jeudi 24 janvier 2013

Millepied pour ne pas avancer

Il était plus que temps que Brigitte Lefèvre, née en 1944, se décide enfin à quitter la direction du Ballet de l'Opéra de Paris, une troupe qu'elle ne laisse pas en bon état, avec un répertoire usé, des créations récentes pour beaucoup sans valeur et une perte de niveau des danseurs, pas tant du point de vue technique qu'artistique (c'est pire) - même si, Dieu merci, le public suit encore, en partie parce qu'il se détourne de l'opéra d'ailleurs.
J'étais pourtant loin d'imaginer que le choix de son successeur pourrait être aussi décevant.

Benjamin Millepied. Certes, les excités de la ballettomanie vont monter sur leurs grands chevaux en criant qu'on lui en veut parce qu'il n'est pas du sérail (comme si j'en avais quelque chose à faire, qu'il soit du sérail ou non ?). Là n'est pas le problème : cet homme-là n'a pas de talent de chorégraphe, et une phrase de l'article du New York Times qui a donné en premier l'information, fait frémir :
Declining to name choreographers whom he would like to invite, he added that his City Ballet career had strongly influenced his choreographic and musical tastes.

Le New York City Ballet, on s'en souvient, est venu à Bastille en 2008, pour pas moins de 4 soirées différentes (j'en avais vu trois, pour ce qui me concerne). Le résultat avait été un amoncellement vertigineux de fadeur et de platitude (oui, la platitude, quand ça s'entasse, c'est vite vertigineux), dans l'interprétation (non, je n'avais pas été très sensible à M. Millepied), mais aussi dans les chorégraphies : Balanchine, Robbins ; Robbins, Balanchine ; Balanchine, Robbins ; etc., et pas que les meilleures pièces de ces chorégraphes qui, franchement, ne sont pas les génies suprêmes qu'on nous vante. Mais le pire, c'était encore les pièces "contemporaines", je veux dire récentes : resucées sans risques des deux icônes nationales de la danse, faites pour ne surtout pas sortir le très conservateur (en ce domaine du moins) public américain de sa torpeur - d'ailleurs, la tournée de l'American Ballet Theater en 2007 avait laissé un pareil goût de momie. Le pire pour l'Opéra de Paris étant surtout que le répertoire classique américain - versions des grands ballets classiques - est tout aussi plat et confit : quand on pense qu'un des enjeux de la troupe parisienne, ces prochaines années, c'est de se rendre enfin compte que Noureev est mort et qu'il va peut-être falloir faire vivre ce répertoire pour le XXIe siècle, ce n'est pas très rassurant.

La fadeur, j'en ai assez parlé ici, c'est malheureusement ce que nous avons déjà, de plus en plus, à l'Opéra de Paris, et là encore aussi bien du point de vue du répertoire et des créations (du pensum de Ratmansky aux Enfants du Paradis en passant par le Roméo et Juliette de Sasha Waltz) que des danseurs, éloge de la fadeur dont la promotion idiote de Mlle Pagliero, à marche forcée, incarne les ravages. Je ne veux pas dire, bien sûr, que Benjamin Millepied n'a aucune chance de réussir dans ce nouveau poste - si on m'avait dit que Jürgen Flimm, médiocrissime intendant du festival de Salzbourg entre 2007 et 2010, réussirait si bien à Berlin à la tête de la Staatsoper Unter den Linden, je n'y aurais pas cru. Mais voilà : bon courage quand on part avec un pareil handicap.

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