lundi 18 janvier 2010

Luc Bondy, la tête et les jambes

Luc Bondy : un des noms les plus importants du théâtre de ces trente dernières années, à la fois en France et en pays germanique, au théâtre comme à l'opéra. Dans une interview récente au journal allemand Die Zeit, il revient sur un thème qu'il a déjà développé souvent, celui de l'état désolant (pour lui) du théâtre allemand. Ce n'est pas un thème nouveau, et il n'est pas le seul à broder sur ce sujet (on pense récemment à une interview du directeur du Berliner Ensemble Claus Peymann, lui aussi multirécidiviste, ou au scandale orchestré à Salzbourg cet été par le jeune romancier Daniel Kehlmann, qui s'est présenté en ennemi juré du Regietheater - whatever that means). Je traduis donc le passage en question de cette interview fleuve, comme aucun journal français n'oserait en publier sur un sujet aussi peu vendeur que le théâtre:


Je trouve que le théâtre allemand est, à quelques exceptions près, dans un vide terrible. Je vois partout une situation désespérée. Je ne vois nulle part une force qui m'intéresse. J'aurais bien du mal à dire dans quel théâtre allemand j'aimerais travailler. Il y a un groupe de gens de théâtre à Hambourg, Berlin et Francfort qui décident du mainstream. Ce que je vois : beaucoup de conservatisme, de normes, peu d'imagination. Bien sûr, je viens d'une autre époque. Pour moi, ce qui a toujours été important, c'est de laisser se produire des choses sur la scène, sans un concept prédéfini. Maintenant, je le sens partout, ce concept prédéterminé. Je trouve qu'on utilise ainsi la tête d'une mauvaise façon, il ne reste plus à la tête que de quoi dire : "Ah, intéressant". Intéressant, c'est un mot que je déteste. Tout le contraire de ce que j'aime au théâtre.

http://www.zeit.de/2010/01/Bondy-01?page=all (je ne garantis pas la pérennité du lien)

Ne soyons pas hypocrites : Luc Bondy lui-même parle de la question des générations, et on ne peut s'empêcher de penser que cela joue beaucoup dans son appréciation négative de la situation du théâtre en Allemagne. Daniel Kehlmann avait abondamment parlé dans son texte de ces étrangers qui sont effarés quand ils voient ce qui se fait dans les théâtres d'Allemagne : je me trouve dans une situation inverse, puisque le théâtre allemand (abondamment programmé à Paris, et que je vais voir également en pays germanique) me passionne et m'aide à supporter la médiocrité de la scène théâtrale de mon pays.
Luc Bondy, ici, ne parle que de la mise en scène, pas du paysage théâtral ni de l'importance sociale du théâtre, qui reste presque inentamée en Allemagne (on peut certes se moquer de ces publics très bourgeois des théâtres municipaux, mais leurs équivalents français ont L'Équipe pour seule lecture). Suivons-le donc sur ce terrain.

Munich/München, Staatstheater am Gärtnerplatz

Bondy fait tout d'abord un constat, celui d'une standardisation des spectacles de théâtre dans le monde germanique, qu'il attribue à l'influence perverse d'un petit nombre de metteurs en scène occupant des positions de pouvoir (on se demande pourquoi Munich est épargnée, alors que les Kammerspiele en particulier ont été un des fers de lance du théâtre d'avant-garde ces dix dernières années). Cette standardisation est sans doute exagérée ici, par la myopie commune aux artistes qui contemplent ce que font - mal - leurs collègues ; mais il y a certainement une part de réalité, dans le sens où spectateurs comme metteurs en scène courent d'un point à l'autre du monde germanique, sans parler des festivals qui réunissent régulièrement tout ce petit monde, ou des DVD de théâtre qui se multiplient (et ce n'est pas un mal).
Mais est-ce vraiment pire que la situation antérieure où chacun restait chez soi, où ce que voyait le spectateur était déterminé uniquement par les goûts de celui qui se trouvait être à la tête du théâtre de sa ville, était tellement préférable ? Bien sûr, on peut voir les grands metteurs en scène un peu dans toutes les villes, Thomas Ostermeier, en poste à Berlin, travaille aussi à Munich quand ce n'est pas à Paris... Et alors ? Les Berlinois peuvent aller voir ses productions à la Schaubühne, mais ils ont aussi le choix de l'avant-garde parfois un peu démagogique au Gorki, tandis que M. Peymann déjà cité cultive soigneusement le théâtre de grand-papa : tout cela ne se confond qu'à condition d'avoir reçu du Ciel le don d'une forte myopie.

La partie la plus intéressante du texte, c'est celle où Bondy parle réellement de mise en scène. En son temps, dit-il, on laissait venir les choses telles qu'elles se produisaient sur le plateau, aujourd'hui on se fie à un concept de départ. Bien sûr l'opposition est trop tranchée : les metteurs en scène d'aujourd'hui ne sont pas toujours dénués de l'instinct de la scène, et ses contemporains n'ont pas toujours été exempts de quelques verrous idéologiques. Cette théorie de la spontanéité, de la découverte sur le plateau même de réalités insoupçonnées, elle venait elle-même en réaction à un théâtre très directif, où chaque acteur savait au geste près, à l'intonation près ce qu'il devait faire. Ingmar Bergman raconte dans ses mémoires comment, jeune assistant, il avait été révolté par la méthode de répétition d'un metteur en scène chenu travaillant une scène où la bonne compagnie prenait le thé : indiquant le nombre de tours que l'acteur devait faire avec sa petite cuillère dans sa tasse, à quel moment il devait échanger un regard avec qui, etc. Tout cela pour se rendre compte, après cette fastidieuse préparation, que la scène prenait alors une force, une vie qu'il n'aurait jamais soupçonné.

Il n'y a pas de méthode en matière de théâtre. Pas de règle absolue : seul compte le résultat obtenu. Il y a de la vie sur les scènes allemandes d'aujourd'hui, plus que sur celles de Paris et de ses annexes*. Mais on rejoindra Luc Bondy au moins sur un point : le théâtre, ce n'est pas fait pour être intéressant. Halte aux brouets tiédasses : le théâtre, ça brûle !


*Formulation provocante, certes, mais c'est fait exprès : le système français en matière de théâtre, avec ces centres dramatiques nationaux répartis dans tout le pays et centrés autour d'un artiste, est une fausse décentralisation : chaque centre est destiné à promouvoir le travail de l'artiste concerné, ce qui passe essentiellement par la diffusion, c'est à dire la vente de ces spectacles soit à d'autres CDN, soit aux théâtres publics parisiens, soit encore - consécration - à Avignon. Le public local ? Il peut s'estimer heureux qu'on lui ouvre les portes trois fois l'an.

Photo : Munich, Staatstheater am Gärtnerplatz (le second opéra de la ville)


Pour compléter ce message, on peut d'une part aller voir Chloé Réjon jouer Nora dans Une maison de poupée mise en scène par Stéphane Braunschweig à la Colline sur Arte live web, d'autre part constater de ce que la production d'Idoménée de Mozart reprise ce mercredi à l'Opéra Garnier suscite un intérêt aussi voisin de zéro : on ne peut qu'être ravi de voir que le calcul stupide de Nicolas Joel, fondé sur la présence de stars (en l'occurrence les inévitables Netrebko/Villazon) ait aussi pitoyablement échoué avec l'annulation très précoce des deux stars susdites...

jeudi 14 janvier 2010

L'héritage Noureev à l'Opéra (6) - Nicolas Le Riche et les autres

Suite au message précédent relatif aux dames du Ballet de l'Opéra de Paris, je continue avec ces messieurs, avec les mêmes précautions d'usage que précédemment (notamment le fait que ceci représente ni plus ni moins que l'opinion d'un spectateur passionné ne connaissant personnellement aucun membre du corps de ballet). La tâche est à vrai dire moins plaisante pour les messieurs que pour les dames, tant le manque de personnalités marquantes devient un problème crucial, aussi bien comme forces créatrices dans le domaine contemporain que comme forces physiques pour porter ces dames dans le ballet classique.

Bélingard, Jérémie
Étoile
Le rôle : ?????
Commentaire : Jérémie Bélingard est l'une des étoiles les plus problématiques de l'actuel Ballet de l'Opéra. On a cru comprendre que c'est principalement pour ses mérites dans le domaine du contemporain qu'il a reçu cette distinction (même s'il le fut sur un rôle classique) : ce serait une bonne raison si on avait pu constater ces mérites. Ce qui est censément contemporain chez ce danseur renvoie en réalité à une caricature de la danse contemporaine : pour être un bon danseur contemporain, il faudrait être un peu brut de décoffrage, en quelque sorte. On ne peut refuser à sa danse ce caractère entier, mais je suis loin d'en faire une qualité, tant lui manque le rayonnement de l'interprète-créateur, cette vibration interne par lesquels les grands danseurs de la création d'aujourd'hui savent captiver leur public avant même le premier geste. Et bien sûr, cette non-qualité en contemporain ne se transcende pas en qualité pour le classique, qu'il a du reste au moins l'intelligence d'aborder le moins possible.

Bridard, Yann
Premier danseur
Le rôle : Orphée (Pina Bausch)
Commentaire : Homme à tout faire du ballet de l'Opéra avec Karl Paquette, Yann Bridard a connu des passages à vide, notamment pour cause de blessures, ces dernières années. Ce pilier de la troupe, polyvalent, doté d'une réelle présence en scène, a toutes les qualités du premier danseur brillant qu'il a été : il ne faudrait qu'un peu de condition physique et de confiance de la part de la direction pour qu'il ait l'occasion de le redevenir.

Bullion, Stéphane
Premier danseur
Le rôle : Morel (Proust/Roland Petit)
Commentaire : Stéphane Bullion est un bon danseur, certes ; pas de ceux dont la promotion comme premier danseur était apparue comme inéluctable, sans surprendre vraiment. Il fait nombre parmi les bons danseurs capables d'assurer, sans étincelles, un premier rôle, mais qui a plus sa place comme danseur de seconds rôles que comme étoile sous les feux de la rampe. Après tout, c'est bien ce qu'on appelle un premier danseur.

Carbone, Alessio
Premier danseur
Le rôle : Basile (Don Quichotte) - à venir, qui sait ?
Commentaire : Alessio Carbone est l'un des quelques danseurs de premier plan entrés dans le ballet de l'Opéra en provenance de l'étranger, en étant peu ou pas du tout passés par l'école de danse de l'Opéra. Son intégration réussie montre bien qu'il est possible de s'ouvrir à d'autres écoles sans perdre ni style ni personnalité, si tant est que l'Opéra en a encore vraiment. Vif et efficace, Carbone tranche parfois avec le style alangui et précieux de certains de ses collègues : il aurait bien tort de vouloir leur ressembler, même s'il serait alors mieux distribué.

Chaillet, Vincent
Premier danseur
Le rôle : Le meunier (Le Tricorne)
Commentaire : Le choix du rôle, pour une fois, n'est pas difficile : c'est auréolé de sa toute récente promotion que Vincent Chaillet a pu danser - une seule fois - ce beau rôle, et il l'a fait avec beaucoup de brio. Une sorte de brio sec, bien en phase avec l'Espagne pour rire du ballet de Massine. On attend la suite.

Duquenne, Christophe
Premier danseur
Le rôle :le prince (Casse-Noisette)
Commentaire : Promu premier danseur à 35 ans, Christophe Duquenne a bénéficié de sa grande régularité dans le classique à un moment où le départ de la génération Noureev (les inoubliables Hilaire, Romoli, Belarbi...) laissaient un grand vide au sein de la troupe. Cette promotion était certainement méritée,et des prestations très correctes dans Casse-Noisette et dans maint second rôle dressent de lui le portrait d'un danseur solide, partenaire fiable (ce qui est fort rare désormais), chez qui le style ne s'accompagne pas d'alanguissement.

Ganio, Matthieu
Étoile
Le rôle : Franz (Coppélia)
Commentaire : Bénéficiant d'une carrière fulgurante, ce danseur résolument classique a sans doute pâti d'une nomination trop précoce. Encore sujet, il a été nommé en 2004 dans la perspective de l'enregistrement à venir de La Sylphide : l'étoile prévue s'étant blessé(e), Hugues Gall, souhaitant en outre faire un cadeau empoisonné à son successeur, a nommé ce danseur évidemment très prometteur pour que le DVD porte tout de même le nom d'une étoile. Depuis, entre ses blessures, Matthieu Ganio mène une carrière en dents de scie, où il convainc de préférence dans des ballets où la personnalité n'est pas le critère principal. La conquête de la maturité est une course d'endurance...

Heymann, Mathias
Étoile
Le rôle : soliste du Pas de trois (Paquita)
Commentaire : Nommé danseur étoile à 22 ans, aux côtés d'une danseuse de 15 ans son aînée, Mathias Heymann est devenu un des chouchous du public parisien pratiquement dès le début de sa carrière. En tout cas de la partie du public pour qui le spectaculaire est l'essentiel de la danse. Inutilisable, pour autant qu'on sache, dans le domaine contemporain, il n'a guère dansé de grands rôles classiques : on voit bien ce que sa virtuosité peut proposer d'excitant dans les pas de deux virtuoses, mais aussi bien physiquement (dans un ballet classique, il y a bien un moment où il faut porter sa partenaire...) qu'intellectuellement et dramatiquement, la masse critique ne semble pas là. Il a, certainement, le temps devant lui : il a le temps, donc, de se construire comme grand danseur ; s'il ne le fait pas, ce temps-là risque d'être bien long.

Hoffalt, Josua
Premier danseur
Le rôle : le prochain, qui sait ?
Commentaire : On ne peut pas tout connaître : espérons que la promotion de ce premier danseur tout frais nous permettra de le voir suffisamment pour lui donner l'occasion de faire connaître ses qualités...

Le Riche, Nicolas
Étoile
Le rôle : Le jeune homme et la mort (Petit)
Commentaire : Nicolas Le Riche, c'est l'inverse de Mathias Heymann (malédiction de l'ordre alphabétique une fois encore) : une carrière au plus au niveau depuis deux décennies, un talent aussi éclatant dans le classique que dans le contemporain ; curieux, intelligent, audacieux, il est sans doute le danseur le plus populaire dans le public de l'Opéra, grâce à son incroyable grâce féline. Osera-t-on émettre malgré tout une petite réserve ? Ces dernières années, je l'ai souvent trouvé un peu absent, peu concerné, et ce aussi bien dans le classique que dans le contemporain. Ce n'est même pas un manque de travail, ni de technique, simplement une pâleur qu'on espère passagère.
Il s'est aussi essayé à la chorégraphie : son Caligula pour ses collègues de l'Opéra n'a pas été très bien accueilli, à mon avis à tort : ce cauchemar ouaté d'un dément qui se trouve être empereur n'est pas de ces ballets divertissants à digestion immédiate (non, je n'ai pas encore vu la Blanche-Neige de Preljocaj), mais il laisse des traces profondes dans ma mémoire.

Martinez, José
Étoile
Le rôle : Siegfried (Le Lac des Cygnes)
Commentaire : Passons sur l'échec artistique de sa grande et très attendue création sur les Enfants du Paradis : José Martinez est sans doute aujourd'hui - après les retraites de Manuel Legris, Laurent Hilaire ou Jean-Guillaume Bart - l'étoile classique par excellence dans cette compagnie. Certes, la concurrence n'est pas trop rude face aux étoiles plus récentes, manquant de la plus élémentaire vigueur physique, mais José Martinez n'est pas un roi par défaut : avec les années, il a appris à s'emparer de ses personnages, à ne faire de la virtuosité qu'un moyen expressif, moins important en cela même que le style. Côté contemporain, on ne peut parler d'un investissement particulièrement poussé (sans doute a-t-on trop besoin de lui en classique), mais ses incursions sont souvent convaincantes, parfois bouleversantes, comme cette scène de la télévision dans Appartement de Mats Ek (DVD indispensable) créée pour lui.

Moreau, Hervé
Étoile
Le rôle : Tchaikovski-Pas de Deux (Balanchine)
Commentaire : Nommé étoile en 2006, Hervé Moreau reste encore aujourd'hui une étoile fantôme, tant il a souvent été blessé - et quand il ne l'était pas, c'était notamment pour deux ballets dispensables, le raté Roméo et Juliette de Sasha Waltz et l'épouvantable Proust de Roland Petit. Je l'avais découvert lors d'un magnifique Tchaikovski-Pas de Deux (Balanchine) avec Aurélie Dupont, qui laissait espérer beaucoup de ses talents classiques. On en est toujours là.

Paquette, Karl
Étoile
Le rôle : le prince (Casse-Noisette)
Commentaire : Qui l'eût cru ? Après avoir dansé à l'Opéra tout ce qu'il est possible de danser, des mini-rôles aux rôles d'étoile, après avoir servi de remplaçant à tout ce qui traînait la patte à l'Opéra, voilà que Karl Paquette a été récompensé de ses efforts le 31 décembre 2009. Finis pour lui les seconds rôles : le voilà étoile, et même si on n'y croyait guère, on ne peut que se réjouir de voir un danseur sain, élégant, vivant sur scène ainsi récompensés. Partenaire à toute épreuve (hors Mélanie Hurel), il n'est sans doute pas le danseur le plus brillant de sa génération (pas de Carlos Acosta à l'Opéra), plutôt le digne représentant d'une école au riche passé. Il en est le produit, mais plus que cela : il lui fait honneur.

Pech, Benjamin
Étoile
Le rôle : Frédéri (L'Arlésienne, Roland Petit)
Commentaire : Autre étoile relativement récente, Benjamin Pech partage beaucoup avec son collègue Hervé Moreau, même s'il est moins souvent blessé. Des interprétations élégantes, soignées, parfois engagées, avec une technique suffisante et une présence convenable dans le domaine contemporain : tout cela est très utile pour une troupe comme le ballet de l'Opéra. S'il n'y avait pas une telle pénurie de personnalités de premier plan chez ces messieurs, il serait un premier danseur très apprécié ; dans la situation actuelle, il est une étoile dans la bonne moyenne.

Phavorin, Stéphane
Premier danseur
Le rôle : Le meunier (Le tricorne)
Commentaire : Difficile de parler de ce danseur très inégal : l'idée de lui confier des premiers rôles classiques n'est sans doute pas la meilleure possible (on se souvient d'un Casse-Noisette cauchemardesque avec Mélanie Hurel), mais il ne manque certainement pas de personnalité. Le problème est sans doute que, même en danse contemporaine, un peu de technique ne peut pas nuire pour aider à mettre en forme cette personnalité...

Thibault, Emmanuel
Premier danseur
Le rôle : L'oiseau bleu (La Belle au bois dormant)
Commentaire : Emmanuel Thibault est fait pour danser les pas de deux (ou de trois) du répertoire classique, ce qu'il a souvent fait. Inutile ou presque de souligner ses qualités de saltation, comme ses limites dès qu'il s'agit de partenariat : techniquement brillant, doté d'un style classique impeccable en tout cas en solo, Emmanuel Thibault est à sa place en tant que premier danseur, son manque de personnalité et de présence en scène étant (espérons-le) rédhibitoire pour une nomination en tant qu'étoile. Dans le champ limité qui est le sien, il n'a cela dit guère de rival.

lundi 11 janvier 2010

En bref

D'abord, je continue dans la publicité gratuite :
 Ce week-end dans la meilleure salle de concert parisienne, se tient la 4e Biennale du Quatuor à cordes avec quelques-uns des meilleurs représentants du genre, les Mosaïques, Hagen (notamment pour une oeuvre de Kurtág), ce qui reste des Borodine, sans oublier le merveilleux Quatuor Arditti (oui, il y a aussi les Pražák. Non, je ne citerai pas les Pražák). Pour une fois qu'il y a de la musique de chambre à Paris...

Cité de la Musique

Ensuite, j'ai fini par aller voir Rosmersholm et Une maison de poupée mis en scène par Stéphane Braunschweig au théâtre de la Colline (le diptyque sera prochainement visible sur Arte Live Web). Ce qui est intéressant, c'est que la plupart des critiques semblent préférer Rosmerholm, un spectacle d'un ennui redoutable, avec des caricatures d'acteurs français capables seulement de déclamer leur texte en prenant la pose, raides comme des piquets (épouvantable Claude Duparfait, monocorde Maud Le Grévellec), pour snober la seconde pièce. Nora était jouée par Chloé Réjon : voilà ce que c'est qu'une actrice, quelqu'un qui joue avec son corps tout entier, d'une façon qui dépasse largement le naturalisme. Je ne comprendrai jamais les critiques français.

Enfin, il y avait l'Ensemble intercontemporain au Palais Garnier : beau programme de musique de chambre du XXe siècle, clos en apothéose par Le marteau sans maître de Boulez, avec deux étoiles en majesté, la chanteuse Hilary Summers (choisie pour cette pièce par Boulez lui-même qui l'y a souvent dirigée) et la flûtiste Emmanuelle Ophèle. C'est là la différence entre l'Ensemble Intercontemporain et le Ballet de l'Opéra de Paris : dans le premier, il n'y a que des étoiles ; dans le second, on a parfois un peu de mal à en trouver. Mais pourquoi diable me suis-je mis à parler de danse pour ce concert ? Ah oui, c'est vrai, on a cru bon d'accompagner ces partitions magnifiques (il y avait aussi l'opus 5 de Webern et Dialogue de l'ombre double du même Boulez) des chorégraphies réalisées par un vieux chorégraphe d'autrefois qu'on commence, Dieu merci, à oublier (un certain Maurice Béjart, mais ce n'est pas la peine de retenir son nom).


Et pour finir, quelques remarques techniques : je me permets d'attirer l'attention de mes respectés lecteurs sur le fait qu'il est possible de faire à partir de la colonne de droite de ce blog différentes choses passionnantes, comme s'abonner au blog (je suppose que ça marche, mais il ne faut pas trop m'en demander), choisir l'un ou l'autre des grands thèmes de ce blog (pour ceux qui ne veulent surtout pas entendre parler de danse, de théâtre ou d'opéra...) ; en outre, il est possible en cas de besoin de m'écrire à l'adresse suivante : musica_sola /at/ yahoo .fr (que je ne consulte pas tous les jours, je précise).

vendredi 8 janvier 2010

Admirations (6) - Jonas Kaufmann, au-delà du contre-ut

On aura peut-être remarqué que ce blog n'est pas vraiment un monument à la gloire des rois du contre-ut, culte qui est même volontiers vu avec quelque désapprobation en ces lieux. Ce n'est pas la tessiture que je n'aime pas, mais l'espèce de suprématie reconnue à une petite fraction de ses possesseurs, spécialistes d'une fraction du répertoire lyrique qui passe on ne sait pourquoi comme l'essence de l'opéra. Des grands artistes dotés d'une voix de ténor, il y en a, par dizaines : Ian Bostridge, Philip Langridge, Toby Spence, Paul Agnew, Jean-Paul Fouchécourt, Robert Tear, John Mark Ainsley, Christoph Prégardien, Anthony Rolfe-Johnson, Graham Clark, Lawrence Brownlee, Heinz Zednik... J'en oublie sans doute beaucoup.

Lohengrin : Jonas Kaufmann, Anja Harteros - Bayerische Staatsoper

 Et puis, il y a Jonas Kaufmann. Un de ces chanteurs à l'intelligence souveraine, mais doté d'une voix qui l'autorise à chanter aussi le grand répertoire classique des Pavarotti, Domingo et autres Alagna, et ayant le bon goût de n'en point abuser. J'ai découvert ce chanteur pour ma part lors de sa Traviata parisienne en juin 2007 : je n'avais jamais entendu quelque chose comme cela, cette volonté tenace de ne pas céder à la routine, de vraiment prendre en compte le texte - par la diction, mais bien au-delà de la diction -, d'être plus au service de l'oeuvre qu'il défend que des goûts immédiats du public. Certains le lui en avaient voulu, comme ils lui en veulent encore, notamment pour son timbre inhabituellement sombre pour un ténor : la vraie raison, pourtant, des oppositions que rencontre ce chanteur exceptionnel, c'est sa technique qui, pour une raison ou pour une autre, fait frémir les orthodoxes - sans compter qu'étant Jonas Kaufmann, il n'est pas Pavarotti, ce qui est autant un truisme qu'un crime irrémissible.

Heureusement, la carrière du ténor allemand ne semble pas souffrir de ces ratiocinations : il est vrai que sa gorge, pour l'instant - et après plus de quinze ans de carrière - a le mauvais goût de tenir bon, grâce à l'intelligence de choix de carrière qui ont retardé son arrivée au sommet, mais aideront certainement à l'y maintenir. Certes, il n'aborde pas que des rôles selon mon cœur (était-il nécessaire de chanter Werther, comme il va le faire ce mois-ci à l'Opéra de Paris, qui plus est dans une mise en scène qu'on nous annonce à nouveau comme considérablement vieillotte ?) ; mais il prend aussi le temps de reprendre le rôle du Fils de roi dans Königskinder de Humperdinck à Zurich (un authentique chef-d'œuvre méconnu, j'y serai), sans parler des Troyens qu'il abordera dans deux saisons à Londres : un vrai parcours personnel, qui navigue constamment entre des choix individuels et le grand répertoire (Carmen prochainement à Munich). Et qui, en l'occurrence, réunit dans une même admiration les connaisseurs pointilleux (à quelques exceptions près) et le grand public, les lyricomanes bruts de décoffrages et les intellos.

Il faut toujours être économe sur les superlatifs. Ici, on peut pourtant bien en glisser un ou deux : on n'avait jamais entendu ça, même sur les vieilles cires censées contenir tout ce qui manque aux chanteurs d'aujourd'hui. Cette aisance à franchir l'orchestre sans jamais forcer, cette appropriation des rôles (a-t-on déjà vu un Lohengrin aussi complexe, aussi humain, aussi exempt d'angélisme ?), cette audace dans le choix des nuances..

Photo : Lohengrin à Munich, avec Anja Harteros (mise en scène : Richard Jones)


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Il reste de très nombreuses places pour le concert de l'un des meilleurs orchestres du monde, l'Orchestre du Festival de Budapest, sous la direction d'Ivan Fischer (Salle Pleyel, ce samedi 9 janvier) !
Ivan Fischer est pour moi d'ores et déjà un très grand chef, et je crois fortement qu'il sera dans dix ou quinze ans ce que sont les Jansons, Abbado ou Haitink aujourd'hui, une légende de la direction orchestrale !
Au programme : Wagner et Stravinsky.

mardi 5 janvier 2010

La révolte des tutus - De la modernité de la danse classique

Je l'avoue, je n'accorde pas suffisamment d'attention aux commentaires postés sur ce blog, même si je les lis avec grande attention ; mais je n'aime guère plonger au fin fond des messages pour répondre, ce qui est mal. (Au passage, les commentaires sont désormais modérés pour éviter les spams que j'ai reçus ces derniers temps, mais je publierai tous les commentaires réels si désagréables qu'en soit le contenu).

J'ai reçu récemment, sur ce message, un commentaire à vrai dire quelque peu agressif, mais intéressant, et j'y réponds par ce biais.

L'auteur du commentaire a cliqué sur le lien qui figure en bas de mes messages sur le forum http://www.forum-dansomanie.net/ (où mon pseudo, pour des raisons sans intérêt, est nabucco) et est tombé sur ce blog. Me voilà donc considéré pour mon incarnation forumesque comme "très traditionaliste voire réactionnaire". C'est très intéressant, même si totalement faux : mon honorable correspondant n'a pas dû se rendre compte que, si je critique les baudruches McGregor ou Maliphant, j'aime aussi Keersmaeker, Cunningham, Bausch et bien d'autres, quand ce n'est pas Jan Fabre. Ne peut-on aimer la danse classique sans être réactionnaire ? Ne peut-on, de plus, aimer la danse classique sans pour autant devoir la justifier par les prouesses gymniques de Mlle Guillem et de ses épigones Simkin ou Osipova ?

La danse classique a toute sa place dans le monde artistique contemporain, comme tout genre artistique qui a produit des chefs-d'oeuvre. Le risque de conservation dans le formol, de mignardise, d'empoussiérage, existe en danse classique, plus que partout ailleurs peut-être. Ce à quoi j'appelle pour maintenir en vie ce genre infiniment fragile, en quête perpétuelle de son identité, et passionnant précisément pour cela, ce n'est pas ce qu'aimerait peut-être mon aimable correspondant (ses propos sont hélas trop peu développés pour que j'aie une certitude), une orientation vers le show, vers le spectaculaire, vers la rapidité.

Ce dont je rêve, c'est d'une introspection, d'un retour à des sources qui existent, mais qui ont été enfouies sous des générations de compromis. Cela s'est fait pour la musique baroque depuis un demi-siècle, et le résultat a été la révélation d'une musique qui paraissait d'une incroyable modernité, d'une audace, d'une vie inconnue, une fois délivrée de la gange de pompe qui l'avait si longtemps enserrée et l'avait conduite à un oubli partiel qui, pour ce qu'on pouvait précédemment en entendre, paraissait on ne peut plus justifié. En danse, une telle démarche a déjà été entreprise, comme le montrent idéalement deux versions du Corsaire (Bolchoi et Ballet de Bavière) reconstruites plus ou moins largement à partir de notations effectuées vers 1900.
Bien sûr, en danse le passage du temps est plus cruel que dans les autres arts (sinon le théâtre, plus impalpable encore), mais ces tentatives très réussies ont montré l'intérêt majeur d'une telle démarche, qui n'est pas une démarche conservatrice, mais au contraire une exploration, une redécouverte de mondes inconnus.
Cet effort, car c'en est un, pour le public et pour les danseurs, n'a pas d'autre but que de parler aux gens d'aujourd'hui, en les faisant sortir d'une routine qui les engourdit : l'ennemi, ce sont les pesantes versions soviétiques en vigueur encore aujourd'hui notamment dans les troupes russes (le Casse-Noisette de Vainonen, les Lacs des Cygnes de Sergeev [Mariinsky] et de Grigorovitch [Bolchoi]), dont s'accommodent au fond fort bien les tenants des hyperextensions et de la virtuosité gratuite.

Une dernière chose en passant : je fréquente activement le Théâtre de la Ville tout autant que l'Opéra de Paris ou autres spectacles de danse classique. L'idée que l'un de ces deux publics assez peu perméables est plus progressiste ou moderne que l'autre m'est depuis longtemps passée : le public de la danse contemporaine, lui aussi, a son abonnement depuis 20 ans, va voir les mêmes chorégraphes depuis 20 ans (même quand ils ont fini par les ennuyer), et croise au théâtre les mêmes personnes que depuis 20 ans...

samedi 2 janvier 2010

Offenbach/Marthaler : Une Grande-Duchesse

Il est possible que ce blog finisse par contenir plus de critiques de spectacle que par le passé. À suivre...

 Pendant qu'à Paris André Chénier se laisse conduire à l'échafaud sans protester tant la mise en scène du spectacle dont il fait partie l'ennuie lui-même, c'est la Grande-Duchesse de Gérolstein qui se trouve à Bâle sous le feu des projecteurs, sous la houlette du metteur en scène suisse Christoph Marthaler.

On est frappé à l'entrée même de la salle : le théâtre de Bâle lui-même est comme une pièce de Christoph Marthaler, ou comme un décor de sa fidèle décoratrice Anna Viebrock. Je regrette de ne pas avoir pu prendre des photos (j'espère me rattraper en février), mais tout y est, dans une ambiance délicatement Seventies : ce plafond en parquet aux ondulations délicates, la couleur indiscernable de fauteuils qui auraient toute leur place dans le salon d'une famille de série télévisée de ces années-là, et surtout l'envahissante et dérisoire forêt de projecteurs, qui suffiraient à deux ou trois théâtres de la même taille... C'est à première vue très laid ; à seconde vue, on se trouve plongé dans le monde du metteur en scène et dramaturge suisse, le monde d'une certaine absurdité discrète,

Mais on est venu, paraît-il, pour le spectacle. On peut comprendre l'hostilité d'une partie du public, venu pour entendre La Grande-Duchesse de Gerolstein d'Offenbach : de cette oeuvre, on ne verra en fait que le premier acte, l'ensemble constituant avant tout un spectacle de Marthaler, non une mise en scène d'opéra. On peut ne pas l'accepter ; on peut aussi entrer dans le jeu, oublier de faire le procès en non-conformité qu'aiment tant les amateurs d'opéra, accepter de se laisser guider en un autre monde que celui qu'on côtoie tous les jours.

Avouons-le : la première partie du spectacle, celle justement qui met en scène les aventures de la princesse et du troufion jusqu'au départ de ce dernier pour la guerre, n'est pas la plus passionnante. Marthaler, avec son sens affûté du détail, sait merveilleusement croquer cette vie de cour minuscule, faite d'attente, de dignités postiches, de faux luxe et de pathos patriotique (tiens, ne serait-ce pas une forme de fidélité à l'oeuvre, quand même ? Une manière de retrouver, par des moyens modernes, accessibles, divertissants, l'essence de l'esprit d'Offenbach ?). Anne-Sophie von Otter, qui règne sur une distribution locale peu enthousiasmante, entre à merveille dans le jeu de Marthaler, qui lui fera chanter Haendel* dans la seconde partie : c'est un ravissement de voir confirmer une fois de plus que les grands chanteurs ne sont pas forcément des ennemis du Regietheater. Plus enthousiasmant encore est un familier de Marthaler, l'acteur à multiples talents Jürg Kienberger, que les Parisiens connaissent comme "récitativiste" des Noces de Figaro du même Marthaler (un spectacle, soit dit en passant, que je n'avais guère aimé) : avec son élégance de gringalet lunaire, toujours en marge du monde dans lequel il évolue, maladroit et émouvant comme Charlot, il est le fil conducteur du spectacle. Un comique exceptionnel, qui sait aussi bien faire rire que toucher, par exemple quand il chante, de son inimitable voix de fausset, le duo de Haendel avec la Grande-Duchesse...

Dans la seconde partie du spectacle, il se passe - strictement rien. Les soldats partis, l'attente reprend, ponctuée par les airs de Haendel, par des extraits wagnériens joués sur un épouvantable piano désaccordé, surtout par la répétition lancinante des premières phrases de Selig sind, die da Leid tragen extrait du Requiem allemand de Brahms. L'attente, chez Marthaler, ne compte jamais pour l'objet qu'on attend : on n'attend jamais que Godot, mais en attendant c'est toute notre personnalité, notre (absence de) vie intérieure qu'on révèle au monde. Avec impudeur, avec tragique, avec gaîté, c'est selon. Les merveilleux acteurs-musiciens de Marthaler chantent comme personne, parce que Marthaler sait que la musique est un moyen de neutraliser un moment la question lancinante du temps.

La Grande-Duchesse de Gérolstein - Christoph Marthaler

Ce spectacle n'est pas une mise en scène de la Grande-Duchesse d'Offenbach (une oeuvre que j'aime beaucoup, sans pour autant accepter d'en faire une vache sacrée). Ce n'est même pas, peut-être, le plus grand spectacle du metteur en scène suisse. Même imparfait, même bancal, il y a pourtant cent mille fois plus à y trouver que dans toute une saison de Nicolas Joel, de l'Opéra-Comique ou du Châtelet.



* Plus précisément deux extraits de Giulio Cesare (Piangerò la sorte mia et Son nata al lagrimar), sans les da capo.

Photo © T+T Fotografie Tanja Dorendorf

jeudi 17 décembre 2009

L'héritage Noureev à l'Opéra (5) - La troupe vingt ans après [Les dames]

Il y a vingt ans, à l'automne 1989, Rudolf Noureev quittait la direction du Ballet de l'Opéra. Ce qu'il nous a laissé, c'est d'abord un répertoire qui fait depuis le fond du répertoire de la maison - j'ai déjà eu amplement l'occasion d'en parler -, mais aussi une troupe qu'il avait marqué de façon indélébile. Justement aujourd'hui, alors que la génération incroyable de danseurs masculins qu'il avait formé vient de faire ses adieux (Kader Belarbi, Manuel Legris, Wilfried Romoli, Laurent Hilaire !), je me suis dit qu'il était peut-être temps de faire un bilan de ce qu'est la troupe aujourd'hui, au moment précis où la troupe est le plus occupée avec les inévitables spectacles de Noël (un Casse-Noisette qui a fort mal commencé et un spectacle Ballets Russes nettement plus intéressant).
Je ne suis pas de ceux qui, physionomistes et heureux de l'être, mettent un nom sur chaque visage au fin fond du corps de ballet. Je me limiterai donc aux étoiles, aux premiers danseurs et peut-être à quelques sujets ; ce qui n'est pas si grave, tant le style de cette élite de la troupe semble imprégner toute la troupe elle-même, moulée selon le même moule : mine de rien, à force de lire ces mini-portraits, j'espère que le lecteur pourra lire le portrait de tout un ensemble, ses points forts mais aussi ses faiblesses. Car des faiblesses, il y en a, et je ne cache pas qu'il ne s'agit pas ici pour moi de faire l'éloge de Brigitte Lefèvre, qui dirige la troupe depuis 1995 : il y a une responsabilité claire dans les problèmes actuellement rencontrés par la troupe, et il est plus que temps de préparer la succession...
Mais trêve de préliminaires : allons-y...


(ah non, une dernière chose : de tels portraits individuels sont toujours un peu délicats, je tiens donc à préciser que : 1. Je ne connais personnellement aucun des danseurs évoqués, ni aucun danseur de la troupe quel qu'il soit. 2. La légitimité que je prétends avoir pour faire ceci n'est ni celle d'un spécialiste, ni celle d'un insider. Simplement celle d'un spectateur passionné qui a vu deux ou trois cents fois cette troupe ces quinze dernières années. 3. Je mentionne à chaque fois, si possible, un rôle particulièrement marquant de chaque interprète, celui où - me semble-t-il - il s'exprime le mieux : ça ne veut pas dire qu'il est mauvais ailleurs, ni qu'il est forcément le meilleur interprète de ce rôle à l'Opéra).

LES DAMES

Abbagnato, Eleonora
Première danseuse
Le rôle : L'Élue (Pina Bausch, Le Sacre du printemps)
Commentaire : L'ordre alphabétique fait mal les choses, commencer par ce cas très particulier ne rend pas la chose facile. Voilà une danseuse douée d'un talent débordant, qui a offert à l'Opéra des prestations bouleversantes dans le répertoire contemporain qui auraient pu lui valoir le titre d'étoile, à un moment - vers 2002 - où les postes à pourvoir ne manquaient pas. D'autres ont été nommées, pas elle. Depuis, les choses n'ont fait qu'empirer : un premier congé sabbatique en 2007/2008, un second sur toute la saison 2009/2010 ; entre temps : quelques prestations honnêtes, pas très investies, dans des rôles plutôt secondaires. Reviendra-t-elle à l'Opéra ? Pas sûr. C'est triste ; il faut se souvenir, plutôt que des dernières années, de ce qu'a été cette danseuse écorchée, d'une intensité brûlante, ce mélange détonnant de blonde fragilité et de puissance expressive. Merci à vous ; puissiez-vous désormais trouver un chemin artistique qui vous plaise et vous permettre de revenir aux racines de votre talent, que vous ne trouverez pas sur les plateaux de la RAI.

Ciaravola, Isabelle
Étoile
Le rôle : Tatiana (Onéguine)
Commentaire : Isabelle Ciaravola a été nommée tardivement étoile, à 37 ans : une fois n'est pas coutume, cette nomination tardive est compréhensible. Cette belle artiste, première danseuse incontestable depuis 2003, a connu un épanouissement tardif, si bien que c'est aujourd'hui que son talent éclate comme jamais. Intense, lyrique, intelligente, il ne lui reste plus qu'à s'approprier les grands rôles qu'on voudra bien lui laisser danser : les cinq années qui lui restent avant sa retraite vont être passionnantes.

Cozette, Émilie
Etoile
Le rôle : Médée (Preljocaj)
Commentaire : Disons-le brutalement : aucune étoile ne mérite moins ce titre qu'elle. Son point fort est sans aucun doute le contemporain, ce qui a certainement justifié sa nomination et lui a valu quelques succès dont la Médée de Preljocaj ou Afternoon of a Faun de Robbins - point fort certes, mais pas au point d'en faire une grande artiste. Mais cette honnête première danseuse contemporaine est maintenant distribuée dans les grands rôles classiques, pour lesquels elle n'a ni la technique, ni l'esprit, et on ne peut s'empêcher de penser que par manque d'intérêt pour ces rôles elle n'hésite pas à combler la mesure en les bâclant avec un certain esprit de système.

Daniel, Nolwenn
Première danseuse
Le rôle : Pas de deux de Une sorte de (Ek)
Commentaire : Très belle première danseuse, mais aussi très discrète, Nolwenn Daniel n'a guère eu l'occasion de montrer ses talents sur les premiers rôles classiques, sinon dans un magnifique Casse-Noisette il y a deux ans. Les meilleurs, dans cette troupe, ne sont pas forcément les plus mis en avant, hélas. Quand elle a dansé du (bon) contemporain, elle a montré aussi une personnalité d'une grande subtilité (je l'ai découverte, pour ce qui me concerne, dans le sous-estimé ballet de Michèle Noiret Les familiers du Labyrinthe).

Dayanova, Sara Kora
Sujet
Le rôle : La Nourrice (Pétrouchka)
Commentaire : Déjà remarquée par beaucoup dans le corps de ballet, et enfin par moi depuis qu'elle danse de petits rôles solistes, voilà un des espoirs les plus sérieux de la troupe, par sa technique et par son allant très contagieux. Ce qu'il lui faut ? Avant tout, qu'on lui fasse confiance...

Dupont, Aurélie
Étoile
Le rôle : Aurore (La Belle au bois dormant)
Commentaire : Une des étoiles les plus évidentes et les plus populaires, un bel exemple de polyvalence entre classique et contemporain, une des rares à avoir quelque notoriété à l'étranger (ce qui n'est certes pas un critère). Mais aussi un exemple - point trop marqué certes - du risque d'essoufflement que comporte le fait de passer plus de dix ans avec ce titre d'étoile : c'est toujours très beau, très lyrique, très stylé ; mais on aimerait un peu plus d'enthousiasme, d'envie, de prise de risque.

Fiat, Fanny
Sujet, a démissionné de l'Opéra de Paris en 2009
Le rôle : Cupidon (Don Quichotte)
Commentaire : Elle n'est plus là, mais on ne l'a pas oubliée. Une des plus belles danseuses classiques de l'Opéra, jamais récompensée pour son grand talent, en a tiré les conséquences. Ce cas navrant est révélateur de tous les problèmes qui pèsent actuellement sur l'Opéra. Pendant des années, il a fallu garder les yeux ouverts : une Demoiselle d'Honneur, Cupidon, un pas de trois, et c'était fini, mais on en prenait à chaque fois plein la vue. Emilie Cozette, elle, est étoile, et Ludmila Pagliero première danseuse. Merci, Mlle Fiat.

Gilbert, Dorothée
Étoile
Le rôle : Lise (La fille mal gardée/Ashton)
Commentaire : On est un peu en froid aujourd'hui, avec cette danseuse évidemment brillante, la faute à ce Casse-Noisette récent, où cette étincelle qui la caractérise semblait éteinte. Dès son entrée dans le corps de ballet, son destin d'étoile semblait évident, et sa nomination n'a ni étonné ni scandalisé personne. Elle a trouvé avec La fille mal gardée un rôle à son image, brillant et espiègle. Et maintenant ? Nikiya peut-être ? Fort bien, mais il y a du travail pour pénétrer dans ce personnage !


Gillot, Marie-Agnès
Étoile
Le rôle : Giselle (Mats Ek)
Commentaire : On l'a attendue, cette étoile ! Peut-être en raison de son physique hors normes : grande, solidement bâtie, loin de l'insupportable cliché de la ballerine classique. Nommée en 2004, Marie-Agnès Gillot illuminait alors tout ce qu'elle dansait depuis plusieurs années, que ce soit dans le classique (ébouriffante Kitri de Don Quichotte) où dans le contemporain où elle était le premier choix de la grande majorité des chorégraphes (de Mats Ek à Preljocaj, sans oublier son extraordinaire Catherine dans un des rares grands succès de l'Opéra en la matière, Hurlevent de Kader Berlarbi). Depuis, le répertoire contemporain de la maison s'est dégradé à grande vitesse, ce qui lui a donné moins d'opportunités de s'illustrer, mais elle reste une danseuse magnifique, dont on oublie vite les qualités techniques tant l'évidence d'une personnalité artistique majeure est aveuglante. Récemment, on a pu notamment l'admirer en servante fougueuse et libre dans La maison de Bernarda de Mats Ek.

Hurel, Mélanie
Première danseuse
Le rôle : ?????
Commentaire : Le plus grand mystère de cette troupe pour moi. Souvent programmée dans des grands rôles (Clara, Aurore, Paquita), elle n'a ni la technique, ni le poids artistique nécessaire pour eux. Je me souviens avec effroi de fouettés dans Paquita, qu'on pourrait appeler des "fouettés-arrêtés" : je me donne de l'élan avec le pied, je tourne, je m'arrête. Je me redonne de l'élan, je tourne, je m'arrête. Etc. Dans le contemporain, elle peut parfois faire illusion avec son physique gracile et fluide. Mais pas de là à marquer un rôle.

Kudo, Miteki
Sujet
Le rôle : L'Élue (Le Sacre du Printemps/Bausch)
Commentaire : Une artiste inoubliable, depuis quelque temps confinée à des positions secondaires, mais qui a apporté aux amateurs de contemporain des moments extraordinaires (sans démériter, disons-le au passage, dans le classique). Les chorégraphes la choisissaient pour son intensité minérale, cette expressivité dense et délicate, qui fascinait tout autant le public. Sa carrière, aujourd'hui, touche à sa fin ; j'utilise ce blog pour lui adresser tous mes remerciements et toute mon admiration.

Letestu, Agnès
Étoile
Le rôle : Odette/Odile (Le Lac des Cygnes)
Commentaire : La plus ancienne des étoiles féminines (nommée en 1997) n'a visiblement pas l'intention de laisser la place aux jeunes. Pas de trace de lassitude, chez elle, face aux grands rôles du répertoire classique. Ses interprétations ne sont pas les plus spectaculaires - amis de Sylvie Guillem, passez votre chemin -, son élégance semble volontiers un peu froide (je fais partie, je l'avoue, des nombreux amateurs de danse à l'avoir d'abord dédaignée pour cela). Mais voilà : il y a le style. Le style, c'est l'intelligence du geste, une forme de séduction plus lente peut-être, plus discrète, mais plus pénétrante ; c'est aussi le respect de l'esprit d'une chorégraphie, plutôt que la mise en valeur exclusive de celui qui l'interprète. Tous les rôles ne lui vont pas également, la majesté n'étant guère compatible avec l'espièglerie. Mais quand elle est chez elle, Agnès Letestu est une souveraine.

Moussin, Delphine
Étoile
Le rôle : ?????
Commentaire : Il n'y a pas qu'aujourd'hui que la politique de l'Opéra a connu des ratés. On me dit que Delphine Moussin a été une très grande danseuse à un moment de sa carrière, dans les années 90, sans pour autant obtenir le titre d'étoile qu'elle méritait. Du moins jusqu'en 2005 : plus personne ne s'attendait à cette nomination, moi moins que quiconque. Attirer l'attention sur cette danseuse en fin de carrière n'était sans doute pas le meilleur service à lui rendre : depuis, elle aligne des représentations honnêtes, mais sans panache, ni indignes d'une étoile, ni vraiment remarquables. On se réjouit pour elle, mais après ?

Osta, Clairemarie
Étoile
Le rôle : Marie (Clavigo)
Commentaire :Voilà une danseuse qui sait ce qu'elle veut, et qui y parvient. L'épouse de Nicolas Le Riche est moins populaire et moins brillante que son mari, mais elle a une personnalité artistique unique. C'est une forme de fierté qu'on peut lui pardonner facilement : si vous n'allez pas vers elle, elle ne viendra pas vers vous. C'est une interprète qu'il faut découvrir pas à pas, pour laquelle vous devez modifier votre regard pour apprendre à voir. Mais ce qu'on voit au bout du parcours est éblouissant. Récemment encore, j'ai été ébloui par son interprétation de Rubis (le segment médian de Joyaux de Balanchine) : un naturel épatant, une légèreté très incarnée, une appropriation respectueuse et créatrice de l'œuvre de Balanchine.

Ould-Braham, Myriam
Première danseuse
Le rôle : Clara (Casse-Noisette)
Commentaire : D'une certaine façon, Mlle Ould-Braham est un bon exemple du fonctionnement Opéra de Paris à son meilleur : une danseuse qui est loin d'avoir le caractère explosif des petits prodiges russes, mais qui parvient tranquillement, saison après saison, à une maturité artistique qui en fait une des plus belles danseuses classiques de la troupe. Il va lui falloir conquérir la première place en s'imposant dans des rôles où on ne pense pas forcément à elle en premier lieu, ne serait-ce qu'à cause de la mode pseudo-balanchinienne des danseuses immenses.

Pagliero, Ludmila
Première danseuse
Le rôle : ?????
Commentaire : Encore une fois, le concours 2009 a livré un résultat plus que surprenant : on avait remarqué que la direction de l'Opéra l'appréciait, sans vraiment comprendre pourquoi. Cette promotion imméritée a fait des vagues, mais le mal est fait. Une technicienne moyenne doublée d'une personnalité artistique pour l'instant indiscernable se retrouve première danseuse, avec des premiers rôles à la clef. On n'a même pas l'impression que cela correspond à un choix esthétique de la direction : simple arbitraire ?

Pujol, Laetitia
Étoile
Le rôle : Giselle
Commentaire : Avouons-le, voilà une étoile qui n'a pas suscité immédiatement mon affection, et qui restera sans doute une étoile de second plan jusqu'à la fin de sa carrière. Mais au moins a-t-on là une vraie, bonne danseuse, et si le Don Quichotte "sur" lequel elle a été nommée ne méritait vraiment pas un tel honneur, elle a trouvé en Giselle un rôle idéal pour elle : je n'ai jamais vu de folie plus émouvante que la sienne, ce qui justifie sans doute amplement qu'elle n'ait pas été distribuée dans ce rôle lors de la dernière reprise.

Renavand, Alice
Sujet
Le rôle : La servante (La Maison de Bernarda/Ek)
Commentaire : Danseuse au talent évident, Mlle Renavand n'a pas encore eu l'occasion de danser des premiers rôles classiques, mais tout ce qu'on a vu donne envie d'en voir plus : Gamzatti (La Bayadère) bientôt ? Dans le domaine contemporain, la preuve est faite, sans aucun doute. On attend de la direction des preuves de confiance pour cette belle danseuse.


Romberg, Stéphanie
Première danseuse
Le rôle : Soliste du Boléro (Béjart)
Commentaire : Voilà sans doute une des danseuses les moins classiques de la maison, un concentré d'énergie sombre peu capable de s'adapter à ce qu'on lui demande : diamant noir ici, pensum là. N'importe, il vaut mieux payer par des prestations brouillonnes des moments de grâce chorégraphique que subir des danseuses toujours au point mais ennuyeuses. Pour les ambitions classiques de la compagnie, d'autres sont là ; ce qu'elle apporte, si personnel, est indispensable aussi.

Zusperreguy, Muriel
Première danseuse
Le rôle : Le fil conducteur de Bella Figura (Kylian)
Commentaire : Depuis Bella Figura, je n'ai cessé de suivre cette danseuse fondante, si on me passe l'expression (quel dommage qu'aucune vidéo de ce ballet par l'Opéra de Paris n'existe !) : qu'on pense par exemple à l'innocente Cathy de l'un des plus beaux ballets créés par l'Opéra, Hurlevent de Kader Belarbi ! Espérons qu'elle aura son mot à dire, dans les prochaines années, dans le répertoire classique.

Les hommes viendront dans un message ultérieur, le plus vite possible...

mercredi 9 décembre 2009

Admirations (5) - Krzysztof Warlikowski

Il n'est pas sur le devant de la scène en ce moment en France, même s'il l'a été il y a peu (avec (A)pollonia à Avignon puis Chaillot, où le nombre de "cherche-place" devant le théâtre était significatif de l'intérêt que suscite désormais son travail), et le sera prochainement à nouveau (Un tramway nommé désir à l'Odéon au printemps) : le metteur en scène polonais, que le coup de projecteur donné par Gerard Mortier à l'Opéra de Paris sur son travail a fait connaître en France au-delà des spécialistes de théâtre, n'en est pas moins un artiste fondamental de notre temps, et cela seul justifie que j'en parle (ce qui se passe actuellement à l'Opéra de Paris, ce mélange de revendications réactionnaires et de conformisme mou, laisse du temps pour parler de choses plus intéressantes).

http://wajdimouawad.nac-cna.ca/local/cache-vignettes/L600xH400/Parsifal_01_2008-0fb8d.jpg
Voilà bien un artiste qui ne cherche pas à se faire aimer, et qui ne correspond guère a priori à mes attentes d'un théâtre des hommes, que j'aime volontiers narratif (à condition de donner de la narration la définition la plus vague possible, très éloignée de l'action chère au théâtre de boulevard), qu'incarnent pour moi idéalement Jossi Wieler, Johan Simons (il faudrait que je parle de Johan Simons, le grand incompris de l'ère Mortier), ou en France Stéphane Braunschweig. Je ne suis pas chez moi dans les spectacles de Warlikowski, on me pousse quand je voudrais m'arrêter, on me laisse mariner quand je voudrais aller voir plus loin, on y est mal assis, il fait trop chaud, il fait trop froid, bref on n'a pas son confort, et il y a de quoi râler.

Simplement, à force d'avancer cahin-caha en mettant en évidence mes talents de râleur, je me suis rendu compte que je n'avais jamais été là où il m'emmenait, que ces territoires inédits étaient fascinants, bref qu'un peu d'inconfort était le prix d'une extension vertigineuse du monde connu.

Chez Warlikowski, pas de narration, ou en tout cas pas de structuration par la narration : des histoires, il y en a, et même plus qu'une dans chaque spectacle, des histoires connues, qui sont en nous, et qui surgissent  comme autant de fragments connus nous servant à appréhender le chaos d'un monde jamais vraiment familier.
Il y a trente ou quarante ans, on aimait le théâtre psychologique, primairement freudien, où le méchant finissait par trouver le traumatisme d'enfance qui expliquait tout, ce qui le guérissait dans l'instant. Warlikowski traque l'âme humaine d'une toute autre façon : loin d'y rechercher une rationalité, loin d'y définir la frontière entre le pathologique et la normalité, il plonge le spectateur dans une réalité brisée, multiple, qui dépasse l'entendement. Son art fait de la profusion, du kaléidoscope, de la superposition les chemins d'une appréhension du monde qui ne vise pas à l'expliquer. Il n'y a pas de solutions dans les spectacles de Warlikowski, pas d'objectivité ; le spectateur n'est pas pris par la main pour un parcours rassurant et sans risque. Ce théâtre du monde, où le chaos des fantasmes vient heurter parfois violemment nos certitudes et nos habitudes de spectateurs de théâtre, retrouve par là l'humanité que la profusion des images et de la technique pourrait masquer : c'est en nous que le regard pénètre.


.....................

On peut lire une interview croisée très intéressante de Warlikowski et d'Olivier Py sur le site de Télérama (pour une fois qu'il y a quelque chose d'intéressant là-dedans...) : on se rend vite compte des limites du discours très convenu du metteur en scène français face à la force de l'imaginaire de son collègue polonais...

Je signale au passage que deux spectacles de Warlikowski sont disponibles en DVD, tous deux avec des sous-titres français, Krum de Hanok Levin et La Tempête de Shakespeare, édités par le valeureux Institut National de l'Audiovisuel polonais. Je les ai commandés pour ma part sur le site polonais merlin.pl, qui m'a livré de façon très satisfaisante (et pour un prix de vente assez dérisoire). L'usage d'un traducteur automatique est à vrai dire indispensable pour ceux qui, comme moi, ne comprennent pas un mot de polonais.
Je dois avouer malheureusement que je n'ai eu le temps de regarder que La Tempête (Burza) : un spectacle formidable que j'aurais rêvé de voir sur scène. On remarquera notamment le traitement, d'une subtilité et d'une intelligence, du personnage de Caliban.






Photos: Parsifal à l'Opéra de Paris (décors de Malgorzata Szczesniak), photo Ruth Walz.
Et, en guise de post-scriptum, le minaret de la grande mosquée de la ville irakienne de Samarra (IXe siècle).
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