| Une certaine vision du théâtre... |
lundi 7 mars 2011
Un fil à la patte ou l'identité nationale au théâtre
samedi 17 juillet 2010
Culture de gauche, culture de droite
Eh bien, par exemple, s'amuser un peu sur les conceptions différentes de la culture entre gauche et droite. Voilà donc une série d'oppositions, que je vous laisse interpréter à votre guise (ce serait trop simple si je disais pourquoi), à prendre cum grano salis...
Comment ça, vous avez l'impression que les choses à gauche ont l'air plus sympathiques ?
Gauche | Droite |
Boulez | Dutilleux |
Mortier | Joel |
Prééminence de l’œuvre | Prééminence des interprètes |
Musique de chambre | Récitals de voix |
Schoenberg | Korngold |
Subventions | Mécénat |
Festival Musica de Strasbourg | Folles Journées de Nantes |
Baroque | Vérisme |
Ethnomusicologie | World music |
Programmation prescriptive | Programmation en fonction des goûts du public |
Cité de la Musique | Salle Gaveau |
Philharmonique de Berlin | Philharmonique de Vienne |
Quatuor Arditti | Quatuor Emerson |
Jossi Wieler | Christof Loy |
Le répertoire doit constamment être remis en cause | Le répertoire est le résultat d’un tri de l’Histoire, l’essentiel y est de toute façon |
Simon Rattle | Christian Thielemann |
Harmonie | Mélodie |
La réflexion sur le son, la facture instrumentale et l’agogique entamée par les « baroqueux » peut être intéressante pour tous les répertoires | Les baroqueux, c’est bon pour le baroque |
Parsifal mis en scène par Krzysztof Warlikowski | Tristan et Isolde mis en scène par Bill Viola et Peter Sellars |
Jonas Kaufmann | Rolando Villazon |
Anja Harteros | Anna Netrebko |
Opéra contemporain | Comédie musicale |
vendredi 27 mars 2009
Horváth - Recto|Verso
On ne sait comment Demarcy-Mota et son traducteur en sont venus à l’idée idiote de farcir la pièce d’autres scènes de fêtes entre « jeunes » (cela les préoccupe, visiblement, les « jeunes ») tirées de diverses œuvres de Horváth, diluant ainsi sans pitié l’histoire de Casimir et Caroline quand l’auteur avait su si remarquablement l’insérer dans son écrin. D’autant que l’interprétation de cette Oktoberfest (que les Allemands n’appellent jamais Fête de la bière) se résume à la mise en scène de sa vulgarité et de ceux qui la fréquentent, évacuant aussi vite que possible le plaisir qu’on y prend : là où Horváth décrit ses personnages en anthropologue amoureux, . Le spectacle est bruyant, jamais rythmé. Mauvais présage pour un « règne » dont on espère déjà qu’il ne sera pas aussi long que celui de son prédécesseur, long de plusieurs décennies : et confirmation qu’il faut à tout prix éviter de nommer des artistes à la tête des institutions culturelles.
Figaro divorce, à l’inverse, avait su montrer toute la puissance dramatique de l’auteur. Le metteur en scène, cette fois, n’était pas un jeune loup bien en cour, plutôt un vieux maître déjà un peu oublié, Jacques Lassalle, qui signait un spectacle bien plus jeune que celui de son jeune collègue (et ce pour un public qui, malgré les préjugés, n’était pas plus vieux que celui du Théâtre de la Ville). C’est un peu le ton actuel de la Comédie-Française*, une mélancolie diffuse et ici particulièrement poignante à l’image de la décadence du Comte (merveilleux Bruno Raffaelli), qui apprend à vivre avec la misère avec l’innocence d’un enfant qui découvre le monde, mais sans les illusions. Maîtrise absolue des silences, lumière, travail d'acteurs dépouillé et intense : on a vu, ces derniers temps, plus moderne salle Richelieu, mais quand le théâtre classique ne renonce pas à l'ambition formelle et parvient à une telle maîtrise de ses moyens expressifs, toutes les objections tombent d'elles-mêmes.
On pourra me dire que mon pessimisme sur l’état actuel du théâtre en France n’est que négativisme, que tout cela ne va pas si mal,et que d'ailleurs, le public... : au XVIIIe siècle, Voltaire était regardé comme le plus grand génie du théâtre de son temps, l'égal - sinon plus - des Racine et Corneille du siècle précédent. Il n'y a pas de théâtre en France aujourd'hui, seulement quelques spectacles réchappés du marasme : ce n'est, si j'ose dire, pas un drame, parce que d'autres arts sont en pleine floraison, et parce qu'il y a suffisamment de spectacles invités en provenance d'autres pays (on peut ainsi citer, outre des théâtres parisiens comme l'Odéon, le festival Passages à Nancy, consacré aux théâtres de l'Europe de l'Est, voire plus loin encore, prochaine édition au mois de mai).
* Cf. outre L’illusion comique récemment commentée ici le moins réussi Fortunio de Musset mis en scène par Denis Podalydès.
vendredi 6 mars 2009
Das wahre Tier, das wilde, schöne Tier
Les années Bozonnet (2001-2006) avaient profondément déprimé la troupe et les spectateurs ; Muriel Mayette, en peu de temps, a réussi à redonner de la vie, de l'audace, de l'envie à l'une comme aux autres. Ce qu'on y voit peut parfois surprendre les spectateurs habitués à la torpeur complaisante du théâtre français, ce qui - plus que la médiocrité autosatisfaite des années précédentes - assure à ses spectacles de mauvaises critiques : des spectacles comme La Mégère apprivoisée, mise en scène par Oskaras Korsunovas, ou plus récemment L'Illusion comique mis en scène par Galin Stoev ont suscité l'ire de la presse, mais ont largement mérité l'intérêt marqué par les spectateurs. Deux metteurs en scène étrangers, d'ailleurs : cette ouverture à l'extérieur, qui montre par contraste à quel point le théâtre français actuel est anémié, apporte bien plus qu'une modernité superficielle qui est le seul niveau de lecture que semblent comprendre les critiques institutionnels.
J'ai déjà parlé ici récemment de Fiona Shaw et de Dörte Lyssewski, qui ont montré récemment sur la scène de maisons d'opéra parisiennes ce qu'est le corps d'un acteur de théâtre : il est frappant de constater à quel point les deux metteurs en scène ont su, chacun à sa façon, transformer les acteurs de la troupe pour faire ressortir la réalité de leur talent parfois considérable. Julie Sicard, Loïc Corbery, et bien sûr l'étoile Podalydès en sont sortis transformés dans cette merveilleuse Illusion comique : les stances tragicomiques de Lyse (III, 6), dépouillées de tout ton de soubrette, en devenaient mélancoliques, burlesques, enivrantes, par le travail du texte, par le travail du corps.
Il faudrait citer d'autres spectacles pour obtenir un panorama complet de tout ce qui se passe d'intéressant dans la maison de Molière : le Cyrano désormais classique de Denis Podalydès y fait salle comble à chaque représentation, on a pu déguster la mélancolie du Figaro divorce de Horvath, texte indispensable (Jacques Lassalle), et si cela ne vous suffit pas, on pourra s'intéresser à L'ordinaire de et par Michel Vinaver (moins passionnant, mais digne d'un coup d'oeil) ou à un Mariage de Figaro (le type même des pièces classiques qu'on avait fini par oublier à force de vouloir faire place nette pour d'autres répertoires) bien fait à défaut de mieux par Christophe Rauck.

La salle principale de la Comédie-Française (Salle Richelieu)
Le corollaire de cette réussite, directement liée à la politique intelligente de l'administratrice en matière de répertoire et de mises en scène, c'est la qualité accrue de la troupe, avec des recrutements beaucoup plus heureux, moins opportunistes, qu'à l'époque précédente. Paris n'a qu'une troupe permanente salariée : quelle tristesse, quand on compare avec Munich ou Berlin ! Mais quelle bonne raison de tenir, envers et contre tout, à cette vieille maison à l'esprit si éveillé !
Titre: un vers du prologue d'Erdgeist de Frank Wedekind et donc de Lulu de Berg : par oppositions aux monstres bien élevés de la tragédie classique et du vieux théâtre, le fauve vrai, le fauve sauvage, beau.
lundi 4 juin 2007
Thalia bifrons

La formule de cet ennui exclusif est-elle perdue? Le Misanthrope que Lukas Hemleb vient de créer à la Salle Richelieu, le laisse croire. Car on s'y ennuie beaucoup, bien sûr, mais on ne peut plus dormir aussi tranquillement. A moins d'avoir une forte résistance à la bêtise, à la vulgarité et aux cris. Car Alceste, le crasseux Alceste, crie beaucoup: et malgré tout, Thierry Hancisse, un si bon acteur, n'en est pas moins d'une pâleur atterrante. Quelques acteurs ressortent un peu plus, dont Elsa Lepoivre (Eliante). Mais qu'est-ce qu'une mise en scène sans idée sur la pièce, contre laquelle les acteurs doivent se battre pour exister ne serait-ce qu'un peu?
L'esthétique générale est plutôt classique, pas de frayeur: mais on n'échappe pas à une caractérisation caricaturale, digne de TF1, des petits marquis. Au moins, dans l'Ariodante qu'il avait mis en scène au TCE cette saison, Hemleb ne pouvait-il pas tuer entièrement les charmes de la musique. De la pièce de Molière, hélas, il ne reste cette fois rien.
On peut seulement espérer que ce spectacle malheureux, qui ennuiera des masses de scolaires au nom d'une vision sclérosée de la culture, est un résidu du mandat de Marcel Bozonnet plus qu'une affirmation de la part de la nouvelle administratrice Muriel Mayette...
Heuresement, ceux qui veulent croire que la Comédie-Française a encore un avenir pourront se consoler en regardant à la télévision le merveilleux Cyrano de Bergerac mis en scène par Denis Podalydès: un spectacle à l'esthétique certes classique, mais qui n'en est pas moins du vrai théâtre, intelligent et moderne. Bien sûr, il vaudrait encore mieux aller le voir en vrai, ce spectacle, et on ne peut qu'espérer qu'il sera repris la saison prochaine; en attendant, le voilà à la portée de tous...
Diffusion le 15 juin à