jeudi 28 juin 2012

Journal de bord – 1er-27 juin 2012

En attendant de nouvelles aventures étrangères (planning très serré pendant tout l'été, à suivre !), quelques pérégrinations et réflexions diverses...

Non, ce n'est pas la Reine de la Nuit, mais Ginevra dans Ariodante à Bâle (photo Tanja Dorendorf, T+T Fotografie)


mardi 22 mai 2012

Alcina à Bordeaux, David Alden en terre de France


Ces temps-ci, les amateurs de musique baroque (ou dite telle, à tort, mais ne chipotons pas sur les mots) doivent mettre cap au sud (ou à l'Est, mais je n'aurai pas pu voir le Farnace de l'Opéra du Rhin) : que Bordeaux monte Alcina de Haendel au moment même où Toulouse offre – en coproduction avec… Bordeaux… – Les Indes galantes, c’est une conjonction bien agréable, même pour qui, comme moi, préfère des contrées plus septentrionales. Première étape donc avec la magicienne bordelaise.

Alcina

lundi 14 février 2011

L'ennemie publique n° 1

Je suis un peu embarrassé : d'une part je suis lassé de faire mauvaise critique sur mauvaise critique concernant l'Opéra de Paris (qui ne semble pas lassé de produire mauvais spectacle sur mauvais spectacle), et puis il y a tant de belles choses dont il faudrait parler (comme Caligula, le ballet de Nicolas Le Riche auquel je consacrerai certainement la prochaine de ces chroniques) ; mais d'autre part cette longue soirée m'a tout de même pas mal agacé, et je suis comme ça, je n'aime pas que ça me reste sur le cœur.
Vaine agitation...


samedi 17 mars 2007

Haendel s'ennuie

On m'assure que la première du nouvel Ariodante de Haendel au Théâtre des Champs-Elysées a été moins huée que celle du Jules César du début de saison. On croit rêver: là où Irina Brook avait livré un travail certes discret mais fin et intelligent, on se retrouve avec Lukas Hemleb avec une production certes peut-être précédée d'un long et profond travail dramaturgique, mais qui n'en laisse pas moins une impression de paresse et d'uniformité totale.
Lukas Hemleb, certes, avait fait tout ce qu'il pouvait pour, surtout, ne pas choquer le public; en dehors d'une chorégraphie ridicule*, tout cela est bien blanc, bien propre, bien sage (du moins quand le décor ne se grippe pas lors de l'une de ses inutiles métamorphoses), et sans doute il y a en partie réussi, dès lors qu'on ressort surtout avec l'impression d'avoir entendu une version de concert; dommage qu'Ariodante ne soit certainement pas le meilleur opéra du Saxon. Sous la direction intelligente de Rousset, on a tout de même eu le plaisir de revoir Vivica Genaux parfaitement à l'aise dans son rôle de méchant, la toujours étrange et intéressante Danielle De Niese et une agréable Dalinda (Jaël Azzaretti); quel dommage que le rôle-titre ne soit qu'un prétexte pour Angelika Kirchschlager, en pleine tournée promotionnelle, qui vient se faire applaudir mais ne s'abaisserait pas à s'investir un peu dans son rôle!

Mais au fond tout ceci est mieux que ce qu'il m'a fallu subir au Conservatoire (CNSMDP) avec Alcina mis en scène par Emmanuelle Cordoliani, qui enseigne l'"art lyrique" aux étudiants et s'attribue qui plus est les mises en scène du spectacle lyrique annuel (l'an prochain Don Giovanni...). Dans un lieu où j'ai vu un des plus beaux spectacles d'opéra de ma vie (Le Couronnement de Poppée mis en scène par Jean-Claude Berrutti) [mais aussi une atroce Flûte mise en scène par... Lukas Hemleb], j'ai donc dû subir un premier acte hystérique, entraînant aussi bien chanteurs que (pléthoriques) danseurs dans une espèce de danse de Saint-Guy qui ne laisse aucune chance à la musique; par la suite heureusement les choses se calment, mais l'ensemble donne une impression d'amateurisme qui inquiète pour la formation scénique de nos jeunes chanteurs (dont on retiendra notamment Clémentine Margaine, Bradamante, et Isabelle Druet, Ruggiero).

*J'ai souvent l'impression que les metteurs en scène donnent trop de libertés à leurs chorégraphes en oubliant de leur donner les moyens d'intégrer leur travail dans la production d'ensemble...

mercredi 18 octobre 2006

In questo popoloso deserto ch'appellano Parigi (ou Jules César de Haendel au TCE)

Cela fait trois fois que j'assiste à une première cette saison. Dans les trois cas, l'équipe de mise en scène a été huée, de façon à chaque fois imméritée à mon sens. Mais autant je comprends, sans les approuver, les huées qui ont accueilli la Lucia di Lammermoor mise en scène par Andrei Serban, qui défiait ouvertement les habitudes du public parisien et n'a pas hésité à le provoquer lors de ladite première (cf. un message ci-dessous), autant la réaction du public d'hier soir reste à mes yeux totalement incompréhensible et absurde.
Donc, Haendel, Jules César, une partition qu'on commence à bien connaître (encore que le jour où les opéras de Haendel connaîtront autant de représentations qu'un vulgaire Puccini n'est pas encore venu - j'ai beau avoir le temps devant moi, je crains de mourir sans le connaître, ce jour), dans un lieu où Haendel a connu pas mal de triomphes (le plus beau étant pour moi comme pour beaucoup l'inoubliable Agrippina mise en scène par David McVicar) et où, en général, on ne s'occupe pas trop de la mise en scène pourvu qu'elle ne fasse pas de vague. Dominique Meyer, avisé patron du TCE, n'avait pas pris beaucoup de risque en recourant à Irina Brook, experte en produits bien finis, chics et élégants, qui avait déjà signé une jolie Cenerentola au TCE. Le produit livré correspond bien à ces attentes, avec à la fois un sens certain de l'émotion et un humour discret, parfois un peu simpliste: sa lecture de l'oeuvre est précise et on est bien loin du "tout grotesque" qui a beaucoup desservi Haendel sur les scènes européennes depuis une quinzaine d'années (le sommet étant un stupide Rinaldo monté à Montpellier, Innsbruck et Berlin). Il ne faut pas oublier que l'humour est bien présent dans l'oeuvre, autour des relations entre Cléopâtre et Ptolémée notamment, et ce serait un contresens total que de penser que l'opera seria appelle forcément un traitement marmoréen: si les différentes mises en musique de L'Olimpiade, par exemple, ne laissent pas de place pour l'humour, d'autres serias sont au contraire de véritables comédies parfois féroces, comme l'Agrippina de Haendel ou le délicieux Ottone in villa de Vivaldi (très bon enregistement dirigé par Richard Hickox chez Chandos), ou la chute d'un bon à rien...
Irina Brook sait ainsi laisser à certains airs, comme les lamentos de Cléopâtre, le temps de laisser l'émotion se développer, par une direction d'acteurs qui peut paraître statique mais est beaucoup plus précise et travaillée qu'il n'y paraît. Le tout, dans un décor discret de désert et avec des costumes qui mélangent costumes modernes et orientalisme délicat, est donc bien loin d'appartenir à la mouvance la plus provocatrice de la scène lyrique parisienne et avait de quoi contenter une bonne partie du public. J'ai l'impression que la violence de ces huées a paru incompréhensible à une bonne partie du public...
Musicalement, le spectacle était en de bonnes mains, avec un Christophe Rousset parfait à son habitude, sans grands effets mais plein de délicatesse et de générosité. Il a réalisé une partition d'un peu moins de 3 heures, ce qui laisse de côté une partie non négligeable de la partition mais n'est finalement pas si mal. Le César d'Andreas Scholl est certainement l'aspect le moins satisfaisant de la distribution: sa voix toujours plus nasillarde, sa diction impossible et ses vocalises hasardeuses sont à mille lieues des grandes réussites d'une Larmore ou d'une Mijanovic; même du côté masculin (qui n'est pas celui que je préfère), un Lawrence Zazzo aurait certainement été bien préférable. L'autre point faible de la distribution est l'interprète de Sesto (comme souvent, Dieu sait pourquoi): Alice Coote a une voix banale et une interprétation qui ne l'est pas moins. Mais ces limites sont largement compensées par la belle Cornelia de l'impeccable Sonia Prina, qui aura intérêt à aborder le rôle titre dès que possible, et surtout par Rosemary Joshua en Cleopatra. Cette chanteuse, que j'avais entendue pour la dernière fois cet été dans Orlando à Munich, est certainement aujourd'hui, avec Sandrine Piau, la meilleure soprano haendelienne sur les scènes: sa voix extrêmement mobile, d'une sensibilité extrême, sans afféteries et sans grands effets, va particulièrement bien à ce rôle qui parcourt toute la gamme expressive du rire au lamento. Je n'hésite pas à dire que c'est sans doute la meilleure Cléopâtre que j'ai entendu, malgré toute mon admiration pour Magdalena Kozena...

Pour la magnifique Joshua, pour la beauté d'un grand orchestre haendelien, et surtout, ce qu'on oublie trop souvent de dire, pour une musique magnifique où (presque) pas un air n'est un chef-d'oeuvre, une soirée à conseiller!
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