mardi 3 janvier 2012
Golgota Picnic, bon appétit
dimanche 11 septembre 2011
Le public ? Ah non, ces gens-là sentent trop mauvais
| Hommage à Gerard Mortier (c'est le titre) |
lundi 22 août 2011
Salzbourg 2011 - les concerts (1)
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| Prometeo à la Kollegienkirche : Mais que vois-je ? Du public ! (photo Silvia Lelli) |
mardi 26 juillet 2011
Provinces
lundi 4 juillet 2011
Les chemins de la modernité (3) - Gurre-Lieder, le triomphe de Schoenberg
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| Le grand méchant loup est devenu fréquentable : Schoenberg idole des foules ? (portrait par Richard Gerstl) |
lundi 1 février 2010
La Cenerentola sur le trottoir
Je n'y allais pas à l'aveugle, certes, et j'avais un souvenir certes pas enthousiaste, mais du moins satisfaisant de cette production d'un de mes opéras préférés, étrange parabole moderne où la mécanique rossinienne trouve des résonnances d'une rare humanité. Et puis la distribution était plus que prometteuse (et les promesses, à vrai dire, sont largement tenues, mais il y a des cas où ça ne suffit pas).
C'est sans doute en punition du message précédent de ce blog, en honneur du Regietheater, que le Ciel m'a inspiré l'idée inconsciente de retourner voir ce spectacle (le Ciel est comme ça : c'est toujours avec ce qu'on aime le plus qu'Il nous fait le plus souffrir). J'ai d'abord retrouvé avec plaisir le décor initial, ce bar délicatement décati, étriqué et sans charme ; mais très vite, la vulgarité de la mise en scène, cette pente glissante du gag premier degré, l'emporte sans partage.
Brecht écrit dans son Journal de travail (lecture passionnante) qu'on est forcément influencé, en bien ou en mal, par les réactions du public autour de soi quand on est au spectacle (il le dit mieux, évidemment). Peut-être en effet les réactions du public du TCE ont-elles fortement accru mon agacement, tant le moindre geste semblait déclencher l'hilarité bruyante d'une bonne partie de la salle. C'est un fait étonnant mais pas vraiment nouveau : rien ne met en joie les élites (financières) de la nation autant que le pipi-caca et les portes qui claquent.

La production s'est-elle dégradée, peut-être du fait d'un sous-assistant ayant fait du zèle ? Ou est-ce notre regard, affiné par quelques années de fréquentation addictive de productions plus consistantes théâtralement, qui a changé ? Je ne sais. Toujours est-il qu'à force d'entendre réagir le public comme à une pièce de boulevard, je me suis aperçu qu'au fond, c'était bien ça : le décor du palais du prince, au fond, c'est un parfait décor, cheap et théâtralement nul, de théâtre de boulevard. On est dans le privé, Avenue Montaigne : on applique donc les recettes du théâtre privé en montant un parfait boulevard qui, s'il ne s'embarrassait inutilement de la musique de Rossini (encore un étranger), passerait fort bien en prime time sur TF1.
Tout cela m'inspire deux conclusions : d'une part, qu'il est vraiment temps que Dominique Meyer, le patron de la maison, aille conquérir le cœur des Viennois*, parce que sa programmation lyrique touche le fond avec une certaine constance (on se souvient, en début de saison, du consternant spectacle Weill mis en scène par la Jean Sarkozy du monde lyrique, Mlle Juliette Deschamps) ; d'autre part, que décidément rien ne vaut une bonne rasade de Regietheater. Revenons à nos moutons...
EDIT : J'ai oublié de mentionner la prestation calamiteuse de l'orchestre et de son chef : sous la baguette d'Evelino Pidò lors des séries précédentes, ce n'était déjà pas fameux, mais on a eu ici un festival de timbres aigres, de mollesse rythmique, de cors qui déraillent...
Irina Brook, mise en scène
Noëlle Ginefri, décors
Sylvie Martin-Hyszka, costumes
Cécile Bon, chorégraphie
Antonino Siragusa, Don Ramiro
Stéphane Degout, Dandini
Pietro Spagnoli, Don Magnifico
Carla Di Censo, Clorinda
Nidia Palacios, Tisbe
Vivica Genaux, Angelina
Ildebrando D'Arcangelo, Alidoro
Choeur du Théâtre des Champs-Élysées
* Pour ceux qui l'ignorent ou se moquent de ces détails, M. Meyer a été à la surprise générale choisi pour présider aux destinées de l'Opéra de Vienne à partir de 2010.
vendredi 17 avril 2009
Il n'est pas sûr que la sagesse/ Suive toujours les cheveux gris (bis)

Et voilà que Le Monde, cet étrange hybride de journal de référence et de presse de caniveau, livre aujoud'hui ce scoop effrayant : "51,3 % : la proportion de jeunes qui ne s'intéressent ni au musée, ni au théâtre, ni à l'opéra". C'est à peine plus qu'une dépêche de presse, même s'il s'est trouvé un journaliste (Florence Evin) pour signer ce laborieux, mais heureusement bref amas de chiffres, avec l'apparente objectivité de qui ne fait que rapporter des faits. La réflexion ne fait apparemment plus partie du métier de journaliste.
Ces chiffres, vraiment, sont miraculeux : même s'ils n'ont aucune valeur, ils laisseraient entendre que 48,7 % des jeunes pourraient être intéressés par les musées, le théâtre ou l'opéra. Miracle, vraiment : quel dommage qu'on n'ait pas parallèlement interrogé aussi les adultes : se serait-il vraiment trouvé bien moins de 51,3 % d'entre eux pour refuser ces loisirs d'élite ?
Et puis, les jeunes ont au moins un avantage par rapport aux vieux cons pour qui ce genre d'articles dégradants est écrit : ils ont encore largement le temps de découvrir.
Photo : on appelle ça de la culture : le mauvais goût bourgeois incarné dans une statue du Palais Garnier.
vendredi 10 octobre 2008
Aphorisme
Un message plus long à venir dimanche soir ou lundi matin...
vendredi 14 décembre 2007
Spectateur (2) : E voi non applaudite ?
Ne faisant pas mon deuil (pour emprunter une expression à la mode) de l’« ancien » Châtelet foyer de création et d’art vivant, j'ai dépensé de mauvaise grâce 10 euros pour aller voir l'une des 50 représentations de la production allemande de West Side Story accueillie par M. Choplin (qui a le front de faire passer cette tournée commerciale multidiffusée comme une production propre, mais passons).
Ce qui m'a frappé, plus qu'une production d'assez bonne routine, c'est l'attitude du public face à ce spectacle dont le principal mérite était sans doute à ses yeux de ne lui présenter que ce qu'il connaissait déjà. Je ne suis pas un habitué de ce genre de spectacle, et la manière entièrement mécanique avec lequel le public applaudissait systématiquement à chaque noir m’a particulièrement frappé. Ces applaudissements intenses ne variaient que très peu dans leur intensité, qu’ils concluent une simple scène de transition ou accueillent la fin d’un des tubes de la partition de Bernstein ; on sentait là un public entraîné, obéissant, plein de bonne volonté ; on ne sentait pas là la spontanéité, l’émotion, la sensibilité individuelle.
Je ne m’illusionne pas, bien sûr, sur la qualité des applaudissements qui ponctuent les concerts classiques : j’ai trop souvent observé à quel point les conclusions fortissimo appelaient des applaudissements de même intensité, à quel point un mauvais chanteur est souvent aussi ovationné qu’un bon, pour croire sans restriction à la valeur supérieure des applaudissements du public de la musique classique ; les fans d’opéra et d’Hélène Grimaud n’agissent pas ici plus intelligemment que les fans enamourés de telle starlette de téléréalité. Et tant de braves gens pour applaudir frénétiquement au moindre silence, pour retomber dans ses bavardages, ses toux, ses explorations de sac à main sitôt la musique reprise.
Il y a pourtant, parfois, souvent, dans le monde classique, des moments où les applaudissements ont un sens. Un de mes plus beaux souvenirs d’opéra est une représentation du Retour d’Ulysse de Monteverdi à Munich : l’entracte était placé après la scène émouvante des retrouvailles entre Ulysse et Télémaque. Le public ce jour-là a applaudi pendant plusieurs minutes une fois le rideau tombé, alors qu’il ne se passait rien sur scène, alors que personne n’est revenu saluer, simplement sous le coup d’une émotion collective. Beau, très beau moment.
Il faudrait dire au public que rien ne l’oblige à applaudir. Le pianiste Vladimir Horowitz, à qui on demandait ce qu’il attendait du public, répondait : « Le silence. – Les applaudissements ? – Non, le silence. On applaudit aussi les boxeurs. » Je me souviens avoir été presque incapable d'applaudir, tétanisé, lorsque Claudio Abbado est venu diriger la 9e symphonie de Schubert à la Cité de la Musique.
lundi 3 septembre 2007
Aphorisme
Et il est possible qu'elle ait raison.
mercredi 15 août 2007
Indifférence
Il y a une polémique éternelle dans le monde de l'opéra: faut-il, peut-on, doit-on, ne doit-on pas huer? Je veux dire par là huer les chanteurs, car les metteurs en scène, eux, cela ne fait pas le moindre doute qu'on peut se déchaîner à coeur joie, parce qu'il paraît que les chanteurs, eux, sont de petits êtres sensibles alors qu'il paraît que les metteurs en scène, eux, non. J'ai dit: il paraît.
Je parlerai peut-être un jour plus en détail de cette polémique, et du fait que les huées que j'ai entendues ne tombent pas toujours sur les bonnes personnes (comment le public munichois peut-il en un même mois faire une ovation à Mme Gruberova qui ne respecte ni le texte, ni les hauteurs, ni le rythme, et huer Camilla Nylund qui chante une Eva [Wagner, Les Maîtres Chanteurs] certes un peu terne, mais musicalement juste et professionnelle?).
Mais il me semble que les huées ne sont qu'un faux problème par rapport à un autre problème beaucoup plus important - et qui, pour le coup, concerne toute la sphère de la musique classique, voire l'ensemble du spectacle vivant. Je veux parler de l'indifférence. Bien sûr, le public ne manque pas dans les concerts classiques, et encore moins à l'opéra: cela fait maintenant plusieurs décennies qu'on gère la pénurie de places plus que la pénurie de spectateurs. Donc tout va bien? Non, tout ne va pas bien. Je suis lassé de voir tant d'applaudissements automatiques, qui sont sans doute en partie sincères, mais trop souvent de l'ordre du réflexe pavlovien. L'oeuvre est finie: j'applaudis. Et quand l'oeuvre finit en force, j'applaudis encore plus fort. J'entends un air connu: j'applaudis.
Il y a là certainement une imprégnation en provenance directe des publics serviles de la télévision, qui n'ont pas honte de venir faire la claque aux yeux de tous - et sans se faire payer, les naïfs... Mais c'est une explication, pas une justification valable. Il n'y a pas d'art là où il n'y a pas d'exigence, et là où il y a consommation passive il y a souvent absence d'exigence. Où est l'exigence quand on applaudit autant un bon pianiste qu'un mauvais? Cette indifférence, pourrait-on dire, est regrettable, mais qu'ai-je à m'en plaindre, si de mon côté, égoïstement calé dans mon fauteuil, je goûte mon petit plaisir individuel? C'est que cette indifférence mine toute l'"industrie" de la musique classique, en la livrant pieds et poings liés aux as du marketing.
On va me dire que je défends une conception élitiste de la musique et de la culture en général. Soit. Peut-être. Bon. Mais à une condition: que l'élite dont il s'agit ne soit pas une élite sociale, mais une élite culturelle. Parce que l'indifférence dont je parle est une maladie, et que cette maladie est particulièrement répandue dans le public actuel de la musique classique, qui est en étroite coïncidence avec les élites sociales.
C'est bien à tort que la musique classique est associée à un certain conformisme. Ce qui y est dit et exprimé est incroyablement plus divers, plus audacieux, plus vivant que les chanteurs du jour (j'ai entendu un jour une chanson d'Emilie Simon, l'une de ces chanteuses labellisées Telerama et idolâtrées par les intellos dans le vent. Si les intellos aiment ça, on est mal partis. Il y a Vincent Delerm, aussi, pour changer). C'est une musique qui exige la patience, l'écoute, la capacité à se taire, le sens de la longue durée - une musique contre le zapping. Une musique aussi où il faut savoir accepter l'ennui: on ne va pas à un concert classique pour visiter une icône comme tant de concerts pop, et on ne sait jamais si le concert sera intéressant: là où il n'y a pas de risque, il n'y a pas de vie.
L'indifférence d'une partie des publics de la musique classique est une réaction contre ce risque, une manière de se rassurer en s'applaudissant soi-même d'être venu. J'allais écrire que c'était un danger mortel pour le spectacle vivant, mais c'est parfaitement idiot : le public n'est pas près de disparaître, malgré les éternelles fausses Cassandres, d'abord parce que cette musique est au coeur de notre civilisation (mortelle certes, mais pas encore mourante, je crois), ensuite parce que les conformistes, mais aussi les passionnés ne cesseront pas d'exister...
jeudi 19 juillet 2007
Spectateur (1)
Le mauvais spectateur entre alors en s'excusant bruyamment, s'agite pour montrer qu'il est paniqué par ce retard et met un quart d'heure à retrouver sa respiration. Le bon spectateur arrivant malgré tout en retard attend une interruption, enlève son manteau avant de pénétrer dans la salle et se place sur le fauteuil le plus proche.
Le mauvais spectateur applaudit consciencieusement le chef d'orchestre, puis tripote frénétiquement son programme pour tenter de savoir ce qu'il fait là, avant de se rendre compte qu'il lui faut ses lunettes perdues au fond de son sac. Le bon spectateur préfère ne pas applaudir avant plutôt que de devoir faire du bruit pendant, arrive en sachant déjà ce qu'il va entendre et, s'il est myope (on ne peut en exclure la possibilité), acceptera de voir le concert dans le flou plutôt que de faire du bruit en cherchant ses lunettes.
Le mauvais spectateur demandera, innocent, "ça vous dérange? Ah bon?" au quidam se plaignant desdits bruits. Le bon spectateur ne dira rien, fera tout son possible pour arrêter le bruit et, si le quidam s'avère avoir tort, ne prendra même pas la peine de le lui faire remarquer.
En été, le mauvais spectateur s'évente avec tout ce qui lui tombe sous la main. Le bon spectateur, lui, préfère s'habiller en rapport avec la saison.
Le mauvais spectateur aime surtout ce qu'il connaît déjà. Le bon spectateur aime aller à l'aventure et découvrir ce qu'il ne connaît pas.
Le mauvais spectateur aime tellement la musique qu'il agite les mains, voire tout le haut du corps, pour marquer le rythme. Le bon spectateur, lui, a constaté qu'il y avait déjà un chef sur l'estrade et qu'il n'avait donc pas besoin de se donner en ridicule.
Le mauvais spectateur, qui est une spectatrice, a mauvais goût en matière de bijoux et trimballe donc une quincaillerie malsonnante de bracelets. Le bon spectateur, qui est une spectatrice, laisse ses avertisseurs sonores au vestiaire.
Le mauvais spectateur, qui est néanmoins consciencieux, lit avec grand soin le programme pendant le concert, quitte à en tourner les pages avec un bruit à la hauteur de sa bonne conscience. Le bon spectateur préfère écouter la musique ou regarder la danse plutôt que de lire ce que des plumitifs en ont écrit.

