vendredi 20 juillet 2012

Opéra de Paris, bilan 2011 (1)

Depuis l'époque Hugues Gall, l'Opéra de Paris a pris l'habitude de publier de manière plus ou moins claire, régulière et précise des rapports d'activité à destination du grand public : c'est évidemment la moindre des choses quand on reçoit 100 millions d'euros de subvention par an. Pour la deuxième année, Nicolas Joel a choisi la forme d'une brochure PDF, diffusée cette fois en toute fin de saison pour qu'on n'aille pas y mettre son nez de trop près, et dont j'ignore si elle existe aussi sous forme matérielle (si oui, autorisation à toutes mes connaissances de m'en mettre une de côté). Mais le PDF, en tout état de cause, permet d'en faire l'analyse.
Un des grands moments de la saison passée : le Faust ridicule mis en scène par Jean-Louis Martinoty. Je me suis dit qu'une tête de mort s'imposait au frontispice de cet article.


dimanche 15 juillet 2012

Marins londoniens (2) - Billy Budd, King of the birds

J’aurais peut-être dû commencer par là, ça aurait évité qu’on me prenne pour le râleur de service. Je suis allé à Londres pour Les Troyens, mais c’est bien la tragédie du beau Billy qui aura fait le prix de ce voyage – sans parler, du moins pour le moment, de danse.
D’abord – ce n’est jamais inutile de le rappeler –, ce qui fait le prix d’une représentation d’opéra, c’est… non, pas les chanteurs… non, pas la mise en scène… non, pas le chef… oui, c’est ça, c’est l’œuvre. Britten le moderniste pragmatique n’est pas aimé des lyricomanes de base, il est volontiers méprisé par les bouléziens de stricte observance : j’appartiens beaucoup plus à la seconde catégorie qu’à la première, mais j’aime les opéras de Britten, de Peter Grimes au Viol de Lucrèce, du Turn of the Screw à Billy Budd, sans même parler du Songe d’une nuit d’été où chaque note est un bijou. Le livret de Billy, avec son manichéisme volontaire, sa manière presque innocente de poser un problème moral, est une formidable machine dramatique qui met en lumière des problèmes sociaux, et donc politiques, de façon à la fois engagée et convaincante. L’opéra est plein de tendresse et d’admiration pour le très humain Captain Vere ; mais il ne laisse pas ignorer qu’il n’y a pas de Captain Vere sans John Claggart. La bonne âme de Sechuan en version Royal Navy, si on veut.
L’immense plaisir de cette nouvelle production de l’institution la plus britténienne du monde, l’English National Opera, c’est d’abord l’orchestre, curieusement non nommé sur la fiche de distribution, et son chef Edward Gardner. Gardner n’est pas inconnu du public français : Gerard Mortier avait invité ce chef pour la première fois en 2005, pour du ballet, puis pour L’elisir d’amore et The Rake’s Progress. Il n’avait pas alors fait grande impression, mais on finit par comprendre la rengaine : l’orchestre de l’Opéra n’accepte de travailler qu’à certaines conditions – deux en fait : vous devez déjà être un chef reconnu et vous ne devez pas perturber les bonnes vieilles habitudes. Ici, dans ce Billy Budd, le résultat est tout simplement magique : la clarté exceptionnelle de la musique de Britten, ses complexités insondables, sa puissance émotionnelle en clair-obscur, tout est là dans ce qu’on entend dans la fosse. Décidément : pas de bonne représentation d’opéra sans grand chef. Ici, ce qu’on entend dans la fosse aurait, je crois, suffi à mon bonheur même avec une distribution médiocre et une mise en scène plate.
Or la distribution, justement, n’était pas médiocre. Je ne suis guère convaincu par le Captain Vere de Kim Begley, qui remplaçait Toby Spence dont la grave maladie ne lui a pas permis de faire ici le retour qu’il espérait, et nous aussi. On l’a déjà entendu dans ce rôle à Paris en 1998 et 2010, selon le bon principe que Joel ne fait jamais que copier ce qu’avait fait Gall, mais Begley, correct en 1998, a décidément pris de l’âge et le résultat n’est pas très agréable, tout en sauvant l’essentiel. Tous les autres, en revanche, font très bien l’affaire. Benedict Nelson est suffisamment charismatique, même si le timbre est un peu érodé, en Billy, la longue litanie des seconds rôles est d’une qualité constante bien agréable, mais c’est pour moi Matthew Rose en Claggart qui domine les débats, avec une voix qui ne sombre pas dans le charbonneux, qui se permet la subtilité, et qui fait tenir le personnage par l’intelligence plus que par la force brute – son « Let him crawl » fait froid dans le dos précisément pour cela.
Quant à la production, disons-le : ce n’est certainement pas le travail le plus personnel de David Alden, loin de sa Rodelinda (DVD !), de son Retour d’Ulysse ou de son Ring. Mais le travail est propre, honnête, compétent, et il rend assez bien compte du contenu de l’œuvre. Le contexte maritime ne l’intéresse pas plus que cela, mais il rend compte de l’aspect concentrationnaire du navire avec pertinence et efficacité.
Dommage que l’English National Opera, avec sa politique commerciale stupide (vendre les places trop cher puis les brader en dernière minute par les circuits les plus improbables), ne réussisse pas à vendre plus de 60 % de la salle : voilà une production qui aurait bien mérité de faire salle comble. Bien plus que l’escroquerie des Troyens.

mercredi 4 juillet 2012

Marins londoniens (1) – Énée et ses Troyens

Le concours n’est peut-être pas tout à fait fini, mais la nouvelle production des Troyens de Berlioz à Londres a quelque chance de constituer la plus grande déception de la saison lyrique européenne. Sans doute, le Royal Opera n’est pas coupable de tout – après tout, si Jonas Kaufmann a renoncé, c’est la faute à Berlioz qui a écrit un rôle qui dépasse un peu ses capacités, pas celle de Kasper Holten. Mais tout de même.

Pauvre cheval... Oui, c'est la nuit, visiblement.


jeudi 28 juin 2012

Journal de bord – 1er-27 juin 2012

En attendant de nouvelles aventures étrangères (planning très serré pendant tout l'été, à suivre !), quelques pérégrinations et réflexions diverses...

Non, ce n'est pas la Reine de la Nuit, mais Ginevra dans Ariodante à Bâle (photo Tanja Dorendorf, T+T Fotografie)


lundi 11 juin 2012

Journal de bord - 18-28 mai 2012

18 mai 2012, Metz – Mort de Dietrich Fischer-Dieskau. Je n’aime pas les nécrologies, mais il n’y a pas que ça. D’abord, je m’intéresse toujours plus à un chanteur vivant, actif, que je peux aller voir dans ce seul lieu possible pour la musique qu’est la salle de concert. Ensuite, parce que le souvenir de Fischer-Dieskau n’est pas si positif pour moi. Oui, j’ai un peu appris le lied avec lui, même si je ne l’ai jamais vu sur scène (son rival Hermann Prey si, une fois en 1995, pour une Belle Meunière crépusculaire et bouleversante). Mais aujourd’hui ? Je comprends l’émotion de ses successeurs directs, les Liedersänger barytons d’aujourd’hui, Christopher Maltman, Dietrich Henschel, le jeune retraité Thomas Quasthoff, Michael Volle, sans oublier Christian Gerhaher que j’aurai le plaisir d’entendre deux fois cet été. Mais voilà : l’art de Fischer-Dieskau, cette diction presque pédante, cette bonne éducation sans faille, cela ne me parle plus guère. Pour le Lied – et pas seulement – je préfère le monde version 2012 au monde version 1970. Saint Christian plutôt que saint Dietrich.

25 mai 2012, Sarrebruck – Début d’un court périple en Allemagne avec le Festival Perspectives, petit festival de théâtre franco-allemand, situé dans une ville proche de la France mais hélas fort laide. Monsieur Dagacar et la tectonique dorée de l’ordure, c’est le titre : du « théâtre documentaire », qui présente en scène d’authentiques ramasseurs d’ordures d’Istanbul, qui racontent leur histoire et leur vie, avec l’aide du collectif berlinois Rimini Protokoll, spécialiste de la chose, et pas inconnu à Avignon (non, je ne dis pas « en Avignon »). C’est intéressant, parfois drôle, pas du tout le spectacle sinistre et moralisateur que certains auront peut-être attendu des lignes précédentes ; on n’y reçoit pas non plus de grandes révélations qu’un simple reportage de magazine aurait ignorées – et ce beau moment n’est pas non plus le grand moment d’humanité qu’aurait pu être ce spectacle si… si… si par exemple l’authenticité affichée s’était accompagnée d’un peu plus de théâtre, disons. Comment disait-il, ce cher Rameau ? Cacher l'art par l'art même, non ?

26 mai 2012, Heidelberg – Parfois, on atterrit un peu par hasard à un spectacle. Ici, Long voyage du jour à la nuit d’Eugene O’Neill, pièce que j’avais jusqu’alors évitée tant mon attirance pour ce théâtre ultra-psychologisant et sensationnaliste du milieu du siècle passé est faible (merci, j’ai déjà donné avec Tennessee Williams et Edward Albee). Alors, au programme : alcool (le whisky, c’est bien, mais vous ne pourriez pas passer au vin ou au schnaps de temps en temps pour changer ?), dépression, enfant mort qui pèse sur la conscience de tout le monde, avarice, tuberculose, couple, relation mère-fils, relation père-fils, misère sexuelle, amour-haine, haine de soi… Oui, tout ça en deux heures. Il ne manquait vraiment qu’un peu d’inceste, et le manuel de psycho était complet. Efficace mais ringard, ringard mais efficace. Direction les oubliettes.

27 mai 2012, Heilbronn – Heilbronn, c’est vraiment une ville désespérée, mais l’appel des Noces de Figaro montées par Jan Philipp Gloger à Augsbourg, dont je vous avais déjà amplement parlé, a été le plus fort : me voilà donc à Heilbronn, ville dont les qualités ne sautent pas aux yeux, mais qui, faute de présenter une saison lyrique faite maison, invite des spectacles de maisons voisines. 26 € en première catégorie : on aurait bien tort de ne pas se faire plaisir. Moi qui me disais qu’il faudrait ne pas aller voir les Noces trop souvent, me voilà à voir ce spectacle créé en décembre 2010 pour la 3e fois… Et j’en suis sorti tout aussi secoué que les deux premières : voilà des Noces où on rit, où on est bouleversé, où toute la force de l’humour, des faux-semblants, de la pudeur mozartienne explose. Et quelle troupe ! N’en citons qu’une : Cathrin Lange, magnifique Susanna, aussi vive vocalement que scéniquement. Rien que la voir troublée pendant le premier air de Chérubin, ça vaut toutes les stars hollywoodiennes du festival de Cannes. Je parlais l’autre jour d’Hélène Guilmette : c’est un peu pareil avec Cathrin Lange, voilà des chanteuses dont on se dit, rien qu’à les voir, qu’il n’y a peut-être pas de quoi regretter le temps de Montserrat Caballé et de Luciano Pavarotti.

28 mai 2012, Stuttgart – J’aurai donc dû ma première visite dans la maison dirigée par l’immense metteur en scène Jossi Wieler aux hasards d’un train complet qui me pousse à rester un peu plus longtemps sur place. Au programme : Elektra, un des opéras que j’aime le moins d’un compositeur que j’aime toujours moins, bruyant et caricatural – mais dans une mise en scène de Peter Konwitschny, un des doyens valeureux de cette scène allemande si bouillonnante. Pas de grandes révélations ici comme celles qu’il nous avait offertes dans son Parsifal munichois, quelques idées moins bonnes, mais une production intelligente et efficace, portée par deux chanteuses remarquables : Barbara Schneider-Hofstetter, une Électre vocalement non sans défaut (on peut se passer des consonnes quand l’orchestre couvre, n’est-ce pas ?), mais admirable bête de scène, sans grands effets, mais avec une troublante présence scénique ; et Renée Morloc, qui ne rivalise pas avec les incroyables sortilèges de Waltraud Meier (Salzbourg 2010) du strict point de vue vocal, mais qui, dans un registre plus proche du parlando détimbré habituel, offre un régal de déclamation, plein d’intelligence et très présent.

lundi 4 juin 2012

Les Indes galantes à Toulouse, paradis à vendre

Billet scandaleusement en retard, mais rassurez-vous, je n’ai pas définitivement renoncé à actualiser ce blog un peu plus régulièrement  
Deux jours après la première d’Alcina à Bordeaux, Toulouse portait sur les fonds baptismaux une nouvelle production d’un autre chef-d’œuvre absolu du siècle des Lumières. Les Indes galantes, en France du moins, n’avaient pas eu les honneurs de la scène depuis la production de l’Opéra de Paris, créée en 1999, reprise jusqu’en 2003 et toujours disponible en DVD.

Les Indes version Eden...


mardi 22 mai 2012

Alcina à Bordeaux, David Alden en terre de France


Ces temps-ci, les amateurs de musique baroque (ou dite telle, à tort, mais ne chipotons pas sur les mots) doivent mettre cap au sud (ou à l'Est, mais je n'aurai pas pu voir le Farnace de l'Opéra du Rhin) : que Bordeaux monte Alcina de Haendel au moment même où Toulouse offre – en coproduction avec… Bordeaux… – Les Indes galantes, c’est une conjonction bien agréable, même pour qui, comme moi, préfère des contrées plus septentrionales. Première étape donc avec la magicienne bordelaise.

Alcina

samedi 12 mai 2012

Numéros de séries (2) : L'histoire de Manon

Il aura fallu 9 ans pour que L’Histoire de Manon de Kenneth McMillan revienne sur la scène de Garnier – j’avais découvert le ballet en 2003 justement, avec Aurélie Dupont et Sylvie Guillem. Son retour à Garnier était très attendu : qu'on ne compte pas sur moi pour en atténuer l'éclatante réussite.



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