| L'Enlèvement au Sérail : Christine Schäfer, Sven Lehmann |
vendredi 29 avril 2011
Berlin, du Stadt meiner Träume
En général, bizarrement, les Français ont souvent de Berlin l'image d'une ville où la culture est partout. Eh bien, bizarrement, ils ont raison, eh oui. Il faudra encore attendre pour connaître la saison du Komische Oper, la scène la plus innovante de la capitale allemande (mais qui a la mauvaise idée de tout chanter en allemand) ; mais on connaît déjà celle des deux plus grandes scènes lyriques, la Deutsche Oper et la Staatsoper, repliée à l'Ouest dans le très agréable Schiller-Theater refait à neuf.
mardi 26 avril 2011
Pour le Ring, méfiez-vous des imitations et allez à Munich
L’Opéra de Munich est une bonne maison, je crois qu’il n’y a plus guère d’amateurs d’opéra en France pour en douter : la prochaine saison devrait encore donner quelques occasions de s’en convaincre. La saison est tout entière dominée par une nouvelle production du Ring de Wagner (premières entre février et juin, avec deux cycles complets en juillet), qui n’aura aucune difficulté à renvoyer aux oubliettes la piteuse tentative parisienne en cours, pour sa mise en scène (Andreas Kriegenburg, presque totalement inconnu en France, mais qui avait déjà signé un magnifique Wozzeck dans la même maison), sa direction musicale (Kent Nagano) et sa distribution, des grands jusqu’aux plus petits rôles.
jeudi 21 avril 2011
Le classique, c'est pas cool !
Un bon blogueur est avant tout quelqu’un de réactif : vous l’avez constaté, ce n’est pas ma qualité première. Il m’a fallu une bonne semaine pour parvenir à écrire trois lignes (enfin, façon de parler) sur la belle Coppélia présentée par l’École de danse de l’Opéra de Paris, il m’aura fallu trois semaines pour parler à mon tour d’un article dont on parle (un peu), celui du rédacteur en chef d’Arte Live Web Alexandre Lenot, pompeusement intitulé La musique classique, c’est vraiment fantastique, qui entend démonter les clichés qui pèsent, selon lui, sur la musique classique. On n’est pas déçu du résultat (quand on voit ce que devient Arte Live Web, avec cette déferlante d'électro-pop-jenesaisquoi pour bobos, on n’est à vrai dire pas très surpris).
Il y a bien entendu pas mal de choses justes à défaut d’être originales, et même quelques remarques bien vues, sur le conservatisme à base de jeunisme fossilisé d’une bonne partie du monde du rock, sur l’inanité du supposé conformisme prescriptif en direction de la musique classique (quand tous les médias du monde vous assènent au contraire les mérites des produits standardisés de la défaillante industrie musicale).
Mais il faut en échange subir un flot de sottises pavées de bonnes intentions : c’est ainsi que « la Symphonie N° 5 de Beethoven, c’est aussi immédiat, directement compréhensible et renversant que n’importe quel riff de guitare de Keith Richards » – l’adagio du quatuor op. 132 du même Beethoven, pour être assez nettement moins immédiat, en est-il moins génial ? L’auteur rappelle qu’il a travaillé pour un site Internet « qui tente de renouveler les façons de parler de la musique (…) en se faisant l’apôtre d’une écriture personnelle et décomplexée, débarrassée des diktats des savoirs, juste attachée à la sensation et à la défense de l’idée » – les autres sont tous des automates complexés qui veulent imposer leur savoir et ne sont pas fichus de parler de leurs sensations personnelles. Et l’auteur emploie bien de l’énergie pour tenter de démontrer que l’ouverture de Fidelio (pourquoi elle ?) n’a rien à envier question puissance à Daft Punk, que Sibelius, loin d’être un « contemplatif chiant », « n’est pas moins fascinant que les Canadiens de Godspeed You Black Emperor, et on pourrait même considérer qu’il partage avec eux une certaine esthétique » (définis « esthétique », mon petit), que « les Écossais des Mogway ou l’électronique de Boards of Canada demandent eux autant de patient que, au hasard, Stravinsky » (si tu n’aimes pas Stravinsky, mon petit, écoute autre chose). Les interprètes classiques ne sont pas des gens rigolos, mais heureusement qu’il y a des jeunes qui bougent pour rattraper le coup (Harding ou Dudamel sauvent la mise à ces vieux ronchons de Boulez* ou Paavo Järvi). Autrement dit, et c’est je crois le vrai cœur de cet article, la musique classique a besoin de se justifier (devant quelles accusations ?), et cette justification ne peut se faire qu’en démontrant qu’après tout, elle n’est pas plus mal que les productions de la variété d’hier et d’aujourd’hui.
Comme cet article n’est pas sans m’agacer quelque peu, je vais me faire le plaisir de reconstruire avec le plus grand soin quelques-uns des préjugés que ce Monsieur a tenté si gentiment de détruire.
Il y a bien entendu pas mal de choses justes à défaut d’être originales, et même quelques remarques bien vues, sur le conservatisme à base de jeunisme fossilisé d’une bonne partie du monde du rock, sur l’inanité du supposé conformisme prescriptif en direction de la musique classique (quand tous les médias du monde vous assènent au contraire les mérites des produits standardisés de la défaillante industrie musicale).
Mais il faut en échange subir un flot de sottises pavées de bonnes intentions : c’est ainsi que « la Symphonie N° 5 de Beethoven, c’est aussi immédiat, directement compréhensible et renversant que n’importe quel riff de guitare de Keith Richards » – l’adagio du quatuor op. 132 du même Beethoven, pour être assez nettement moins immédiat, en est-il moins génial ? L’auteur rappelle qu’il a travaillé pour un site Internet « qui tente de renouveler les façons de parler de la musique (…) en se faisant l’apôtre d’une écriture personnelle et décomplexée, débarrassée des diktats des savoirs, juste attachée à la sensation et à la défense de l’idée » – les autres sont tous des automates complexés qui veulent imposer leur savoir et ne sont pas fichus de parler de leurs sensations personnelles. Et l’auteur emploie bien de l’énergie pour tenter de démontrer que l’ouverture de Fidelio (pourquoi elle ?) n’a rien à envier question puissance à Daft Punk, que Sibelius, loin d’être un « contemplatif chiant », « n’est pas moins fascinant que les Canadiens de Godspeed You Black Emperor, et on pourrait même considérer qu’il partage avec eux une certaine esthétique » (définis « esthétique », mon petit), que « les Écossais des Mogway ou l’électronique de Boards of Canada demandent eux autant de patient que, au hasard, Stravinsky » (si tu n’aimes pas Stravinsky, mon petit, écoute autre chose). Les interprètes classiques ne sont pas des gens rigolos, mais heureusement qu’il y a des jeunes qui bougent pour rattraper le coup (Harding ou Dudamel sauvent la mise à ces vieux ronchons de Boulez* ou Paavo Järvi). Autrement dit, et c’est je crois le vrai cœur de cet article, la musique classique a besoin de se justifier (devant quelles accusations ?), et cette justification ne peut se faire qu’en démontrant qu’après tout, elle n’est pas plus mal que les productions de la variété d’hier et d’aujourd’hui.
Comme cet article n’est pas sans m’agacer quelque peu, je vais me faire le plaisir de reconstruire avec le plus grand soin quelques-uns des préjugés que ce Monsieur a tenté si gentiment de détruire.
dimanche 17 avril 2011
Coppélia ou la divine surprise
Soyons francs : on ne va jamais au spectacle de l'Ecole de Danse de l'Opéra avec le sentiment d'une catastrophe imminente, et ce encore moins quand c'est Coppélia qui est à l'affiche dans la version reconstituée en 1973, pour les "grands" de la compagnie, en trois actes, par Pierre Lacotte : à défaut de l'avoir vu en salle, j'en connaissais le magnifique DVD filmé, déjà avec les "petits", en 2001, dans laquelle Charline Gietzendanner montrait des qualités telles que Brigitte Lefèvre, comme il se doit, n'a pas cessé d'étouffer depuis (alors que son partenaire Mathieu Ganio, encore aujourd'hui beaucoup plus pâle, a eu droit au titre d'étoile).
Et pourtant... malgré cet a priori plus que favorable, une belle surprise nous attendait...
Et pourtant... malgré cet a priori plus que favorable, une belle surprise nous attendait...
| La Poupée et le Livre (ici Marie Varlet, que je n'ai pas pu voir) |
samedi 9 avril 2011
... à Londres, à Londres...
Parler de la prochaine saison du Royal Opera House, Covent Garden (ces gens-là n'aiment pas qu'on coupe dans leur titulature complète) se justifie naturellement par l'intérêt puissant de la programmation proposée. Mais il y a aussi un effet collatéral des polémiques menées par le clan traditionaliste du (petit) monde lyrique français, qui accuse toute personne critiquant la direction actuelle de l'Opéra de Paris d'être un affidé de la direction précédente. Oui, je fais l'éloge du Royal Opera, non pas parce qu'il s'y trouve une direction audacieuse, quelque chose qui ferait progresser fortement le monde de l'opéra - il n'est pas forcément idiot que ce rôle-là soit réservé à des maisons plus petites, par nature plus mobiles, comme Bruxelles ou Bâle -, mais parce qu'il s'y trouve une certaine éthique de l'équilibre, qui joue aussi bien du point de vue de la programmation que de celui des relations que la maison entretient avec ses spectateurs.
| L'Opéra Garnier n'a pas le monopole des cariatides ; au moins celles du ROH n'ont pas 3 cm de poussière sur les seins |
samedi 2 avril 2011
La saison lyrique 2011/2012 à Paris : un bilan
L'Opéra-Comique et le Théâtre des Champs-Élysées, comme la plupart de mes honorés lecteurs le savent sans doute, ont publié leur saison, ce que je n'ai pas eu le temps de commenter jusqu'à présent, et comme je devais reparler de façon plus globale de l'Opéra de Paris, dont j'avais déjà présenté production par production la programmation lyrique et chorégraphique, le moment est venu d'écrire quelques mots sur la physionomie de la prochaine saison.
| Comment Nicolas Joel dirige-t-il l'Opéra ? Bon sang, mais c'est bien sûr : comme un pied. |
vendredi 25 mars 2011
La Musique de la Salle de la Cité Pleyel
Dans la perspective de la grande rénovation nationale à venir de notre pays sous la direction de Notre Guide Suprême (pas de nom, faut assurer ses arrières), je propose en tout premier lieu la suppression de la Cité de la Musique et de la Salle Pleyel, ferments de perdition où notre plus brillante jeunesse perd la fleur de ses ans, sans compter la fleur de ses sous, à ne même pas réussir à voir tout ce qui l'intéresse tellement il y en a de tous les côtés.
En attendant ce jour brillant tant attendu, je vous propose quand même, conscient du caractère néfaste du message qui suit et plein de légitimes remords, ce qui me paraît le plus à même de séduire les âmes faibles comme la mienne.
En attendant ce jour brillant tant attendu, je vous propose quand même, conscient du caractère néfaste du message qui suit et plein de légitimes remords, ce qui me paraît le plus à même de séduire les âmes faibles comme la mienne.
| La meilleure salle de concert du monde |
Mais au fond, de quoi ça parle ?
Cité de la Musique,
musique classique,
opéra,
Saisons,
Salle Pleyel
lundi 21 mars 2011
La province a encore frappé, mais Paris a de la ressource
Partir en vacances, rien de plus simple. Le plus difficile, c'est d'en revenir, comme chacun sait. Par exemple quand on a pu constater qu'il vaut mieux aller voir Giulio Cesare de Haendel à Ravenne, dans un pays pourtant notoirement sinistré culturellement, plutôt qu'à Paris.
| Une Scala en miniature : le Teatro Alighieri à Ravenne |
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