Donc, un concert où la tête d'affiche s'appelle Alfred Brendel.
Pas d'affolement : Brendel n'est bien là que pour lire ses poèmes, à aucun moment il ne s'approchera du piano. Avec son délicieux accent autrichien, son sérieux impeccable, son léger zézaiement, Brendel le poète-lecteur ouvre les portes d'un monde absurde où tout a l'apparence de la logique, où les parcours individuels ne sont jamais condamnés, simplement constatés dans leur hétérogénéité définitivement hostile à toute morale, c'est-à-dire à toute rationalisation. Je n'en dis pas plus : grâce à un surtitrage qu'on espère performant, vous verrez ça par vous-mêmes.
Mais soyez rassurés : oui, vous aurez du piano ! Et c'est une raison supplémentaire d'aller à ce concert : car loin d'avoir choisi un épigone égrainant pieusement des extraits de son répertoire, c'est à Pierre-Laurent Aimard, membre fondateur de l'Ensemble Intercontemporain et passeur inlassable de la musique d'aujourd'hui, qu'Alfred Brendel s'est associé, avec un programme qui met en regard Ligeti et Kurtag, les deux amis de Budapest que tout sépare musicalement. Eh bien, finalement, il faut le reconnaître : on n'a pas tous les jours l'occasion d'entendre leur musique, surtout dans une interprétation naturellement exemplaire : je n'en dis pas plus, mais c'est la fête, d'autant qu'Aimard ne se limite pas à une participation purement musicale au concert.
Alors, je sais bien, vous allez me dire que le dimanche matin à 11h, ce n'est pas humain, et qu'il faut bien dormir de temps en temps : mais enfin, à quoi servent les concerts de Kurt Masur ?
(comme vous l'aurez entre-temps deviné, j'ai vu ce concert ce jeudi soir à Munich...)

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