Josef Kapellmann
Mime Ulrich Reß
Fasolt Jan-Hendrik Rootering
Fafner Kurt Rydl
Fricka Mihoko Fujimura
Freia Camilla Nylund
Erda Anna Larsson
Woglinde Ileana Tonca
Wellgunde Daniela Sindram
Floßhilde Sarah Castle

DIE WALKÜRE
Siegmund
Christopher Ventris
Hunding Matti Salminen
Sieglinde Waltraud Meier
Brünnhilde Linda Watson

SIEGFRIED
Siegfried Stig Andersen
Brünnhilde Nadine Secunde
Waldvogel Ileana Tonca

GÖTTERDÄMMERUNG
Gunther Juha Uusitalo
Hagen Matti Salminen
Brünnhilde Gabriele Schnaut
Gutrune Emily Magee
Waltraute Mihoko Fujimura
1. Norn Catherine Wyn-Rogers
2. Norn Heike Grötzinger
3. Norn Irmgard Vilsmaier

La suite est à venir...

*Je tiens à signaler que, malgré cette formulation peu aimable, je dois à Wilson quelques-uns de mes plus beaux spectacles d'opéra, notamment Orphée et Eurydice de Gluck (Châtelet/DVD) et Pelléas et Mélisande (Garnier puis Bastille, hélas sans DVD). Mais sa prétention sans limites et quelques ratages complets me rendent le personnage peu sympathique...

jeudi 30 novembre 2006

Le Lac des oies

Pardon pour ce titre, pardon pour ce message qui intéressera sans doute très peu de lecteurs. Mais, ayant parlé de ce Lac dans l'épisode précédent, je me dois d'en parler un peu, ne serait-ce que pour faire passer l'agacement que ce spectacle a provoqué en moi (plusieurs jours, il est vrai, ont fortement atténué cet agacement...).

Ma frustration vient de deux éléments principaux. Le premier est la version du Lac des cygnes qui est au répertoire du Bayerisches Staatsballett: signée par Ray Barra, elle multiplie les mauvaises idées et les incohérences et, sous prétexte de revivifier l'histoire, s'encombre d'un appareil narratif totalement inutile (alors que, la pantomime ayant presque totalement disparu, le récit principal est quant à lui noyé). L'omniprésence de Rotbart (le sorcier qui a changé les princesses en cygnes) est, je trouve, la marque de fabrique de toutes les mauvaises versions du Lac: elle est particulièrement nette ici. J'avoue avoir été "élevé" au Lac monté à Paris par Rudolf Noureev, et qui a trouvé un écrin idéal à Bastille: voir une version comme celle-là ne fait que renforcer ma conviction que le Lac de Noureev est, jusqu'à nouvel ordre, insurpassable.

En outre, le Ballet de Munich a montré dans cette soirée des limites plus qu'inquiétantes, d'autant qu'elles ne font que confirmer l'impression que d'autres ballets classiques m'avaient donnée: il faut oser monter une saison autour de Petipa quand on est dépassé comme ça par les événements!
Et puis il y avait eu un changement de distribution. Je vais bientôt parler d'autres changements de distribution, mais celui-là était peut-être le pire: la sympathique Natalia Kalinitchenko devait danser Odile/Odette, et c'est pour elle que j'avais choisi cette date. Las, ce fut Lisa Maree Cullum, qui en plus de ne pas être très impressionnante techniquement est l'incarnation de l'inexpressivité (on a ça aussi à l'Opéra cela dit, elle s'appelle Mélanie Hurel). Autour d'elle, rien ne relevait vraiment le niveau, surtout des Petits cygnes visiblement tétanisés par la difficulté de leur pas et par conséquent incapables de dépasser le stade de l'exécution robotique.
Triste soirée, vraiment... Pour se consoler, il faudra attendre la parution du DVD du Lac de Noureev, enregistré lors des formidables représentations de décembre 2005...
[à ne pas confondre avec la version Bourmester déjà disponible, avec Pietra et Patrick Dupond!!! - mieux que Ray Barra de toute façon!)

dimanche 26 novembre 2006

La suite au prochain numéro

Non, ce blog n'est pas mort, pas plus que moi d'ailleurs. Mais, étant actuellement en Allemagne (sur le point d'aller voir un Lac des Cygnes à l'Opéra de Munich) et fort occupé par diverses choses dont de très nombreux spectacles, je n'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit. Même mon idée de préparer des messages pour les poster à mon retour (très prochain) est tombée à l'eau. Les idées d'articles ne manquent pas, et j'ai bien l'intention de m'y mettre enfin sérieusement!

dimanche 29 octobre 2006

Vos commentaires

C'est avec plaisir que j'ai lu les premiers commentaires qui ont été postés, certains très argumentés juste comme j'aime; je répondrai plus tard sur le Jules César d'Irina Brook, et je voudrais simplement dire deux ou trois choses rapidement:
- Merci de toujours vous "identifier" lorsque vous écrivez un commentaire; c'est plus agréable pour tout le monde. Pour ceux qui écrivent sur des forums, le pseudo que vous y utilisez est le plus simple, pour les autres un pseudo inventé pour l'occasion ira très bien!
- Jérémie n'aime pas la présentation du blog, trouvant le blanc sur noir trop peu lisible. Moi j'aime bien cette présentation, mais si ça ne plaît à personne je changerai, il suffit de râler un peu (à vos commentaires!).
- En ce qui concerne les Paladins, j'ai dit ce que j'en pensais; je persiste à penser qu'il s'agit d'une production vile, lénifiante, qui ne respecte pas l'oeuvre qu'elle prétend présenter (beaucoup moins, par exemple, que la production boulevardière des Noces de Figaro par Christoph Marthaler). Je ne crois pas que chaque spectateur doive se sentir offensé si je dis quelque chose sur le public en général. La question de la réception est une des questions qui m'intéressent le plus; je continuerai donc à parler de cette façon du public; ce n'est pas très habituel dans le monde de l'opéra et du spectacle, où le public est censé toujours être roi, mais ce sera un sujet central de ce blog.

mercredi 25 octobre 2006

A stupide, stupide et demi

Il paraît que le livret des Paladins est stupide. A force de lire ce genre de propos (avec variantes: plat, fade, inepte, et j'en passe) à longueur d'articles de presse ou de contributions de forum, on finirait presque par y croire. Cependant, on se demande pourquoi tant d'insistance sur le livret de cette oeuvre - que, d'ailleurs, la plupart de ceux qui en proclament la nullité ne semblent pas avoir lu -, alors que tant d'autres sottises passent comme une lettre à la poste dans le monde des amateurs d'opéra:

-Ma mère, je la vois, oui je revois mon village,
O souvenirs d'autrefois, doux souvenirs du pays.
-Sa mère, il la revoit, oui il revoit son village,
O souvenirs d'autrefois, doux souvenirs du pays...

Mais le plus grave problème concernant cette redite pavlovienne, c'est que ce n'est pas vrai! Présentons d'abord la victime, via un lien au texte intégral: http://jp.rameau.free.fr/les_paladins.htm.
Bien sûr, comme tout livret d'opéra à quelques exceptions près, la lecture seule peut paraître déroutante, mais c'est d'efficacité dramatique, et plus précisément de théâtre en musique qu'il est question ici. Les Paladins sont une comédie, qui n'a ni souci de vraisemblance ni prétention à une intrigue extrêmement construite. Cette comédie ne constitue donc en aucune façon une comédie de moeurs, "grand genre" du théâtre comique français depuis Molière; elle en est encore plus loin que Platée, dont l'héroïne éponyme a quelque chose d'une bourgeoise gentilhomme.
Pourtant il y a bien du théâtre ici, et même du fort bon théâtre. Le genre auquel appartient cette pièce n'est pas véritablement un genre établi, encore moins dans le théâtre parlé: il s'agit d'un type de comédie burlesque fondée sur le merveilleux, donnant lieu à une profusion de décors (le château de la fée Manto, la fête des Paladins...). Les éléments textuels sont relativement minces, pour permettre à la danse et sans doute à une forme de mime de la part des personnages de prendre toute leur place, avec un effort très intéressant de la part des auteurs d'intégrer les divertissements dansés, qui sont inhérents à l'esthétique de l'opéra baroque français, à l'action.
Les personnages sont dessinés de façon très nette : le plus intéressant est certainement Orcan, dont les rodomontades pleutres font fortement penser à un personnage de Cadmus et Hermione de Lully; mais Nérine, la piquante, l'intrépide servante de la belle Argie, se porte elle aussi au niveau des grandes servantes de comédie. Argie elle-même, qui pourrait n'être qu'une belle fille passive comme on le voit dans tant d'autres opéras, a quelque chose d'une fragilité enfantine, qui rend touchante sa douleur initiale tout en lui permettant de se réjouir sans contrainte à l'humiliation d'Orcan.
On peut, bien sûr, mépriser ce genre de fantaisie, comme on peut faire la fine bouche sur tout ce qui est drôle, léger, sans prétention. Mais quand on aime le théâtre et qu'on prétend comprendre un peu quelque chose à l'esthétique de l'opéra baroque, je ne vois pas comment on peut sérieusement mépriser ce livret.
Bien sûr, il y a une raison derrière ce massacre en règle. Cette raison, c'est la production de cette oeuvre qui vient d'être reprise au théâtre du Châtelet, dont la création avait eu les honneurs indus d'un DVD (dont est extraite la photo via le site de son éditeur, Opus Arte). Le coupable s'appelle José Montalvo, il est chorégraphe de profession, et surtout un des plus éminents représentants de la branchitude bien-pensante et autosatisfaite. Le produit fini qu'il livre n'a aucun rapport avec les Paladins, dont il n'entend en aucune façon raconter l'histoire; il suffit de voir comment tous les personnages sortent de scène pendant les danses qui sont censées représenter la cérémonie où Orcan est armé pélerin (fin de l'acte I): alors que ces danses sont intégrées à l'action, qu'elles devraient servir à approfondir l'atmosphère et les personnages, Montalvo s'amuse à des simagrées illustrant tout au plus les deux ou trois effets de rythme les plus superficiels de la partition.
Ledit produit fini est fait pour un public précis, auprès duquel il a un grand succès; c'est un public zappeur, qui ne supporte un spectacle qu'à condition qu'il y ait une profusion d'images; surtout, pas de sens, pas de temps pour la réflexion! On comprend, d'ailleurs, qu'un public qui aime ce lavage de cerveau déteste à ce point le Jules César d'Irina Brook (voir message ci-dessous), peu profond certes, mais qui laisse aux émotions le temps de se développer... La bourgeoisie inculte qui lit les suppléments du week-end du Figaro se retrouve idéalement dans ce miroir complaisant, qui lui donne même l'illusion du progressisme (la vidéo) et de la tolérance (vous vous rendez compte, ma chère, il y avait même des Noirs sur scène - peu importe que l'image donnée par Montalvo des Noirs en question soit plus proche du nègre Banania que d'une véritable tolérance: tant qu'ils font ce qu'ils savent faire - parce que ces gens-là, c'est bien connu, ont le rythme dans la peau - ils sont acceptables pour le public bourgeois; qu'ils dansent, soit, mais qu'ils ne prétendent pas s'intégrer au coeur de la société française; avec les intentions contraires, Montalvo livre ainsi une parfaite leçon de racisme ordinaire).
Prétendre retrouver l'essence de la musique de Rameau en vidant l'oeuvre de toute sa substance, en ne jouant que sur son côté, disons, "entraînant", en emplissant la scène jusqu'à l'apoplexie de tout ce qu'il faut pour contenter un public superficiel, Montalvo a ainsi monté un des spectacles les plus stupides des dix dernières années. Honte au Châtelet de l'avoir créé, honte à son directeur actuel de l'avoir repris.

Les présents ont parfois tort

Mais que faisaient-ils, ces quelque 1600 (à vue de nez) spectateurs qui n'avaient rien de mieux à faire que d'aller voir le concert de la Staatskapelle Berlin dirigé par Daniel Barenboïm? N'avaient-il, accessoirement, rien de mieux à faire de leur argent (25 € en dernière catégorie!)?
Evidemment, loin de moi l'idée de les stigmatiser, d'autant plus que j'en ai fait partie, pour ma plus grande douleur. Le pire était certes prévisible, s'agissant du clown Lang Lang, qui a fait semblant de jouer au piano le 5e concerto de Beethoven (et, qui pis est, un bis). Semblant, cela dit, est à prendre cum grano salis, vu le volume sonore qu'il imposait.
Quant à l'orchestre pendant ce pauvre concerto, je n'ai pas de comparaison à faire sinon les soirées de ballet à l'Opéra accompagnées par l'Orchestre Colonne. Des cordes aussi lymphatiques, on n'entend pas cela tous les jours. La Cinquième de Mahler qui a suivi était très légèrement meilleure, mais à ce niveau les nuances ne comptent plus guère. Un assoupissement propice m'a dérobé une partie du pensum, mais ce que j'en ai entendu m'aurait plutôt encouragé à dormir plus.

Le pire de tout: j'ai une place pour ce soir - Radu Lupu (concerto de Schumann) sera certainement meilleur que le singe savant d'hier, mais par quel miracle Barenboïm pourrait-il épargner la Neuvième de Mahler qu'il se propose d'attaquer?

vendredi 20 octobre 2006

Plaisir


En sortant du concert d'hier soir, à la Cité de la Musique, le mot qui me venait à l'esprit pour caractériser ce concert était "plaisir". Le programme était le suivant:

SCHÖNBERG Sérénade op. 23 (Ronan Nédélec, baryton)
KURTAG ... Quasi una fantasia... op. 27 n° 1 (Dimitri Vassilakis, piano)
FRANCESCONI Etymo (Barbara Hannigan, soprano)

Ensemble Intercontemporain
Susanna Mälkki

Ce n'est pas là, j'en conviens, le genre de programme qu'une majorité du public de la musique classique associe avec "plaisir", même si une salle relativement pleine pour ce type de programme montre bien qu'il y a, fort heureusement, un public pour de tels concerts. Le terme "plaisir", on le voit employé plus volontiers pour des choses plus légères, ou au moins amplement prédigérées, pour Offenbach, pour Mozart, sans tomber jusqu'à Francis Lopez. En musique contemporaine même, l'impression qu'ont certains de l'importance historique de leur présence, de leur rôle de précurseurs, ou plus simplement le sérieux légèrement teinté de complexe d'infériorité avec lequel beaucoup abordent ce répertoire, ont bien trop tendance à faire passer ce plaisir au second plan.
Tout, bien entendu, n'est pas parfait dans le meilleur des mondes. Malgré l'engagement de la soprano Barbara Hannigan (Mademoiselle Correspondances de Dutilleux), l'oeuvre de Francesconi ne suscite, de ma part comme de celle du public, qu'un enthousiasme très modéré, tant elle est obérée par un usage massif de l'électronique et par une prolixité paradoxale pour une oeuvre parlant d'aphasie: à trop vouloir en dire, on finit par n'être plus que bavard (ce que, je le sens, je suis aussi en train de devenir).
L'électronique, censée permettre un enrichissement de la perception musicale par la modification et la spatialisation du son, se trouve écrasée par la splendeur éhontée des timbres instrumentaux de la Sérénade de Schoenberg: le plaisir dont je parlais, ce n'est pas un plaisir intellectuel (sujet de dissertation: existe-t-il un plaisir intellectuel?). C'est bien de sensualité que je parle ici, de plaisir charnel! L'oeuvre est pour moi une découverte passionnante.
Entre les deux, Kurtag: ne cachons pas que ce monsieur est un de mes compositeurs préférés, qu'il est de toute évidence un compositeur de tout premier plan et que, quand on écoute sa musique, toute idée de déclin de la musique apparaît comme des sornettes.
... Quasi una fantasia... fait partie de ses oeuvres les plus jouées; éclatant en un paroxysme expressif, l'oeuvre est encadrée par deux mouvements d'une extrême douceur qui portent en germe, en sous-texte, l'éclatement qu'ils ne laissent pas passer. En 9 minutes malheureusement gâchées en partie par un tousseur imbécile, on a là un art d'un raffinement extrême où chaque détail compte, détail de timbre, de rythme, de dynamique, mais où l'émotion et l'expression sont d'une puissance immédiate qui saisit l'auditeur sans répit.

L'oeuvre a déjà été enregistrée plusieurs fois: notamment dans l'édition d'un concert du Festival de Salzbourg (éd. Col Legno: G. K., Porträtkonzert) et dans un disque hélas introuvable de Claudio Abbado (sous le titre Wien Modern).


Photo: György Kurtag (source: http://www.grawemeyer.org/)
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