lundi 7 mars 2011

Un fil à la patte ou l'identité nationale au théâtre

S'il est bien un spectacle qui ne mérite pas à mes yeux de m'occuper le temps d'écrire un message blog, c'est bien Un fil à la patte de Feydeau donné en ce moment à la Comédie-Française, spectacle que j'avais déjà rapidement évoqué. Mais voilà, la concordance de deux faits aussi intéressants que navrants m'incite quand même à y revenir pour ces quelques lignes.
Une certaine vision du théâtre...

samedi 17 juillet 2010

Culture de gauche, culture de droite

C'est l'été, l'actualité musicale est limitée, on a déjà fait le bilan de la triste année inaugurale du tandem Nicolas Joel/Philippe Jordan à l'Opéra de Paris, que peut-on bien faire ?

Eh bien, par exemple, s'amuser un peu sur les conceptions différentes de la culture entre gauche et droite. Voilà donc une série d'oppositions, que je vous laisse interpréter à votre guise (ce serait trop simple si je disais pourquoi), à prendre cum grano salis...
Comment ça, vous avez l'impression que les choses à gauche ont l'air plus sympathiques ?


Gauche
Droite
Boulez
Dutilleux
Mortier
Joel
Prééminence de l’œuvre
Prééminence des interprètes
Musique de chambre
Récitals de voix
Schoenberg
Korngold
Subventions
Mécénat
Festival Musica de Strasbourg
Folles Journées de Nantes
Baroque
Vérisme
Ethnomusicologie
World music
Programmation prescriptive
Programmation en fonction des goûts du public
Cité de la Musique
Salle Gaveau
Philharmonique de Berlin
Philharmonique de Vienne
Quatuor Arditti
Quatuor Emerson
Jossi Wieler
Christof Loy
Le répertoire doit constamment être remis en cause
Le répertoire est le résultat d’un tri de l’Histoire, l’essentiel y est de toute façon
Simon Rattle
Christian Thielemann
Harmonie
Mélodie
La réflexion sur le son, la facture instrumentale et l’agogique entamée par les « baroqueux » peut être intéressante pour tous les répertoires
Les baroqueux, c’est bon pour le baroque
Parsifal mis en scène par Krzysztof Warlikowski
Tristan et Isolde mis en scène par Bill Viola et Peter Sellars
Jonas Kaufmann
Rolando Villazon
Anja Harteros
Anna Netrebko
Opéra contemporain
Comédie musicale



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vendredi 27 mars 2009

Horváth - Recto|Verso

Ödön von Horváth : le nom de ce très grand dramaturge mort en 1938 n’est certainement plus tout à fait inconnu des spectateurs français. La Comédie-Française a monté il y a peu Figaro divorce, le Théâtre de la Ville joue en ce moment sa pièce la plus connue, Casimir et Caroline, d ans une mise en scène de son nouveau directeur Emmanuel Demarcy-Motha. Cette institution essentielle des arts de la scène à Paris avait déjà joué la pièce il y a une dizaine d’années, et j’ai oublié le nom du metteur en scène de ce spectacle qui m’avait paru intéressé. La nouvelle mouture de cette triste histoire d’un couple séparé par la crise économique (on est en 1932, pas en 2009…) est un désastre : hormis Sylvie Testud, vive mais pas inoubliable, la troupe réunie ici joue faux d’un bout à l’autre de la pièce, le pire étant atteint avec Thomas Durand en Casimir, beau gosse sans une once de talent. Mais ce n’est pas là le pire, ou plutôt ce n’est qu’une manifestation collatérale de l’échec de ce spectacle : le problème est la sottise de la mise en scène.

On ne sait comment Demarcy-Mota et son traducteur en sont venus à l’idée idiote de farcir la pièce d’autres scènes de fêtes entre « jeunes » (cela les préoccupe, visiblement, les « jeunes ») tirées de diverses œuvres de Horváth, diluant ainsi sans pitié l’histoire de Casimir et Caroline quand l’auteur avait su si remarquablement l’insérer dans son écrin. D’autant que l’interprétation de cette Oktoberfest (que les Allemands n’appellent jamais Fête de la bière) se résume à la mise en scène de sa vulgarité et de ceux qui la fréquentent, évacuant aussi vite que possible le plaisir qu’on y prend : là où Horváth décrit ses personnages en anthropologue amoureux, . Le spectacle est bruyant, jamais rythmé. Mauvais présage pour un « règne » dont on espère déjà qu’il ne sera pas aussi long que celui de son prédécesseur, long de plusieurs décennies : et confirmation qu’il faut à tout prix éviter de nommer des artistes à la tête des institutions culturelles.

Figaro divorce, à l’inverse, avait su montrer toute la puissance dramatique de l’auteur. Le metteur en scène, cette fois, n’était pas un jeune loup bien en cour, plutôt un vieux maître déjà un peu oublié, Jacques Lassalle, qui signait un spectacle bien plus jeune que celui de son jeune collègue (et ce pour un public qui, malgré les préjugés, n’était pas plus vieux que celui du Théâtre de la Ville). C’est un peu le ton actuel de la Comédie-Française*, une mélancolie diffuse et ici particulièrement poignante à l’image de la décadence du Comte (merveilleux Bruno Raffaelli), qui apprend à vivre avec la misère avec l’innocence d’un enfant qui découvre le monde, mais sans les illusions. Maîtrise absolue des silences, lumière, travail d'acteurs dépouillé et intense : on a vu, ces derniers temps, plus moderne salle Richelieu, mais quand le théâtre classique ne renonce pas à l'ambition formelle et parvient à une telle maîtrise de ses moyens expressifs, toutes les objections tombent d'elles-mêmes.

On pourra me dire que mon pessimisme sur l’état actuel du théâtre en France n’est que négativisme, que tout cela ne va pas si mal,et que d'ailleurs, le public... : au XVIIIe siècle, Voltaire était regardé comme le plus grand génie du théâtre de son temps, l'égal - sinon plus - des Racine et Corneille du siècle précédent. Il n'y a pas de théâtre en France aujourd'hui, seulement quelques spectacles réchappés du marasme : ce n'est, si j'ose dire, pas un drame, parce que d'autres arts sont en pleine floraison, et parce qu'il y a suffisamment de spectacles invités en provenance d'autres pays (on peut ainsi citer, outre des théâtres parisiens comme l'Odéon, le festival Passages à Nancy, consacré aux théâtres de l'Europe de l'Est, voire plus loin encore, prochaine édition au mois de mai).

* Cf. outre L’illusion comique récemment commentée ici le moins réussi Fortunio de Musset mis en scène par Denis Podalydès.

vendredi 6 mars 2009

Das wahre Tier, das wilde, schöne Tier

On ne le dit pas trop, parce que ça ne se fait pas : mais tout de même, la Comédie-Française va bien. Il en reste toujours, des branchés incompétents pour railler la vieille maison confite dans des traditions surannées : les meilleurs préjugés sont ceux qu'on ne soumet pas au risque de les voir contredits. Elle va bien, du point de vue commercial : les salles sont toujours au moins honnêtement remplies, les pièces rares ne les vident qu'à peine et les pièces plus habituelles les remplissent sans difficulté. Mais surtout, et c'est là, peut-être, le plus étonnant : elle ne va pas moins bien du point de vue artistique.
Les années Bozonnet (2001-2006) avaient profondément déprimé la troupe et les spectateurs ; Muriel Mayette, en peu de temps, a réussi à redonner de la vie, de l'audace, de l'envie à l'une comme aux autres. Ce qu'on y voit peut parfois surprendre les spectateurs habitués à la torpeur complaisante du théâtre français, ce qui - plus que la médiocrité autosatisfaite des années précédentes - assure à ses spectacles de mauvaises critiques : des spectacles comme La Mégère apprivoisée, mise en scène par Oskaras Korsunovas, ou plus récemment L'Illusion comique mis en scène par Galin Stoev ont suscité l'ire de la presse, mais ont largement mérité l'intérêt marqué par les spectateurs. Deux metteurs en scène étrangers, d'ailleurs : cette ouverture à l'extérieur, qui montre par contraste à quel point le théâtre français actuel est anémié, apporte bien plus qu'une modernité superficielle qui est le seul niveau de lecture que semblent comprendre les critiques institutionnels.
J'ai déjà parlé ici récemment de Fiona Shaw et de Dörte Lyssewski, qui ont montré récemment sur la scène de maisons d'opéra parisiennes ce qu'est le corps d'un acteur de théâtre : il est frappant de constater à quel point les deux metteurs en scène ont su, chacun à sa façon, transformer les acteurs de la troupe pour faire ressortir la réalité de leur talent parfois considérable. Julie Sicard, Loïc Corbery, et bien sûr l'étoile Podalydès en sont sortis transformés dans cette merveilleuse Illusion comique : les stances tragicomiques de Lyse (III, 6), dépouillées de tout ton de soubrette, en devenaient mélancoliques, burlesques, enivrantes, par le travail du texte, par le travail du corps.
Il faudrait citer d'autres spectacles pour obtenir un panorama complet de tout ce qui se passe d'intéressant dans la maison de Molière : le Cyrano désormais classique de Denis Podalydès y fait salle comble à chaque représentation, on a pu déguster la mélancolie du Figaro divorce de Horvath, texte indispensable (Jacques Lassalle), et si cela ne vous suffit pas, on pourra s'intéresser à L'ordinaire de et par Michel Vinaver (moins passionnant, mais digne d'un coup d'oeil) ou à un Mariage de Figaro (le type même des pièces classiques qu'on avait fini par oublier à force de vouloir faire place nette pour d'autres répertoires) bien fait à défaut de mieux par Christophe Rauck.

DSCF1852
La salle principale de la Comédie-Française (Salle Richelieu)

Le corollaire de cette réussite, directement liée à la politique intelligente de l'administratrice en matière de répertoire et de mises en scène, c'est la qualité accrue de la troupe, avec des recrutements beaucoup plus heureux, moins opportunistes, qu'à l'époque précédente. Paris n'a qu'une troupe permanente salariée : quelle tristesse, quand on compare avec Munich ou Berlin ! Mais quelle bonne raison de tenir, envers et contre tout, à cette vieille maison à l'esprit si éveillé !

Titre: un vers du prologue d'Erdgeist de Frank Wedekind et donc de Lulu de Berg : par oppositions aux monstres bien élevés de la tragédie classique et du vieux théâtre, le fauve vrai, le fauve sauvage, beau.

lundi 4 juin 2007

Thalia bifrons

Autrefois - à l'époque de Jean-Pierre Miquel, dans les années 90 -, il y avait un "ennui Comédie-Française, fréquent mais non systématique. On arrivait, on s'installait confortablement, la pièce commençait... Au bout d'un quart d'heure, on s'endormait paisiblement, assuré que rien d'important n'allait se passer, et on se réveillait un quart d'heure avant la fin, constatant avec satisfaction qu'en effet rien ne s'était passé. On sortait de là, pas plus avancé en sagesse, mais au moins bien reposé. C'était notamment le cas du Misanthrope que le maître des lieux avait mis en scène lui-même, et dont le moment fort était l'allumage des bougies.
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La formule de cet ennui exclusif est-elle perdue? Le Misanthrope que Lukas Hemleb vient de créer à la Salle Richelieu, le laisse croire. Car on s'y ennuie beaucoup, bien sûr, mais on ne peut plus dormir aussi tranquillement. A moins d'avoir une forte résistance à la bêtise, à la vulgarité et aux cris. Car Alceste, le crasseux Alceste, crie beaucoup: et malgré tout, Thierry Hancisse, un si bon acteur, n'en est pas moins d'une pâleur atterrante. Quelques acteurs ressortent un peu plus, dont Elsa Lepoivre (Eliante). Mais qu'est-ce qu'une mise en scène sans idée sur la pièce, contre laquelle les acteurs doivent se battre pour exister ne serait-ce qu'un peu?
L'esthétique générale est plutôt classique, pas de frayeur: mais on n'échappe pas à une caractérisation caricaturale, digne de TF1, des petits marquis. Au moins, dans l'Ariodante qu'il avait mis en scène au TCE cette saison, Hemleb ne pouvait-il pas tuer entièrement les charmes de la musique. De la pièce de Molière, hélas, il ne reste cette fois rien.
On peut seulement espérer que ce spectacle malheureux, qui ennuiera des masses de scolaires au nom d'une vision sclérosée de la culture, est un résidu du mandat de Marcel Bozonnet plus qu'une affirmation de la part de la nouvelle administratrice Muriel Mayette...


Heuresement, ceux qui veulent croire que la Comédie-Française a encore un avenir pourront se consoler en regardant à la télévision le merveilleux Cyrano de Bergerac mis en scène par Denis Podalydès: un spectacle à l'esthétique certes classique, mais qui n'en est pas moins du vrai théâtre, intelligent et moderne. Bien sûr, il vaudrait encore mieux aller le voir en vrai, ce spectacle, et on ne peut qu'espérer qu'il sera repris la saison prochaine; en attendant, le voilà à la portée de tous...
Diffusion le 15 juin à
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