dimanche 16 août 2009

Journal salzbourgeois - Dimanche 9 : Morne plaine et sismographe

Que faire le dimanche matin, quand on a déjà vu la veille la Mozart-Matinee de la semaine ? Il ne reste plus qu’à se résoudre à aller voir le concert du Philharmonique de Vienne avec les mondains, tant pis. Je n’avais pas vu l’orchestre en concert depuis bien longtemps : je l’ai retrouvé tel qu’en lui-même, soucieux de sa couleur instrumentale plus que de la partition, incapable d’investir plus que le strict nécessaire dans le concert du jour. Esa-Pekka Salonen, pas plus que Berg ou Bruckner, n’ont pu faire dévier le mastodonte de sa trajectoire. Au moins Angela Denoke a su chanter admirablement les courts Altenberg-Lieder de Berg : c’est mieux que rien, mais il y a vingt orchestres dans le monde qui auraient fait mieux à ses côtés.
Retour au théâtre le soir, dans la salle acoustiquement problématique du Landestheater, pour la première d’un diptyque composé de La dernière bande de Beckett suivie par son « écho » féminin, Jusqu’à ce que le jour nous sépare ou Une question de lumière, écrit en français par Peter Handke et ici joué pour la première fois dans sa version allemande. Le metteur en scène Jossi Wieler est un peu connu du public d’opéra en France pour des spectacles donnés à Stuttgart et disponibles en DVD : Alcina (que l’Opéra de Lyon avait importée) et un remarquable Siegfried ; et j’avais parlé l’an dernier, avec enthousiasme, de sa Rusalka salzbourgeoise. Au théâtre, il n’est pas accompagné de son acolyte Sergio Morabito, mais il retrouve un familier en la personne d’André Jung, un des acteurs phares des Kammerspiele à Munich qui coproduisent le spectacle. Le spectacle qu’ils ont réalisé marque avant tout par sa sobriété, par le refus de la « performance d’acteur » hollywoodienne à laquelle la pièce (pas forcément la meilleure de Beckett) paraît pouvoir conduire. Jung, qui est un acteur formidable, possède l’art rare du silence et de l’immobilité comme peu d’acteurs : rien à voir avec le hiératisme d’un Robert Wilson, mais une intensité du geste et du regard qui créent une qualité d’émotion rare. Face à lui, Nina Kunzendorff dit ensuite le texte de Handke, où elle incarne l’amour perdu dont parle une de ces bandes enregistrées tout au long de sa vie par le personnage de Beckett : comme un fantôme qui l’aurait suivi de sa naissance à sa mort, elle évoque avec distance, avec ironie, avec affection, ce personnage difficile qu’est (qu’était) Krapp, qui cesse ainsi d’être seulement l’épave humaine qu’on lit trop facilement dans la pièce de Beckett. Un spectacle court, dense, fragile, discret, d’une émotion délicate.

mardi 11 août 2009

Journal salzbourgeois - Samedi 8 août : Sortilèges théâtraux et platitude musicale

La journée commence sympathiquement, mais pas très vivement, avec la traditionnelle Mozart-Matinee dans la charmante salle du Mozarteum avec l’orchestre du même nom, confié au pianiste Alexander Lonquich : un Mozart un peu raide, que ce soit dans les extraordinaires danses K. 571 ou dans la Symphonie Linz ; le pianiste lui-même, dans le concerto K. 482, est valeureux, mais le concert reste convenu.

Rien de tel l’après-midi, avec l’une des quatre pièces du Young Directors’ Project : on hésite toujours à investir dans cette série en raison du coût des places (40 €, catégorie unique) ; cette fois, aiguillonné par des critiques enthousiastes, on s’est laissé tenter par Alice, un spectacle créé en 2007 à Graz, où le metteur en scène hongrois Viktor Bodo s’est attaqué à l’adaptation par Roland Schimmelpfennig (un des jeunes dramaturges les plus connus en Allemagne) du récit de Lewis Carroll. Sortilèges scéniques au programme, et pourtant pas de profusion d’effets spéciaux (la salle salzbourgeoise n’est pas très équipée, moins apparemment que le lieu originel) : le spectacle repose largement sur l’énergie d’une jeune troupe dominée par l’interprète du rôle-titre. Alice n’est certainement pas un conte poli pour enfants sages et un peu ennuyés, bien plutôt un spectacle sur les terreurs enfantines, drôle et vif, bizarre et prenant. On n’a pas perdu son argent.

Ou alors, c’est le soir qu’on l’a perdu, même si l’investissement était bien plus léger (8 €). Matthias Goerne y participait simultanément à la série Liszt-Szenen visant à éclairer tous les aspects de la production du compositeur hongrois et à la traditionnelle série de soirées de Lieder qui sont une des marques du festival. L’accompagnement délicat d’Andreas Haefliger n’y peut rien : c’était une bonne idée de coupler Wolf, compositeur majeur du genre, avec Liszt, dont les Lieder sont volontiers méprisés, en tout cas largement ignorés. Il s’agissait sans doute de montrer le niveau commun d’inspiration, mais également le sérieux du travail de Liszt bien au-delà de son image de compositeur des salons, à défaut de pratiques compositionnelles très proches. Matthias Goerne a réalisé cette unification, mais bien au-delà de ce qu’on pouvait souhaiter : malgré les applaudissements enthousiastes à la fin du concert, il a fait peser une atmosphère d’impénétrable ennui sur la soirée, tant son « art » semble limiter aux beuglements par lesquels il tente de compenser son manque absolu d’expression. Le timbre est gris, la diction pâteuse, l’intonation régulièrement fausse, et ces cris !

Journal salzbourgeois - Vendredi 7 août : Sokolov

Du piano pour commencer, avec le récital de Grigori Sokolov, premier contact avec ce pianiste réputé atypique. Il avait déjà joué à Salzbourg, mais pour la première fois il a les honneurs du Grosses Festspielhaus, vaste salle de 2000 places : l’an passé, ni Arkadi Volodos, ni Krystian Zimerman n’avaient réussi à le remplir, et de loin ; Sokolov, moins connu pourtant du grand public, y parvient. La première partie du concert, pourtant, ne justifie pas totalement cet attrait : la sonate op. 2/2 de Beethoven, privée de son ascendance haydnienne, semble un peu mécanique, et même la plus connue Quasi una fantasia souffre de manques d’inspiration massifs. Heureusement, Schubert est au programme après l’entracte, et cette fois une grande délicatesse se marie idéalement avec une énergie implacable qui délivre la sonate D. 850 de toute mièvrerie. Schubert inspire plus que Beethoven : comme on le comprend ! Un véritable festival de bis, ouvert par d'extraordinaires Sauvages de Rameau dans une version surornée que je ne connaissais pas et poursuivi par toute une volée de Chopin, termine une soirée étrange, intéressante, sinon entièrement convaincante.

jeudi 16 juillet 2009

Wajdi Mouawad roi d'Avignon :

Je ne suis jamais allé au Festival d'Avignon, entre autres parce qu'il fait à mon goût trop chaud - ce qui n'est pas forcément une raison de très grand poids artistique. On le sait, ne pas avoir vu un spectacle n'est jamais, pour un critique de théâtre n'est pas une raison suffisante pour ne pas en parler, et à écouter les critiques, à regarder le programme de cette édition 2009, quelques réflexions me viennent.

Ne pas y aller, finalement, ce n'est pas très important : il y a toujours des spectacles qu'on a vus ailleurs (ainsi pour moi de l'ambigu Éloge de la tolérance de Jan Fabre, que j'ai critiqué ici, ou d'une des trois parties de la trilogie de Jan Lauwers), tandis que d'autres devraient venir au cours de la prochaine saison (avec quelques-uns de mes metteurs en scène préférés, Krzysztof Warlikowski, Johan Simons, Christoph Marthaler) ; c'était déjà le cas pour moi pour les Wiener Festwochen ou les Rencontres Théâtrales de Berlin : mondialisation, ou plutôt européisation de la culture...

En ce qui concerne l'artiste en résidence du festival Wajdi Mouawad, j'avais vu il y a plusieurs années une des quatre pièces de la tétralogie qu'il présente cette année, Incendies. La quasi-unanimité critique comme l'adoubement institutionnel qui lui est donné cette année ne peuvent que me faire réfléchir, et même si Mouawad est libano-québécois, cela ne fait que renforcer mes pires diagnostics sur l'état du théâtre en France, sinon sur celui de la culture en général.

Wajdi Mouawad est un de ces artistes dont il est difficile de dire du mal, tant l'emprise de son histoire personnelle est prégnante. En voyant Incendies, j'avais pourtant été navré par le simplisme du dramaturge : une écriture de téléfilm sentimental, certes sans doute au service d'idées généreuses (mais on ne sais pas trop lesquelles, à part l'opposition au mal), mais exprimées sous une forme tellement simplistes qu'elles en perdent tout impact émotionnel (hormis auprès du public abonné à de tels téléfilms) et toute crédibilité en tant qu'idées. Cette idée qu'au fond la sincérité vaut tous les talents du monde est une idée d'une perversité abyssale, mais parfaitement contemporaine : l'idée que l'évidence simple, le produit du bon sens, vaut mieux que la complexité du travail d'analyse, dont le triomphe est précisément qu'il ne produit pas un sens unique (dans tous les sens du terme...).

Le théâtre de Wajdi Mouawad, exactement comme le travail d'un Sidi Larbi Cherkaoui - autre artiste à passé migratoire, mais ce n'est sans doute qu'un hasard - n'est qu'en apparence un théâtre politique, un théâtre dérangeant: en faisant de la complexité du monde un divertissement (détournement) lénifiant, il ne fait qu'aller dans le sens du vent. Et que penser d'un festival qui mélange ce simplisme complaisant avec des artistes plus exigeants comme Simons ou Warlikowski ? Un supermarché culturel ?

Bien sûr, pour ceux qui n'aiment pas le théâtre mais aiment la chaleur, il reste Orange, son public démocratique à 220 € la place, sa proverbiale audace artistique, et ses ovations spontanées comme à un discours de Nicolas Sarkozy...

mercredi 1 juillet 2009

Pina Bausch in memoriam

Inutile de se lancer dans les superlatifs : pour tous les amateurs de danse, c'est une très proche qui vient de disparaître. Pas vraiment une amie tendre qui nous rendait la vie plus douce, plutôt quelqu'un qui nous envoyait des décharges électriques pour nous forcer à voir les choses en face. Combien de fois ne m'a-t-on pas décrit le choc violent de qui découvrait pour la première fois (et même les fois suivantes, à vrai dire) son Sacre du printemps, avec sa beauté terrible ? Peut-être ses dernières pièces, montées sur un schéma bien rodé, traduisaient-elles une certaine fatigue créatrice : ce n'est même pas une ombre à notre gratitude pour cette artiste si frêle et si forte.

Et maintenant, silence : place au théâtre mental où défilent ces images inentamées.

vendredi 15 mai 2009

La révolte des tutus - Contre Daniil Simkin (et Natalia Osipova)

Le titre de cette note fait suite à celle-ci...

Qui ? Quoi ? Certains, sans doute (et surtout la partie mélomane de mes lecteurs [mais ne fuyez pas, ça vous concerne aussi]) se demandera sans doute pourquoi diable s'en prendre à ces deux honorables citoyens russes, d'ailleurs tous deux titulaires d'un site internet qu'on pourra aller consulter pour s'informer (ici et ici), et tous deux également chouchous du monde semi-légal (et souvent pas légal du tout) de Youtube.

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Le point commun entre ces deux danseurs russes, et quelques autres, c'est le goût du spectaculaire, d'une danse fondée sur des aptitudes gymniques hors norme, qui marque beaucoup les foules. La source de cette évolution, bien entendu, n'est autre que Sylvie Guillem, ancienne gymnaste dont l'hyperlaxité appliquée au ballet classique a fait la célébrité, et même la légende. On rejoint ici la question de la virtuosité en musique : et on tombe ainsi, inévitablement, sur la question du style.

La définition de la danse classique, on le sait, est toujours ambigue, les critères pouvant mélanger technique, répertoire (le ballet romantique français et Petipa ?) et style. Le style, d'ailleurs, ne doit pas être confondu avec la technique : si les interactions entre style et technique sont incontestables, on peut aussi utiliser la technique ainsi produite pour d'autres styles, quitte à la dévoyer ou, comme Forsythe, à l'interroger et à la magnifier. Le style, c'est l'art de se servir de cette technique : là où une Guillem, un Simkin, une Osipova vont chercher à sauter le plus haut possible, à multiplier les tours de force, à lever la jambe au moindre prétexte, le plus étant le mieux, un danseur classique - mais aussi, sans doute, sous d'autres formes, un danseur de tout style - est quelqu'un qui sait retenir son geste, travailler l'intensité de son geste plutôt que l'extension à tout prix, qui se soumet à une chorégraphie, qui privilégie l'expression sur l'impression, et l'impression profonde sur l'impression immédiate. Cela s'appelle Tamara Rojo, cela s'appelle Agnès Letestu.

La danse classique continue à passionner le public et à remplir les salles, à tel point que - redisons-le - il est temps de réfléchir à faire revivre cet art indispensable dans les nombreuses régions de France et d'ailleurs où on l'a achevé sans scrupule il y a quelques décennies. Mais ne nous y trompons pas : le danger que court cet art, ce n'est pas la concurrence de la danse contemporaine, désormais trop bien établie pour avoir à lutter contre le classique. Le danger vient de l'intérieur, de cette sotte virtuosité en quête de performances qui le dénature.

vendredi 17 avril 2009

Il n'est pas sûr que la sagesse/ Suive toujours les cheveux gris (bis)

Sales jeunes. Paresseux, insolents - soit. Mais en plus de ça : incultes. Et radins. Vous ne me croyez pas ? C'est notre ministre elle-même, la si cultivée Christine Albanel, qui l'a dit. En fin de réponse à des journalistes : ces petites phrases qu'on laisse échapper, qu'on aurait mieux fait de ne pas dire, mais qui expriment, mieux que le discours maîtrisé (car, reconnaissons-leur ce mérite, aucun ministre, si populiste qu'il soit, ne se laisse aller au langage de charretier en provenance de l'Élysée). C'était à propos de la gratuité pour les jeunes dans les musées nationaux (pas la pire mesure imaginable, d'ailleurs, même si un diplômé d'HEC en premier poste en profitera alors qu'un doctorant jonglant entre les financements précaires s'en trouvera exclu) : "Les jeunes, sinon, n'y vont pas spontanément". Les jeunes, vaste catégorie. Aucun jeune, vraiment, ne va dans les musées sans y être forcé, traîné, ou attrapé au portefeuille ? Belle formule.

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Et voilà que Le Monde, cet étrange hybride de journal de référence et de presse de caniveau, livre aujoud'hui ce scoop effrayant : "51,3 % : la proportion de jeunes qui ne s'intéressent ni au musée, ni au théâtre, ni à l'opéra". C'est à peine plus qu'une dépêche de presse, même s'il s'est trouvé un journaliste (Florence Evin) pour signer ce laborieux, mais heureusement bref amas de chiffres, avec l'apparente objectivité de qui ne fait que rapporter des faits. La réflexion ne fait apparemment plus partie du métier de journaliste.
Ces chiffres, vraiment, sont miraculeux : même s'ils n'ont aucune valeur, ils laisseraient entendre que 48,7 % des jeunes pourraient être intéressés par les musées, le théâtre ou l'opéra. Miracle, vraiment : quel dommage qu'on n'ait pas parallèlement interrogé aussi les adultes : se serait-il vraiment trouvé bien moins de 51,3 % d'entre eux pour refuser ces loisirs d'élite ?

Et puis, les jeunes ont au moins un avantage par rapport aux vieux cons pour qui ce genre d'articles dégradants est écrit : ils ont encore largement le temps de découvrir.

Photo : on appelle ça de la culture : le mauvais goût bourgeois incarné dans une statue du Palais Garnier.

vendredi 3 avril 2009

Eloge de l'ascétisme - ou pourquoi le concert classique ne va pas mourir

Le concert classique est un objet historique : né au cours du XVIIIe siècle comme produit dérivé de la culture de cour des monarchies absolues, il finira bien, comme tout objet historique, par mourir, comme sont morts les cultes de l'Antiquité ou telle ou telle civilisation agraire. Mais, contrairement à bien des Cassandre qui en prophétisent la disparition imminente, je ne crois pas du tout qu'il soit, au jour où j'écris ces mots, à l'agonie.

(Cassandre, c'est le nom d'un - très beau - personnage féminin des mythes troyens. Mais c'est aussi le nom d'un personnage masculin de vieillard ridicule dans la commedia dell'arte. Difficile de savoir de qui on parle, quand on parle de Cassandre.)

Et s'il meurt, ce ne sera pas, contrairement aux arguments de ces chers Cassandre, écrasé par les évolutions de la culture contemporaine, de son exigence de vitesse, de l'ivresse ambiguë de l'interaction permanente - tous arguments qui relèvent de la simple myopie courante qui grossit démesurément les évolutions récentes en donnant l'impression que le passé, lui, bougeait moins vite.

La forme actuelle du concert, qui n'est au fond pas si ancienne, est exigeante, et certainement une partie importante de ces exigences n'est pas nécessairement destinée à plaire universellement : ne pas parler - parfois pendant plus d'une heure consécutive ! -, applaudir à des moments prédéfinis, rester assis sans bouger, ne pas tousser, et toutes sortes de petits interdits destinés à offrir à la musique un écrin idéal. Ces contraintes ne plaisent pas à certains qui, sous la bannière de la liberté, voire de la démocratisation culturelle, ou sous le prétexte de lutter contre le vieillissement du public (vieille fantasmagorie), voudraient casser ce cadre contraint, en multipliant les concerts best of (pourquoi jouer toute la 9e de Beethoven quand tant de gens ne viennent que pour l'Hymne à la joie ?), en laissant le public causer, boire et manger dans la salle, en augmentant l'interactivité entre le public et les interprètes par exemple.

On peut définir la barbarie de bien des façons : l'une des définitions qui me séduit le plus est celle qui voit dans le barbare celui qui méprise la forme au nom du contenu (toutes applications contemporaines, et notamment politiques, de cette définition étant envisageables). Que le concert soit le lieu du silence, le lieu où on écoute quand le reste du temps on est si prompt à parler, le lieu aussi où on est plus attentif qu'ailleurs à respecter les autres spectateurs, c'est une chose formidable, et cela vaut le coup, parfois, souvent, de lutter pour la conserver, quitte à se faire parfois mal voir par des spectateurs trop novices ou souvent trop mondains pour concevoir un tel niveau d'exigence.
Le concert est un lieu de l'intime : même quand on vient à plusieurs, on est toujours seul face à la musique, face à ses émotions, son enthousiasme, son ennui aussi parfois, et la communion finale des applaudissements et des saluts n'est que bagatelle face à cette solitude supérieure. J'aime d'ailleurs, ô combien, ces interprètes qui ne font pas le jeu de la communication superficielle avec le public, qui ne se baignent pas dans les ovations comme dans un bain de délices, les Brendel, les Boulez, qui saluent parce qu'il le faut bien.

Nous avons besoin de silence : c'est pour cela que la musique existe.
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