jeudi 26 décembre 2013

Les Carmélites VOUS parlent

Dialogues des Carmélites n'est pas un opéra très gai, c'est évident, mais c'est néanmoins un opéra heureux : je n'en ai jamais vu ou entendu de réalisation calamiteuse, et ceux qui l'approchent pour la première fois - avec curiosité ou scepticisme selon l'humeur - en sortent rarement indifférents. Cela faisait 9 ans que Paris n'avait pas vu le chef-d’œuvre de Poulenc, depuis l'unique reprise de la production de Francesca Zambello à l'Opéra de Paris, créée sous la direction de Seiji Ozawa et reprise avec Kent Nagano : pas mal, du moins musicalement (et la parfaite Constance de Patricia Petibon...). Cette fois, c'est le Théâtre des Champs-Élysées qui s'y colle, et là encore le succès est au rendez-vous.


lundi 9 décembre 2013

Opéra de Paris : donne l'oseille et tais-toi

Ce n'est qu'un petit détail, mais dans l'atmosphère de débandade qui entour l'Opéra de Paris version Nicolas Joel ces temps-ci, ce serait amusant si on pouvait supposer que c'est involontaire. Regardez les prix : 45, 70, 115, 140, 185 €. Disparues, les places à 10 et 25 €, ces places certes plus ou moins inconfortables où la visibilité est souvent correcte, mais souvent nulle également.

Capture d'écran du 9 décembre 2013, 14 h 30

Rassurez-vous, ces places n'ont en réalité pas disparu ; elles figurent toujours sur le plan de salle caché quelque part sur le site, et il faudrait être assez idiot pour se priver des quelques milliers d'euros qu'elles rapportent chaque soir. Cela n'en est pas moins à la fois révélateur et gênant. Révélateur, parce que la politique de l'Opéra de Paris version Christophe Tardieu, c'est bien celle-là, un forcing souvent pataud pour vendre en priorité les places les plus chères, quitte à laisser vide tel ou tel spectacle un peu plus difficile (L'Affaire Makropoulos par exemple, où les places à bas prix s'étaient bien vendues, les places chères très mal, mais où on ne trouvait sur internet que des places à plus de 100 €) ; le but étant aussi d'avoir un public plutôt novice et fasciné par les fantasmes de l'opéra plutôt qu'intéressé - et donc potentiellement critique - par ce qu'on lui propose sur scène.
Gênant, parce que tout le monde ne connaît pas les arcanes de l'Opéra, et je ne suis vraiment pas sûr qu'afficher un premier prix à 45 € soit conforme aux missions de démocratisation de la culture qui restent celles de l'Opéra National de Paris (avec des places où, qui plus est, on n'est pas forcément mieux installé et on ne voit pas forcément mieux qu'aux places à 25 €).
On m'annonce par ailleurs que ça phosphore puissamment chez les têtes d’œuf de l'Opéra pour pondre une nouvelle augmentation des tarifs conséquente pour la saison prochaine. Quel bonheur.

PS: sur la copie-écran ci-jointe, faite aujourd'hui, vous remarquerez que Mozart est mort à 34 ans. Avec l'Opéra de Paris, la musicologie progresse à grand pas, il va falloir rectifier tous les dictionnaires.

dimanche 6 octobre 2013

Ring de Dijon, l'imposture

Rendez-vous compte de l'événement : un Ring dans une ville moyenne française ! Quel courage ! Depuis combien de temps ça n'était pas arrivé ? Vite, courons-y ! Et voilà toute la boboterie parisienne de courir à Dijon pour honorer de leur présence cette méritoire entreprise de déniaisement, d'évangélisation des races inférieures provinciales (oui : puisqu'il s'agit de parler aux simples d'esprit, autant en plus leur prendre leur place). Sauf que...

mardi 10 septembre 2013

Réjoellissez-vous !

Le ministère de la Culture, dans sa grande sagesse, n'avait pas fait mystère de sa volonté de débarquer Nicolas Joel si possible avant la fin de son mandat prévu en 2015 : c'est donc chose faite, comme de nombreux médias l'ont annoncé. Ce n'était pas facile, parce que c'était lié à tout un jeu de chaises musicales, mais le départ bruyant d'Alexander Pereira de Salzbourg après la prochaine édition ouvre toutes les portes : Pereira allant à la Scala dès 2014 laisse libre Stéphane Lissner qui peut ainsi prendre la place de Nicolas Joel un an plus tôt. Bien sûr, la programmation de cette prochaine saison est déjà largement entamée, mais les marges de manoeuvre sont plus grandes que ce qu'on croit souvent, et les délais pas forcément si longs (on se souvient ainsi que c'est en cours de saison que Gerard Mortier avait choisi Krzysztof Warlikowski pour monter Iphigénie en Tauride parce qu'Isabelle Huppert n'y arrivait pas, et on ne peut pas dire que le spectacle donnait l'impression d'être bâclé). Il faut faire une distinction entre ce qui est prévu, sous forme d'accord oral entre les partenaires, et ce qui est signé, et qu'on ne peut souvent rompre qu'avec un coût important. La saison 2014/2015 sera bancale, mais elle ne sera pas forcément inintéressante.
Souvenons-nous, au passage, qu'il y a quelques années Nicolas Joel annonçait une reprise de Mathis der Maler pour 2018, puisque sa programmation était, comment dire, visionnaire. Sic transit...

Pour finir, révisons un peu le jeu des chaises musicales (Wiener Festwochen, Opéra de Paris, Scala, Odéon, festival de Salzbourg) :
Markus Hinterhäuser, qui a pris la succession de Luc Bondy qui a pris la succession d'Olivier Py, devrait prendre la succession d'Alexander Pereira qui prendra la succession de Stéphane Lissner qui prendra la succession de Nicolas Joel qui prendra la porte. C'est très clair, je trouve.

(Comme je connais mal la situation madrilène - le prix des places délirant de cette salle m'ayant toujours dissuadé, malgré le grand intérêt de la programmation récente -, je ne vais pas rentrer dans les détails. Mais il n'est pas très surprenant de voir que le gouvernement étroitement conservateur en place en Espagne ait choisi un réac, Joan Matabosch, pour succéder à l'encombrant et génial Gerard Mortier, qui doit lutter contre un cancer et doit donc mettre un terme à sa brillantissime carrière).

samedi 30 mars 2013

La Barbe à l'Opéra

Il ne doit pas y avoir grand-monde sur l'internet francophone de la musique classique qui ne soit pas au courant de l'intervention du collectif La Barbe lors des présentations de saison de l'Opéra de Paris et de la salle Pleyel, pour dénoncer l'exclusivité masculine des programmes des grandes institutions culturelles. Musicasola, fidèle à ses principes (toujours en retard sur l'actualité !), vous livre ici ses réflexions intempestives sur cet événement d'ampleur internationale.

samedi 9 février 2013

Réflexions désagréables sur l'expo Hopper

Oui, je sais, si je me mets à parler d'expositions sur ce blog, où va-t-on ? Déjà que je m'éparpille beaucoup sans avoir le temps de suivre les différents domaines que je prétends aborder... Mais tout de même, pour une fois, je vais parler d'une exposition. D'une exposition déjà terminée, qui plus est. Mais ce n'est pas grave, car le but de ce message n'est pas de vous encourager à y aller.

E. Hopper, Early Sunday Morning, Whitney Museum of American Art

dimanche 16 décembre 2012

Journal d'automne - Décembre (1)

1er décembre – Enfin les Contes ! Ce n’est pas du tout original, mais j’ai adoré pouvoir enfin entendre le chef-d’œuvre absolu d’Offenbach ailleurs qu’au disque (même si je continuerai à aimer au-delà des mots l’enregistrement de Kent Nagano, le seul qui soit à la hauteur). Quand l’Opéra de Paris ose encore aujourd’hui afficher Les contes d’Hoffmann dans une version indignement charcutée de la partition, il faut aller à Pleyel – avec son acoustique pourtant hostile – pour entendre enfin ce chef-d’œuvre qui appelle la scène à chaque instant. Plus de trois heures de musique sublime, dirigé par un chef compétent (que n’aura pas l’Opéra de Paris tant qu’il en restera à son charcutage), avec des chanteurs capables sinon absolument enthousiasmants… Merci à donc à Marc Minkowski et à Jean-Christophe Keck, restaurateur soigneux et passionné – même si je n’ai pas tellement goûté les récitatifs qu’il a composés pour l’occasion, qui m’ont paru trop chargés. Mais on espère tout de même un enregistrement de cette version.

3 décembre – Les médias sont indispensables pour créer des agitations médiatiques inutiles autour de faits détournés en dépit du bon sens. Voilà qu'on nous rebat les oreilles d'une augmentation du budget de la culture en Allemagne. 8 %, les gars, rien de moins ! C'est sans doute factuellement vrai ; mais en déduire, comme je l'ai lu plusieurs fois, que l'Allemagne ferait un effort considérable (8 % !) pour investir dans la culture pendant que la France s'en désintéresserait, c'est surtout une belle marque de stupidité. Ce qui augmente(rait) de 8 %, c'est le budget culturel du Bund, de l'Etat central, qui ne représente pas grand-chose dans le financement de la culture en Allemagne. Pendant ce temps, les principaux financeurs que sont les communes (étranglées par les dettes), les Länder et les radios sabrent à grands traits dans leurs budgets culturels, qui sont sans commune mesure avec ce que dépensent les collectivités territoriales en France. Le sommet de l'horreur, c'est la fusion décidée des deux orchestres de la radio SWR (sud-ouest), celui de Stuttgart à résonnance uniquement locale et celui de Baden-Baden et Fribourg, qui est le symbole de la reconstruction culturelle de l'Allemagne d'après 1945, avec sa politique exceptionnelle en faveur de la création contemporaine sous la direction de chefs comme Hans Rosbaud, Ernest Bour, Michael Gielen, Sylvain Cambreling et aujourd'hui François-Xavier Roth. L'herbe n'est pas toujours plus verte ailleurs.

4 décembre – Il paraît que Cecilia Bartoli a été huée lors d’un concert (dirigé par Daniel Barenboim) à la Scala : le monde lyrique ne s’en remet pas, comme il ne se remet pas des huées adressées à Patrizia Ciofi lors de la générale de La Traviata à Avignon, ni de celles adressées au metteur en scène Yves Beaunesne à la générale de Carmen à l’Opéra de Paris. Malgré les similitudes, ces trois histoires sont pourtant très différentes.
Les huées visant Patrizia Ciofi, qui avait fait le choix de s’économiser pour pouvoir assurer au mieux les représentations, sont à la fois indignes et stupides. Je défendrai toujours le droit de huer chanteur, chef ou metteur en scène lors d’une représentation, mais on parle ici d’une chanteuse en répétition qui n’a rien à prouver face à un public venu par privilège.
À Paris, le principe de la répétition s’applique aussi en partie, mais on peut tout de même partir du principe que le produit « mise en scène » est fini à ce stade et plus ou moins invariant. Je ne me prononce bien entendu pas sur la valeur du spectacle que je ne verrai sans doute pas…
À Milan, c’est encore différent : un public – fût-ce ce public – exprime son opinion sur la prestation d’une artiste. S’y mêlait sans doute, il est vrai, une animosité personnelle contre une chanteuse qui n’a pas dit que du bien du public italien, et à qui on a certainement voulu rendre la monnaie de sa pièce. Vous en penserez ce que vous voulez, mais j’avoue ne pas réussir à en vouloir au public milanais. Car, je l’avoue, Mlle Bartoli m’horripile depuis quelques années. Depuis qu’elle est devenue cette machine à faire des récitals bankable, faisant tourner le disque avec la régularité métronomique d’un boys band bien huilé, et avec autant place pour la spontanéité sur scène (ses éternelles quatre mines !). Et depuis que son chant, réduit ou presque au concert soliste où elle est reine et n’a pas à craindre la concurrence de ses collègues, est devenu une pure mécanique sans âme. Le contexte n’était peut-être pas le bon, les hueurs milanais sans doute pas des gens fréquentables, mais au fond de moi, quelque part, il y a un petit diable qui ricane joyeusement. Eh oui.

8 décembre  – Tiens, Sophie Koch à Metz, chantant Wagner (les Wesendonck et un air de Rienzi) et Strauss (la fin du prologue d'Ariane, bizarrement présentée comme un air). Dans l'écrin du récital (avec le décidément très honorable Orchestre National de Lorraine sous la direction de Jacques Mercier, son parfait directeur musical), la conduite purement instrumentale de la voix gêne moins que sur la scène de Bastille. Je ne succombe pas, mais c'est très agréable, en dehors des quelques bizarreries de prononciation.
 

9 décembre – Il apparaît que cette Carmen de l'Opéra de Paris est bien pire que ce que j'aurais pu imaginer. Je n'ai jamais cru un seul instant que les nouvelles productions récentes de Faust (Martinoty) ou de Manon (Serreau) puissent être autre chose que des catastrophes, et le résultat m'a donné raison. Pour cette Carmen, à l'inverse, j'avais quelques raisons d'être beaucoup moins pessimiste, à tel point que j'ai eu l'intention de prendre une place (heureusement, le système de réservation révoltant de l'Opéra de Paris m'en a empêché) : cette fois, visiblement, j'avais tort. Je crois que c'est historique, tout de même : metteur en scène hué, Carmen huée, Don José hué. Ce que j'ai entendu de la mise en scène m'a paru fort lamentable en effet ; je suis un peu triste pour Nikolai Shukoff, qu'on a déjà entendu à Paris dans ce rôle, et qui, indépendamment de sa prestation du soir, est un chanteur de valeur. Pour Mlle Antonacci, je dois avouer que les huées ne me surprennent en revanche pas. Sa Carmen de l'Opéra-Comique était déjà peu intéressante, sans couleur, sans profondeur. Mais depuis, il y a eu cette Cassandre (Les Troyens) à Londres, qui m'avait consterné par la dégradation de la voix, désormais réduite à une profération sans timbre. Mais dans le monde de l'opéra d'aujourd'hui, perdre sa voix n'est plus un problème, on peut très bien continuer sans. Voyez Dessay et d'autres.

dimanche 25 novembre 2012

Vertus des métropoles, charmes des provinces


Vous vous souvenez peut-être que je vous avais parlé d’un troll qui venait orner mes messages d’une prose toujours agressive et rarement nourrie de contenu (message aux trolls potentiels : plutôt que de me faire grief des méchantes choses que je dis sur l’Opéra de Paris, dites-moi donc ce qui s’y passe de beau, ça pourra m’instruire, qui sait ?). L’un de ses derniers commentaires m’avait cependant bien amusé : comme je critiquais une grande institution comme l’Opéra en faisant l’éloge de petites institutions comme les théâtres de Bâle ou d’Augsbourg, il m’a accusé de ressasser une « vindicte contre le parisianisme » et d’un éloge partisan de « la province forcément vertueuse ». Et ça, il faut bien dire, ça m’a fait beaucoup rire, parce que je me suis fait traiter pendant des années de parisianiste méprisant la province, par exemple suite à ce que j’écrivais sur le théâtre de Metz (dont je n’ai pas parlé depuis longtemps, d’ailleurs).

La Traviata à Augsbourg (photo Theater Augsburg)

lundi 8 octobre 2012

In memoriam Nicolas Joel

Figurez-vous que je suis content. Content, bien sûr, parce que l'incertitude concernant l'avenir de l'Opéra de Paris est désormais levée. Content parce que Nicolas Joel, à cette occasion, a trouvé le moyen de se ridiculiser une fois de plus. Mais aussi, surtout, content parce que son vainqueur est Stéphane Lissner.
(je devais mettre en ligne un article de plus sur Kurtag, du côté des disques et des livres : ce sera pour très bientôt, l'actualité reprend ses droits !)

samedi 8 septembre 2012

Rendez-moi l'Opéra !

On m'a volé l'Opéra de Paris. L'Opéra, c'est, ou c'était, un peu ma seconde maison : il m'est arrivé, il y a quelques années, d'y voir cinquante représentations en une saison, ballets comme opéras, quand j'étais parisien. C'est dire qu'il ne m'est pas agréable d'en dire du mal, et que je tente, avec un succès variable selon les moments, de bien faire la distinction entre l'évolution récente de la maison, que j'abhorre, et l'institution elle-même, qui transcende les époques et les hommes et que j'aime toujours autant (c'est un peu la même chose pour le festival de Salzbourg, pour ceux qui n'auraient pas compris).

lundi 23 juillet 2012

Opéra de Paris, bilan 2011 (2)

Et voilà la suite de mes commentaires sur le rapport publié ces jours-ci, en toute discrétion, par l'Opéra de Paris sur l'année budgétaire 2011. Sans doute ce rapport était-il fait pour enfoncer le clou de la reconduction nécessaire de Nicolas Joel après la victoire tout aussi nécessaire de l'autre Nicolas - malheureusement pour les deux, l'Histoire en a décidé autrement, et ceux qui ont régné par la politique périssent par la politique, à commencer par Christophe Ghristi, le très compromis sous-fifre de Joel, dont le titre précis m'échappe. Le rapport, en tout cas, est , bien caché dans les méandres du site de l'Opéra. Signalons, au passage, que la démarche est notamment imitée du Royal Opera, qui a cette pratique de transparence depuis toujours : ne nous exaltons pas, faire preuve de transparence est normal et indispensable quand on a plus de 100 000 000 € de subventions.

vendredi 20 juillet 2012

Opéra de Paris, bilan 2011 (1)

Depuis l'époque Hugues Gall, l'Opéra de Paris a pris l'habitude de publier de manière plus ou moins claire, régulière et précise des rapports d'activité à destination du grand public : c'est évidemment la moindre des choses quand on reçoit 100 millions d'euros de subvention par an. Pour la deuxième année, Nicolas Joel a choisi la forme d'une brochure PDF, diffusée cette fois en toute fin de saison pour qu'on n'aille pas y mettre son nez de trop près, et dont j'ignore si elle existe aussi sous forme matérielle (si oui, autorisation à toutes mes connaissances de m'en mettre une de côté). Mais le PDF, en tout état de cause, permet d'en faire l'analyse.
Un des grands moments de la saison passée : le Faust ridicule mis en scène par Jean-Louis Martinoty. Je me suis dit qu'une tête de mort s'imposait au frontispice de cet article.


vendredi 27 avril 2012

Massenet, résurgences d'un fantôme officiel

Le Général de Gaulle - trop rarement cité sur ce blog - se moquait de ceux qui, sautant sur leur chaise comme un cabri, s'écriaient "L'Europe, l'Europe, l'Europe". Qu'aurait-il dit de ceux qui, toujours à la façon des caprins précités, s'écrient à tout propos "Massenet, Massenet, Massenet". Oui, Françaises, Français, mes chers compatriotes, vous le savez, et votre cœur de patriotes bondit à cette seule phrase : il faut réhabiliter Massenet. Il faut aussi lutter contre le chômage et le racisme ambiant, certes, mais c'est secondaire. D'abord, il faut réhabiliter Massenet.

Massenet, Koechlin, Reynaldo Hahn, Max d'Ollone, tous ces noms dont pas un ne mourra...

lundi 13 février 2012

Tirez sur l'intendant !

Ouh, le vilain mot ! Consonance française, mais hérédité allemande : Der Intendant, c'est en quelque sorte le mal incarné. Vous me direz que non, le mal incarné - à l'échelle du monde lyrique -, c'est le metteur en scène. Mais le monde évolue : au-dessus du metteur en scène, une nouvelle couche de malignité a sédimenté ces dernières années : le directeur d'opéra, qui ne se contente plus de consoler les divas au bord de la crise de nerf et d'enregistrer les pertes financières, mais se veut auteur de ses saisons : pas un artiste, certes, mais bien plus qu'un simple échelon administratif, quelqu'un qui fait des choix fondamentaux.

Sir Peter Jonas (à droite) avec Hans Werner Henze

mardi 3 janvier 2012

Golgota Picnic, bon appétit

Ne reculant devant aucun sacrifice et plutôt tentée de renouveler l'expérience réussie du spectacle de Romeo Castellucci, la maison Musicasola vous offre quelques impressions sur l'autre pièce distinguée par nos amis les réacs (les vrais, les purs et durs, pas les grisâtres façon Opéra de Paris) : Golgota Picnic, de l'Argentin Rodrigo Garcia.

lundi 7 novembre 2011

Castellucci : les fachos ont gagné

La démocratie et la terreur ne font apparemment pas bon ménage : la réaction des pouvoirs publics aux troubles provoqués par quelques extrémistes autour du spectacle de Romeo Castellucci Sul concetto del viso di Dio est encore un encouragement donné aux terroristes, comme l'est depuis les attentats des années 90, puis le 11 septembre, le stupide plan Vigipirate. Mais parlons d'abord du spectacle.


Antonello da Messina, Salvator Mundi (Londres, National Gallery)

vendredi 21 octobre 2011

Où ce méchant blog gauchiste se mêle de parler de management, et même pas pour s'en moquer

Ça commence sérieusement à sentir le roussi à l’Opéra de Paris. Le Canard enchaîné ne mâche pas ses mots à propos de la récente production de Faust (numéro du 5 octobre) : ce que fait Alagna « n’est pas vraiment artiste. Il défonce la baraque assez grossièrement, sans doute pour prouver qu’il pourra chanter Aida » (Luc Décygnes a bien raison de faire semblant d’oublier qu’il a déjà chanté Radamès à la Scala…) ; Inva Mula « a une diction si parfaite qu’on se demande en quelle langue elle chante » ; et surtout, surtout, en noir sur blanc, sans fioriture, « la mise en scène de Jean-Louis Martinoty n’aurait jamais dû être présentée à Bastille s’il y avait eu un directeur digne de ce nom ». Les syndicats on fait ce qu’ils ont pu pour sauver la réputation de la maison en annulant plusieurs représentations de ce spectacle de la honte (y compris la diffusion dans les cinémas), mais la question est bel et bien posée : comment faire pour qu’il y ait enfin « un directeur digne de ce nom » dans la maison ?

mardi 27 septembre 2011

Marthaler, Ratmansky, Boulez... : les artistes et les autres

Les week-ends parisiens d'un provincial peuvent réserver des surprises : lors de ce week-end étendu (Boulez oblige), la concentration de spectacles esthétiquement si opposés a quelque chose d'un peu déroutant. Que dire ? Que Paris m'apparaît du coup comme une scène artistique dynamique et stimulante ? Un peu. Qu'il y a quelque chose d'un peu rance au domaine de France ? Un peu aussi.


mardi 26 juillet 2011

Provinces

C’est amusant, mon récent article sur l’Opéra de Metz a attiré sur ce modeste blog l’attention pas nécessairement aimable de membres de deux de ces forums musicaux dont j’ai eu l’honneur d’être membre et l’honneur de m’en faire virer (je vous raconterai ça un de ces jours), ODB et classik.forumactif.com (ne me demandez pas pourquoi « classik », c’est certes ridicule mais je n’y suis pour rien), qui m'accuse d'un crime incroyable, celui de ne jamais avoir entendu une note d'Ambroise Thomas (ce qui est, malheureusement, faux, et je le regrette bien). Après tout, c’est peut-être une bonne occasion de réfléchir un peu sur ce que font aujourd’hui les opéras de province et peut-être ce qu’ils devraient faire. Le sujet est vaste, je vais donc me limiter à quelques points essentiels.

samedi 23 juillet 2011

Quand Mitterrand plaidoie, la caravane (tré)passe

Frédéric Mitterrand est le premier ministre de la Culture depuis longtemps à avoir eu un quelconque rapport à la culture avant son accession au trône (on avait bien choisi Donnedieu de Vabres parce que la particule fait distingué) ; ce n'est pas rien, mais ce n'est pas non plus beaucoup. Le texte mal écrit qu'il a fait publier dans Le Monde pour répondre aux propos de Martine Aubry sur la culture est assez consternant, il faut bien le dire, à la fois du point de vue littéraire et quant à son contenu - mais pouvait-il faire mieux ?
On y apprend que le ministère de la Culture a eu plein de sous grâce au petit Nicolas, mais que pour autant il ne faut pas trop s'arrêter aux questions d'argent. On y apprend qu'il mène une politique culturelle, ce qui est tout de même une forte surprise.
Mais ce que j'aime toujours avec de tels beaux exercices de langue de bois, c'est que l'essentiel, malgré tout, y transparaît toujours. Sous la condamnation d'un étatisme (nécessairement) dépassé, c'est la dissolution des DRAC (directions régionales à l'action culturelle, financées par l'État) qui apparaît, DRAC dont l'utilité est variable selon les domaines, mais où l'indispensable n'est pas moins touché que le superflu dans les politiques d'économies en cours - car autant frapper chacun également plutôt que de réfléchir à ce qui est vraiment utile. En échange, il est facile d'en appeler au "renforcement du partenariat entre l'Etat et les collectivités locales", qui est un autre nom de cette bien connue tactique de l'État depuis 2002 consistant à balancer sur elles (tout en leur reprochant de trop dépenser) les dépenses que l'État ne veut plus assumer. L'État se veut alors "incitateur" : M. le Ministre n'ignore pas que les conseilleurs ne sont pas les payeurs.
Comme Mime au 2e acte de Siegfried, M. le Ministre dit les choses désagréables en croyant très bien les dissimuler. Le désengagement de l'État est présent à chaque ligne de ce texte décidément mal fichu. On n'y parle que d'industries culturelles (les vendeurs de blockbusters et de musique pour décérébrés), que d'aller mendier de l'argent aux mécènes et aux opérateurs de téléphone : comme si cela ne suffisait pas que l'Opéra de Paris ait pour mécène principal une entreprise qui fait son beurre de nos papiers gras, il faudrait que tout le monde de la culture ne soit qu'un appendice au secteur - tellement plus essentiel pour la nation - de la téléphonie.

À une époque où Christophe Tardieu, DG de l'Opéra de Paris, ne se cache pas pour expliquer que les pauvres n'ont qu'à aller voir les retransmissions au cinéma s'ils trouvent les places d'opéra trop chères, alors que la Cour des Comptes vient de remettre un rapport qui assassinait les musées nationaux pour leur politique socialement élitaire et indigne des missions humanistes qui sont les leurs, je crois qu'on est en droit d'attendre un peu plus d'un ministre de la Culture, même sarkozyste.

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