vendredi 21 mars 2014
Pour la dignité de la danse - Souvenirs de Londres
On se bat souvent, dans le milieu des balletomanes, pour savoir ce qu'on peut mettre sous le terme fourre-tout de néoclassicisme. Balanchine, Cranko, Grigorovitch, les premiers ballets de Neumeier ? Vaine querelle, sans doute, beaucoup moins importante qu'une question, qui, elle, n'embarrasse pas les forums de discussion : le classique, en danse, c'est quoi ? Retour tardif sur quelques soirées (et matinées) hivernales.

vendredi 14 mars 2014
Gerard Mortier, les amours de l'opéra et du monde d'aujourd'hui
Je n'aime pas les nécrologies, et je n'aime pas en écrire, et j'en ai déjà écrit une récemment (pour Claudio Abbado) ; mais celle, particulièrement imbécile, que l'AFP a diffusée sur le décès de Gerard Mortier (et que liberation.fr, par exemple, a repris sans scrupules), avec toutes ses insinuations de mégalomanie et de je ne sais quoi, me fait un peu réagir, même si je sais bien qu'il est normal que des incompétents écrivent des âneries.
Parce que le caractère de Gerard Mortier, ses qualités humaines ou ses défauts criminels, ça ne nous intéresse pas, aujourd'hui moins encore qu'hier. Dans le monde de l'art, la pesée des âmes ne se fait pas comme sur les retables médiévaux, les péchés dans un des plateaux de la balance, les bonnes actions dans l'autre. En art, seuls comptes les hauts faits, les œuvres essentielles, ce qui restera. Vous avez écrit quantité de belles petites choses sympathiques ? Vous n'existez même pas. Vous avez écrit un chef-d’œuvre, un diamant ? Restez toujours parmi nous.
Gerard Mortier n'a pas tout réussi, dans sa dense carrière. Je me souviens, par exemple, quand il est arrivé à l'Opéra de Paris : toutes ces productions importées, qui avaient peut-être marqué leur public original, mais étaient exsangues sur les scènes de Bastille ou de Garnier (je pense à La Clémence de Titus version Herrmann ou De la maison des morts par Klaus-Michael Grüber, notamment) ; quelques productions choc et toc, comme le Tristan de Bill Viola ou cette Flûte enchantée de La Fura dels Baus, qu'il défendait tant (je n'ai jamais compris pourquoi il tenait tant à La Fura, ces faiseurs, ces commerçants, tout en méprisant Calixto Bieito, qui ne réussit pas tout mais a tout de même une autre profondeur).
Mortier avait sauvé La Monnaie ; il avait sauvé le Festival de Salzbourg, qui était dans un état d'inanité artistique absolument incroyable à la mort de Karajan qui l'avait exploité sans aucun scrupule ; il n'a pas sauvé l'Opéra de Paris qui ne se portait pas si mal, mais à qui il manquait précisément cette flamme qu'il lui a apporté.
Les faiblesses que j'ai relevées ne pèsent rien aujourd'hui, elles n'existent plus. Mortier à l'Opéra de Paris, c'est tellement de grands souvenirs de l'opéra vraiment comme un art total. Le Don Giovanni de Haneke, tétanisant d'intensité ; la sublime scène autour de Zerlina et Masetto, ces petites gens qui font la fête et qui sont les seuls, ici, à trouver du plaisir dans la vie ; la direction sépulcrale de Cambreling ; et une distribution dominée par deux chanteurs incroyables - vous vous souviendrez de Peter Mattei quand vous entendrez l'impitoyable beugleur Schrott dans le rôle titre la saison prochaine.
La Traviata mise en scène par Marthaler, cette danse de mort poignante ; Christine Schäfer aussi peu orthodoxe que possible, mais brûlante, avec cette "petite mort", cette petite flamme qui s'éteint dans le silence ; et puis, pour un directeur d'opéra censé négliger la musique, un certain Jonas Kaufmann en Alfredo...
Parsifal vu par Warlikowski et réinventé dans la fosse, du cœur de la partition, par Hartmut Haenchen, tellement supérieur à Philippe Jordan ou à Thielemann qu'on nous présente comme des chefs wagnériens, quelle blague. Cette manière fascinante de Warlikowski de sembler parcourir à loisir, comme dans un labyrinthe touffu, les espaces de Parsifal, cette liberté d'approche, cette manière de changer constamment de point de vue pour nous amener dans des recoins que nous ne connaissions pas. Et cette fin en guise d'utopie post-fin du monde, cette réconciliation impossible dans un monde remis en ordre.
Et tout Warlikowski, bien sûr, même si certaines productions étaient plus excitantes que d'autres, Warlikowski que Mortier nous a révélés et qui n'est pas près de sortir de notre horizon culturel, un génie théâtral qui n'a pas peur de suivre un chemin personnel pour nous amener à des choses universelles.
Am Anfang, spectacle singulier où la musique de Jörg Widmann et l'installation scénique d'Anselm Kiefer refusaient aussi bien la narration que cette manière de vouloir "traiter un thème", faire une dissertation scénique que tant de créateurs d'aujourd'hui prennent pour justification de leurs spectacles.
Johan Simons, surtout pour Simon Boccanegra, si vilipendé par les ignares. Un spectacle presque immobile, tétanisé par la perte des illusions, la tristesse du pouvoir, les ombres du passé, et cette manière qu'avaient les personnages d'écouter la musique, comme si elle leur parlait d'un monde disparu dans lequel ils voudraient tant encore agir.
Anna Viebrock et Ariane et Barbe-Bleue, fantastique découverte d'une œuvre française qui m'était totalement inconnue ; Viebrock, cette décoratrice de génie, et Cambreling l'avaient génialement dépouillée de tout le clinquant Belle Époque qui la masquait aux yeux du monde contemporain. "D'abord, il faut désobéir, quand l'ordre est absolu et ne s'explique pas"...
Excusez-moi, j'arrête là : il y en aurait bien d'autres, et si on me reproche de trop mettre en avant les metteurs en scène, je citerais volontiers d'autres noms, les chefs, les chanteurs qui ont marqué cette période : Salonen, Donhanyi, Ozawa, Nagano, Minkowski et Cambreling bien meilleur qu'on ne l'a dit, et tant de jeunes chefs de talent que l'orchestre a honteusement snobé, Gardner, Hanus, Netopil et d'autres ; Meier, Denoke, Kaufmann, et toute la cohorte des grands noms du circuit international que j'aime moins mais que le public aime, Villazon même dans ses derniers feux, Urmana, Graham, Netrebko, Dessay toujours là, Westbroek, et tant d'autres...
Voilà ce dont je me souviens, ou du moins une petite partie du tout. Voilà comment l'opéra a gagné son droit d'existence pour le XXIe siècle. Que les idiots qui disent que le "Regietheater" (concept imbécile, utilisé uniquement par l'ennemi, comme "théorie du genre") met en péril l'opéra pensent à l'action de Mortier : au contraire, la mise en scène, qu'on le veuille ou non, a sauvé l'opéra, et les directeurs d'opéra y ont joué un rôle comme aucun autre acteur du monde lyrique. Merci.
Parce que le caractère de Gerard Mortier, ses qualités humaines ou ses défauts criminels, ça ne nous intéresse pas, aujourd'hui moins encore qu'hier. Dans le monde de l'art, la pesée des âmes ne se fait pas comme sur les retables médiévaux, les péchés dans un des plateaux de la balance, les bonnes actions dans l'autre. En art, seuls comptes les hauts faits, les œuvres essentielles, ce qui restera. Vous avez écrit quantité de belles petites choses sympathiques ? Vous n'existez même pas. Vous avez écrit un chef-d’œuvre, un diamant ? Restez toujours parmi nous.
Gerard Mortier n'a pas tout réussi, dans sa dense carrière. Je me souviens, par exemple, quand il est arrivé à l'Opéra de Paris : toutes ces productions importées, qui avaient peut-être marqué leur public original, mais étaient exsangues sur les scènes de Bastille ou de Garnier (je pense à La Clémence de Titus version Herrmann ou De la maison des morts par Klaus-Michael Grüber, notamment) ; quelques productions choc et toc, comme le Tristan de Bill Viola ou cette Flûte enchantée de La Fura dels Baus, qu'il défendait tant (je n'ai jamais compris pourquoi il tenait tant à La Fura, ces faiseurs, ces commerçants, tout en méprisant Calixto Bieito, qui ne réussit pas tout mais a tout de même une autre profondeur).
Mortier avait sauvé La Monnaie ; il avait sauvé le Festival de Salzbourg, qui était dans un état d'inanité artistique absolument incroyable à la mort de Karajan qui l'avait exploité sans aucun scrupule ; il n'a pas sauvé l'Opéra de Paris qui ne se portait pas si mal, mais à qui il manquait précisément cette flamme qu'il lui a apporté.
Les faiblesses que j'ai relevées ne pèsent rien aujourd'hui, elles n'existent plus. Mortier à l'Opéra de Paris, c'est tellement de grands souvenirs de l'opéra vraiment comme un art total. Le Don Giovanni de Haneke, tétanisant d'intensité ; la sublime scène autour de Zerlina et Masetto, ces petites gens qui font la fête et qui sont les seuls, ici, à trouver du plaisir dans la vie ; la direction sépulcrale de Cambreling ; et une distribution dominée par deux chanteurs incroyables - vous vous souviendrez de Peter Mattei quand vous entendrez l'impitoyable beugleur Schrott dans le rôle titre la saison prochaine.
La Traviata mise en scène par Marthaler, cette danse de mort poignante ; Christine Schäfer aussi peu orthodoxe que possible, mais brûlante, avec cette "petite mort", cette petite flamme qui s'éteint dans le silence ; et puis, pour un directeur d'opéra censé négliger la musique, un certain Jonas Kaufmann en Alfredo...
Parsifal vu par Warlikowski et réinventé dans la fosse, du cœur de la partition, par Hartmut Haenchen, tellement supérieur à Philippe Jordan ou à Thielemann qu'on nous présente comme des chefs wagnériens, quelle blague. Cette manière fascinante de Warlikowski de sembler parcourir à loisir, comme dans un labyrinthe touffu, les espaces de Parsifal, cette liberté d'approche, cette manière de changer constamment de point de vue pour nous amener dans des recoins que nous ne connaissions pas. Et cette fin en guise d'utopie post-fin du monde, cette réconciliation impossible dans un monde remis en ordre.
Et tout Warlikowski, bien sûr, même si certaines productions étaient plus excitantes que d'autres, Warlikowski que Mortier nous a révélés et qui n'est pas près de sortir de notre horizon culturel, un génie théâtral qui n'a pas peur de suivre un chemin personnel pour nous amener à des choses universelles.
Am Anfang, spectacle singulier où la musique de Jörg Widmann et l'installation scénique d'Anselm Kiefer refusaient aussi bien la narration que cette manière de vouloir "traiter un thème", faire une dissertation scénique que tant de créateurs d'aujourd'hui prennent pour justification de leurs spectacles.
Johan Simons, surtout pour Simon Boccanegra, si vilipendé par les ignares. Un spectacle presque immobile, tétanisé par la perte des illusions, la tristesse du pouvoir, les ombres du passé, et cette manière qu'avaient les personnages d'écouter la musique, comme si elle leur parlait d'un monde disparu dans lequel ils voudraient tant encore agir.
Anna Viebrock et Ariane et Barbe-Bleue, fantastique découverte d'une œuvre française qui m'était totalement inconnue ; Viebrock, cette décoratrice de génie, et Cambreling l'avaient génialement dépouillée de tout le clinquant Belle Époque qui la masquait aux yeux du monde contemporain. "D'abord, il faut désobéir, quand l'ordre est absolu et ne s'explique pas"...
Excusez-moi, j'arrête là : il y en aurait bien d'autres, et si on me reproche de trop mettre en avant les metteurs en scène, je citerais volontiers d'autres noms, les chefs, les chanteurs qui ont marqué cette période : Salonen, Donhanyi, Ozawa, Nagano, Minkowski et Cambreling bien meilleur qu'on ne l'a dit, et tant de jeunes chefs de talent que l'orchestre a honteusement snobé, Gardner, Hanus, Netopil et d'autres ; Meier, Denoke, Kaufmann, et toute la cohorte des grands noms du circuit international que j'aime moins mais que le public aime, Villazon même dans ses derniers feux, Urmana, Graham, Netrebko, Dessay toujours là, Westbroek, et tant d'autres...
Voilà ce dont je me souviens, ou du moins une petite partie du tout. Voilà comment l'opéra a gagné son droit d'existence pour le XXIe siècle. Que les idiots qui disent que le "Regietheater" (concept imbécile, utilisé uniquement par l'ennemi, comme "théorie du genre") met en péril l'opéra pensent à l'action de Mortier : au contraire, la mise en scène, qu'on le veuille ou non, a sauvé l'opéra, et les directeurs d'opéra y ont joué un rôle comme aucun autre acteur du monde lyrique. Merci.
jeudi 6 mars 2014
Opéra de Munich : Prochaine saison
Deux jours à peine après l'Opéra de Paris (non, je ne vais pas revenir dessus, ça m'intéresse tellement peu...), l'Opéra de Munich a publié sa saison ; voici le lien vers la brochure de saison ; j'espère qu'il y aura une bonne âme pour l'envoyer à Jean-François Copé : une institution gavée de subventions publiques, qui se prétend culturelle, et qui ose publier une brochure toute pleine de dames toutes nues, hein, franchement.
samedi 1 février 2014
Opéra de Paris - 2014/2015, le ballet

La Source. Espérons simplement que le décor aura été revu !
29/11/2014-31/12/2014 La Source - Garnier
| La Source. Espérons simplement que le décor aura été revu ! |
Il n'y a que ça qui vous intéresse à l'Opéra, et vous avez bien raison. On ne peut pas détruire l'intérêt d'une compagnie de danse aussi facilement que Nicolas Joel l'a fait pour la maison d'opéra qui l'accompagne, et pourtant Brigitte Lefèvre, future ex-directrice du Ballet de l'Opéra, a posé des jalons importants dans ce sens (faisons confiance à Benjamin Millepied pour, euh... faire pire ? faire mieux ?).
Passons sur le fait, naturellement, que si je relaie les informations ayant bizarrement fuité (voir message précédent), cela ne fait que concourir à la tendance de plus en plus dérisoire de faire connaître - volontairement ou, comme ici ou cet automne au Festival de Salzbourg, par des inadvertances diverses. Laissez-nous donc le plaisir de découvrir par nous-mêmes !
Voilà donc ce que nous promet la nouvelle saison :
1-7 septembre Tanztheater Wuppertal - Garnier
Pina Bausch, donc, de retour sur la scène de Garnier après de longues années de fidélité au Théâtre de la Ville. Bausch avait présenté Iphigénie en Tauride puis Orphée à Garnier en 1991 et 1993 ; elle avait traversé la place du Châtelet pour un crochet par le théâtre du même nom il y a moins longtemps, mais évidemment, aujourd'hui, les temps sont durs et un financement un peu plus conséquent ne peut pas être de trop. On ne connaît pas encore le nom de la pièce choisie, mais ce sera de toute façon intéressant.20 septembre-10 octobre Lander / Forsythe - Garnier
Études, c'est un peu comme Suite en Blanc de Lifar, sauf qu'on s'y ennuie nettement plus. Si le Forsythe pouvait être Artifact Suite, je m'y précipiterais.21 octobre-7 novembre Rain - Garnier
Retour d'un chef-d’œuvre sur la scène de Garnier. Mal accueillie lors de son entrée au répertoire, la pièce d'Anne-Teresa de Keersmaeker y était de toute façon très mal dansée par des danseurs incapables du moindre abandon. Et naturellement, comme toujours dans ce cas-là, trop de balletomanes en ont accusé la chorégraphe. Que je tiens, naturellement, pour une des plus grandes artistes du spectacle vivant d'aujourd'hui.26 novembre-31 décembre Casse-Noisette - Bastille
Le sacro-saint ballet des fêtes revient à Bastille, ce qui n'est pas un mal (on l'avait certes vu en 2007 et 2009, mais après une longue disette). La production, malgré quelques bizarreries, est une des plus convaincantes dans le très discuté héritage Noureev.29 novembre-31 décembre La Source - Garnier
Une des rares commandes pertinentes et pérennes qu'aura faites Brigitte Lefèvre ces dernières années. Comme je l'avais écrit lors de la création, La source, c'est le triomphe que l'Opéra de Paris ne méritait pas.6-10 janvier Ballet Royal de Suède (Juliet & Roméo Mats Ek) - Garnier
Mats Ek est un génie. Point. Je ne connais pas celui-là, mais il faut y aller. Avec une troupe qu'on ne voit pas tous les quatre matins.3-20 février Paul / Rigal / Lock - Garnier
Une création, celle de Pierre Rigal, et deux reprises, si j'ai bien compris (à vérifier). La pièce du canadien Édouard Lock, créée en 2002 à l'Opéra, me laisse des souvenirs cuisants, malgré une Marie-Agnès Gillot en majesté (elle qui danse si magnifiquement le contemporain mais semble tant aimer les platitudes chorégraphiques les plus clinquantes). La pièce de Nicolas Paul, elle, me laisse tellement peu de souvenirs que j'en viens à douter de l'avoir vue.24/02/2015-12/03/2015 Le Chant de la Terre - Garnier
Grande inquiétude ici : l'inénarrable Lefèvre ne va pas oser vendre la très belle pièce de McMillan toute seule ? À peine une heure pour des prix pareils ? (c'est aussi le cas de Rain, comme précédemment de Kaguyahime et ses moins de 60 minutes de danse). À Londres, je l'avais vue avec The Dream d'Ashton (55 minutes, pas très passionnantes il est vrai) ; à Munich, c'était une pièce de 25 minutes signée Lucinda Child qui le précédait.. Je serais ravi de revoir cette pièce qui réussit le pari fou de créer de la danse sur une musique qui l'appelle si peu, mais vraiment, ceux qui ne se contentent pas comme moi de vulgaires fonds de loge ont de quoi s'interroger quant à l'utilisation de leurs précieuses finances.11 mars-9 avril Le Lac des Cygnes - Bastille
Ne faisons pas les difficiles, ça fait toujours plaisir. Mais l'état de la troupe est tel que le risque de tomber sur une distribution vraiment pas à la hauteur est grand.3-8 avril Spectacle de l’Ecole de Danse - Garnier
Si ça pouvait être la reprise de la magnifique Coppélia d'il y a 3 ans...
20 avril-20 mai L'histoire de Manon - Garnier
Dans le contexte pas très gai de l'Opéra version Lefèvre fin de règne, la dernière série de Manon il y a deux ans avait été une excellente surprise, entre autres parce que ce répertoire semble mobiliser nettement plus l'énergie des danseurs que les grands classiques. La pièce est en tout cas plaisante et riche, ça vaut le coup d'essayer (on rêve forcément de telle ou telle danseuse de la jeune génération dans le rôle titre...)
2-19 mai Paquita - Garnier
Hein ? ... Oh, pardon, je m'étais endormi en vous parlant. Oui, il suffit qu'on dise Paquita et je m'endors, c'est comme ça. Non, franchement, je l'ai pas mal vu, ce ballet, et je vois difficilement quel plaisir on peut en tirer. Même le Grand pas du second acte, tel que remonté à Paris, n'a pas l'aura souvent irrésistible des vrais morceaux de Petipa.
28 mai-6 juin Les Enfants du Paradis - Garnier
Oh, alors ça, c'est la reprise qu'on attendait tous. La pire musique de toute l'histoire de la danse (non, je plaisante, il y a La petite danseuse de Degas), une incapacité désolante à combiner danse et narration, et une manière sans scrupule d'appâter le touriste par le pittoresque parisien.
29 juin-14 juillet La Fille Mal Gardée - Garnier
Bon, Paris me dégoûte tellement en été qu'il n'y a aucune chance que j'y aille, mais la pièce est diablement sympathique.
4 juillet-16 juillet L’Anatomie de la Sensation - Bastille
L'Opéra de Paris a un certain nombre ou un nombre certain de daubes à son répertoire et au tableau de ses créations maison, mais celle-là remporte tout de même la palme de la prétention. Parce que, vous comprenez, il ne faut pas juste faire de la danse, il faut aussi afficher de hautes ambitions philosophiques. Et on ne peut nier que Wayne McGregor s'élève, si j'ose dire, au même niveau en matière de philosophie que de danse. Le zéro absolu, donc.vendredi 31 janvier 2014
Opéra de Paris - 2014/2015
Une fuite assez incompréhensible, sur le site d'une agence de voyage japonaise (merci Google Translate...), a informé le monde entier un peu étonné du programme de la prochaine saison de l'Opéra de Paris. En matière d'opéra, beaucoup de rumeurs étaient connues, et surtout il manque sans doute quelques productions (il y en a 16 dans la liste ci-dessous contre 18 à 20 habituellement) ; on avait cru comprendre que la saison s'ouvrirait sur Moïse et Aron de Schönberg mis en scène par Romeo Castellucci, à la place de Patrice Chéreau, ce qui serait une très bonne nouvelle (à la fois parce que Castellucci et parce que Moïse et Aron, qui est tout sauf le monument froid et rébarbatif qu'on croit), c'est sans doute en fait pour la première saison effective (donc la suivante) du mandat de Stéphane Lissner. En tout cas, rien ici ne porte la marque particulière du nouveau patron et la saison, sous réserve naturellement du comblement des manques, est tout aussi terne que l'actuelle :
[NB: dans cette liste comme la suivante, je conserve par paresse l'ordre japonais des dates, année/mois/jour)]
2014/9/8 ~ 10/12 Bastille La Traviata (reprise de l'ère Joel)
2014/9/19 ~ 11/3 Bastille Le Barbier de Séville (reprise de l'ère Gall)
2014/10/10 ~ 11/28 Bastille Tosca (antique production pré-Gall, 1994 - mauvaise un jour, mauvaise toujours)
2014/10/16 ~ 2015/2/15 Garnier L'Enlèvement au Sérail (nouvelle production d'une œuvre trop rare à Paris et que j'apprécie de plus en plus, hélas confiée à une people sans expérience, Zabou Breitman)
2014/11/20 ~ 12/18 Garnier Hänsel et Gretel (reprise de l'ère Joel)
2014/11/30 ~ 12/30 Bastille La Bohème (nouvelle production, apparemment)
2015/1/15 ~ 2/14 Bastille Don Giovanni (reprise de l'ère Mortier : la production de Hanecke est la seule ou presque des grandes réussites de l'ère Mortier que Monseigneur Nicolas Joel a daigné reprendre)
2015/1/22 ~ 2/17 Bastille Ariadne auf Naxos (reprise de l'ère Gall - beaucoup vue et pas franchement inoubliable ; si en plus c'est à nouveau Philippe Jordan qui dirige, tous aux abris)
2015/2/7 ~ 2/28 Bastille Pelléas et Mélisande (reprise de l'ère Gall, d'une production initialement produite par Mortier à Salzbourg - une assez belle production, bien connue et depuis peu éditée en DVD)
2015/3/2 ~ 3/28 Bastille Gounod; Faust (reprise de l'ère Joel, d'une des légendaires catastrophes de ce brillant mandat)
2015/3/27 ~ 4/21 Garnier Massenet; Le Cid (nouvelle production - Massenet, cette incarnation musicale de la poussière, si chère aux amateurs d'opéra travail-famille-patrie. En prime, vous aurez Roberto Alagna)
2015/4/3 ~ 4/26 Bastille Rusalka (reprise de l'ère Gall, d'une des plus belles productions de Robert Carsen - et naturellement l'oeuvre est fabuleuse, mais vous le savez tous)
2015/4/17 ~ 6/28 Bastille La Flûte enchantée (reprise de l'ère Joel)
2015/5/16 ~ 6/14 Bastille Chausson; Le roi Arthus (et non le King Arthur de Purcell qui n'aurait naturellement rien à faire à Bastille - une oeuvre que je ne connais pas, mais que je préfèrerais découvrir sans Sophie Koch et Roberto Alagna !)
2015/6/16 ~ 7/15 Garnier Gluck; Alceste (reprise de l'ère Joel, dont on peut se passer : ni Olivier Py, ni Marc Minkowski n'étaient au sommet de leur forme l'automne dernier)
2015/6/23 ~ 7/15 Bastille Cilea; Adriana Lecouvreur (nouvelle production - l’œuvre n'est pas indispensable, et on remarquera l'admirable obstination de Nicolas Joel à produire ces œuvres véristes qui coûtent cher et n'intéressent pas les foules ; ceci étant, parmi les pensums produits par lui, celui-là n'est certainement pas le pire)
Ce n'est pas très gentil, mais je vais vous faire attendre un peu pour le ballet, où la saison est incontestablement plus intéressante.
[NB: dans cette liste comme la suivante, je conserve par paresse l'ordre japonais des dates, année/mois/jour)]
2014/9/8 ~ 10/12 Bastille La Traviata (reprise de l'ère Joel)
2014/9/19 ~ 11/3 Bastille Le Barbier de Séville (reprise de l'ère Gall)
2014/10/10 ~ 11/28 Bastille Tosca (antique production pré-Gall, 1994 - mauvaise un jour, mauvaise toujours)
2014/10/16 ~ 2015/2/15 Garnier L'Enlèvement au Sérail (nouvelle production d'une œuvre trop rare à Paris et que j'apprécie de plus en plus, hélas confiée à une people sans expérience, Zabou Breitman)
2014/11/20 ~ 12/18 Garnier Hänsel et Gretel (reprise de l'ère Joel)
2014/11/30 ~ 12/30 Bastille La Bohème (nouvelle production, apparemment)
2015/1/15 ~ 2/14 Bastille Don Giovanni (reprise de l'ère Mortier : la production de Hanecke est la seule ou presque des grandes réussites de l'ère Mortier que Monseigneur Nicolas Joel a daigné reprendre)
2015/1/22 ~ 2/17 Bastille Ariadne auf Naxos (reprise de l'ère Gall - beaucoup vue et pas franchement inoubliable ; si en plus c'est à nouveau Philippe Jordan qui dirige, tous aux abris)
2015/2/7 ~ 2/28 Bastille Pelléas et Mélisande (reprise de l'ère Gall, d'une production initialement produite par Mortier à Salzbourg - une assez belle production, bien connue et depuis peu éditée en DVD)
2015/3/2 ~ 3/28 Bastille Gounod; Faust (reprise de l'ère Joel, d'une des légendaires catastrophes de ce brillant mandat)
2015/3/27 ~ 4/21 Garnier Massenet; Le Cid (nouvelle production - Massenet, cette incarnation musicale de la poussière, si chère aux amateurs d'opéra travail-famille-patrie. En prime, vous aurez Roberto Alagna)
2015/4/3 ~ 4/26 Bastille Rusalka (reprise de l'ère Gall, d'une des plus belles productions de Robert Carsen - et naturellement l'oeuvre est fabuleuse, mais vous le savez tous)
2015/4/17 ~ 6/28 Bastille La Flûte enchantée (reprise de l'ère Joel)
2015/5/16 ~ 6/14 Bastille Chausson; Le roi Arthus (et non le King Arthur de Purcell qui n'aurait naturellement rien à faire à Bastille - une oeuvre que je ne connais pas, mais que je préfèrerais découvrir sans Sophie Koch et Roberto Alagna !)
2015/6/16 ~ 7/15 Garnier Gluck; Alceste (reprise de l'ère Joel, dont on peut se passer : ni Olivier Py, ni Marc Minkowski n'étaient au sommet de leur forme l'automne dernier)
2015/6/23 ~ 7/15 Bastille Cilea; Adriana Lecouvreur (nouvelle production - l’œuvre n'est pas indispensable, et on remarquera l'admirable obstination de Nicolas Joel à produire ces œuvres véristes qui coûtent cher et n'intéressent pas les foules ; ceci étant, parmi les pensums produits par lui, celui-là n'est certainement pas le pire)
Ce n'est pas très gentil, mais je vais vous faire attendre un peu pour le ballet, où la saison est incontestablement plus intéressante.
mercredi 22 janvier 2014
La force de l'utopie. Claudio Abbado in memoriam
À quoi bon, mes amis ? Claudio Abbado est mort, et on ne sait pas trop quoi dire qui n'ait été dit mille fois. Je l'ai vu en tout et pour tout une toute petite dizaine de fois - dans son ultime carrière, depuis son retour après sa terrible maladie -, sans aller l'entendre dans son Olympe de Lucerne (erreur), et n'étant pas discophile je n'ai finalement pas tant de disques de lui. Je n'ai pas de compétence particulière, pas d'expérience extraordinaire comme peuvent en avoir ceux qui le suivaient depuis des décennies, simplement ma relation de mélomane avec lui, comme tant d'autres mélomanes.
Mais, si banale qu'elle soit dans la république des mélomanes, cette relation, pour moi, est une des plus fortes que j'ai eues. Parce que Claudio Abbado chef d'orchestre a été un interprète exceptionnel, et je me souviens de cette "Grande" symphonie de Schubert donnée en mai 2002 à la Cité de la Musique avec le Chamber Orchestra of Europe - le retour à la vie d'un miraculé, et pour moi une expérience d'une intensité presque traumatisante, m'empêchant d'applaudir (c'est sans doute depuis ce jour-là que j'ai de moins en moins envie d'applaudir au concert - à quoi bon faire du bruit quand la musique a parlé ?). Interprète exceptionnel, évidemment, et un interprète qui n'est pas humaniste qu'en paroles, avec cette chaleur et cette proximité irradiante qui, à travers la personne du chef, vous mettent nez à nez avec l'oeuvre qu'on devait, j'imagine, ressentir avec Carlos Kleiber et qu'on ressent aujourd'hui souvent avec Mariss Jansons.
Mais ce qui rend Abbado exceptionnel, plus encore que Jansons par exemple qui, si admirable soit-il, est interprète et seulement cela, c'est la manière dont, sans jamais sortir de sa modestie d'interprète, il a contribué à façonner la vie musicale de son temps. Pensons à cette Italie des années de plomb où, avec ses compagnons de marche, Berio, Nono, et Pollini qui seul nous reste, il a contribué à ancrer la musique dans les utopies de notre temps - en nos temps où se moquer des utopies est devenu le sceau suprême de l'intelligence, que cette leçon puisse être rappelée. Pensons à cette capacité d'entraînement qui a fait de tant de musiciens d'orchestre, au fil des orchestres fondés - ne citons que le Gustav Mahler Jugendorchester, encore aujourd'hui l'un des meilleurs orchestres du monde, fondé en 1986 pour que la musique passe les frontières du rideau de fer -, des compagnons et des partenaires, dans une vision de la musique qui se nourrissait toujours de dialogue et d'écoute - les grandes symphonies de Mahler comme des joyaux chambristes. Pensons enfin à son engagement constant pour la musique de son temps, y compris quand il s'est agi de faire évoluer le mastodonte berlinois de l'immobilisme marmoréen de l'ère Karajan à ce qu'il est aujourd'hui, l'un des orchestres les plus passionnants bien au-delà de la question du niveau technique : pour ce qui m'intéresse le plus, je n'oublierai pas que c'est lui qui, en 1994, a commandé et créé à Berlin l'un des derniers chefs-d’œuvre orchestraux du XXe siècle, Stele de György Kurtág.
Je ne vois pas de conclusion meilleure pour conclure ce petit propos que de citer cette épitaphe trouvée par son ami Luigi Nono :
Caminantes, no hay caminos, hay que caminar. Vous qui cheminez, il n'y a pas de chemin, il n'y a qu'à marcher.
Mais, si banale qu'elle soit dans la république des mélomanes, cette relation, pour moi, est une des plus fortes que j'ai eues. Parce que Claudio Abbado chef d'orchestre a été un interprète exceptionnel, et je me souviens de cette "Grande" symphonie de Schubert donnée en mai 2002 à la Cité de la Musique avec le Chamber Orchestra of Europe - le retour à la vie d'un miraculé, et pour moi une expérience d'une intensité presque traumatisante, m'empêchant d'applaudir (c'est sans doute depuis ce jour-là que j'ai de moins en moins envie d'applaudir au concert - à quoi bon faire du bruit quand la musique a parlé ?). Interprète exceptionnel, évidemment, et un interprète qui n'est pas humaniste qu'en paroles, avec cette chaleur et cette proximité irradiante qui, à travers la personne du chef, vous mettent nez à nez avec l'oeuvre qu'on devait, j'imagine, ressentir avec Carlos Kleiber et qu'on ressent aujourd'hui souvent avec Mariss Jansons.
Mais ce qui rend Abbado exceptionnel, plus encore que Jansons par exemple qui, si admirable soit-il, est interprète et seulement cela, c'est la manière dont, sans jamais sortir de sa modestie d'interprète, il a contribué à façonner la vie musicale de son temps. Pensons à cette Italie des années de plomb où, avec ses compagnons de marche, Berio, Nono, et Pollini qui seul nous reste, il a contribué à ancrer la musique dans les utopies de notre temps - en nos temps où se moquer des utopies est devenu le sceau suprême de l'intelligence, que cette leçon puisse être rappelée. Pensons à cette capacité d'entraînement qui a fait de tant de musiciens d'orchestre, au fil des orchestres fondés - ne citons que le Gustav Mahler Jugendorchester, encore aujourd'hui l'un des meilleurs orchestres du monde, fondé en 1986 pour que la musique passe les frontières du rideau de fer -, des compagnons et des partenaires, dans une vision de la musique qui se nourrissait toujours de dialogue et d'écoute - les grandes symphonies de Mahler comme des joyaux chambristes. Pensons enfin à son engagement constant pour la musique de son temps, y compris quand il s'est agi de faire évoluer le mastodonte berlinois de l'immobilisme marmoréen de l'ère Karajan à ce qu'il est aujourd'hui, l'un des orchestres les plus passionnants bien au-delà de la question du niveau technique : pour ce qui m'intéresse le plus, je n'oublierai pas que c'est lui qui, en 1994, a commandé et créé à Berlin l'un des derniers chefs-d’œuvre orchestraux du XXe siècle, Stele de György Kurtág.
Je ne vois pas de conclusion meilleure pour conclure ce petit propos que de citer cette épitaphe trouvée par son ami Luigi Nono :
Caminantes, no hay caminos, hay que caminar. Vous qui cheminez, il n'y a pas de chemin, il n'y a qu'à marcher.
jeudi 26 décembre 2013
Les Carmélites VOUS parlent
Dialogues des Carmélites n'est pas un opéra très gai, c'est évident, mais c'est néanmoins un opéra heureux : je n'en ai jamais vu ou entendu de réalisation calamiteuse, et ceux qui l'approchent pour la première fois - avec curiosité ou scepticisme selon l'humeur - en sortent rarement indifférents. Cela faisait 9 ans que Paris n'avait pas vu le chef-d’œuvre de Poulenc, depuis l'unique reprise de la production de Francesca Zambello à l'Opéra de Paris, créée sous la direction de Seiji Ozawa et reprise avec Kent Nagano : pas mal, du moins musicalement (et la parfaite Constance de Patricia Petibon...). Cette fois, c'est le Théâtre des Champs-Élysées qui s'y colle, et là encore le succès est au rendez-vous.

lundi 23 décembre 2013
La belle au bois roupille
Je verrai en tout quatre distributions de cette Belle cru 2013 : voici les deux premières, vues le samedi 7 décembre.
| Non, Abbagnato est très bien, dans La Belle. Quand elle ne bouge pas, du moins. |
Inscription à :
Commentaires (Atom)